574276
jeu, 20/10/2016 - 09:17, par Nicolas Mollé

5 groupes qui jettent des ponts entre Orient et électronique

DR
Les expérimentateurs électroniques ont parfois cultivé une relation féconde avec la musique arabe. Des sonorités cinématiques de l'algérien Ahmed Malek aux collaborations déjà anciennes de Rachid Taha avec Steve Hillage de Gong/System 7. En passant par Leila Arab, native d'Iran découverte par le label d'Aphex Twin. Sans oublier le pionnier sonique militant Muslimgauze. Un renouveau de cette tradition s'observe actuellement, notamment en France et la tendance s'avère porteuse de sens et d'espoirs dans le contexte géopolitique. Les accords de la musique orientale et les mantras techno se mariant particulièrement bien. Voici cinq loukoums plus ou moins acides à déguster sans modération. Et un nom à surveiller avec de grand yeux écarquillés : Aufgang.
  • Acid Arab mixe sons de la TR-303 et spleen maure 

Groupe composé de Sex Schön, Guido Minisky, Hervé Carvalho, Kenzy Bourras, Acid Arab est une formation d'artisans de la musique électronique, adeptes d'un hédonisme décomplexé et d'une allégresse mâtinée de mélancolie toute orientale. Découverts par Versatile, un des plus anciens labels indé de musique électronique français fondé et dirigé par Gilb'R (alias Gilbert Cohen), ils sont désormais signés chez Crammed, une autre vénérable écurie spécialiste du métissage new wave et world music.

Formé par Guido Minisky et Hervé Carvalho, d'abord DJ's résidents du club Chez Moune, Acid Arab s'illustrait à ses débuts par une mixture piochant dans de nombreuses formes de musique arabe voire africaine et orientale : du Maghreb, du Liban, d'Egypte, de Turquie, Mumbai...C'est lors d'un voyage avec Gilb'R en Tunisie qu'ils sont tombés amoureux de la tradition musicale orientale. Ils commencèrent alors à mélanger des canevas de musique arabe avec des sonorités acid originellement générées avec la fameuse machine TR-303.      

Leur premier album, l'ambitieux "Musique de France" conviant le Parisien Sofiane Saidi ou Rizan Said, collaborateur d'Omar Souleyman, bénéficiera d'une soirée de lancement le 10 novembre 2016 au Divan du Monde à Paris

Acid Arab jouera aussi le 27 octobre 2016 à Paul B à Massy dans le cadre du festival Les Primeurs de Massy, le 28 octobre 2016 à Castres dans le cadre du festival Les Primeurs de Castres, le 29 octobre 2016 à la Grande Halle de La Villette à Paris dans le cadre du festival Pitchfork ou au Divan du Monde à Paris le 10 novembre 2016... 

  • Natacha Atlas la diva electro variet'

Grande dame du métissage orient/occident, fille d'un médecin égyptien et d'une costumière anglaise, Natacha Atlas s'est faite connaître avec Transglobal Underground dans les années 90, un des tous premiers groupes mélangeant world et musique électronique. Mais Natacha Atlas collabora aussi avec l'ex-Public Image Limited et bassiste Jah Wobble.

Ayant grandi dans une banlieue de Bruxelles fortement peuplée par l'immigration marocaine de travail, elle partit ensuite vivre en Grande-Bretagne après le divorce de ses parents. Natacha Atlas a développé une musique toujours teintée d'electro mais aussi très pop, lorgnant même vers la variet'. 

Elle a même reçu en France une victoire de la musique pour son interprétation avec une orchestration orientalisée de la chanson "Mon amie la rose" au départ chantée en 1964 par Françoise Hardy. Natacha Atlas interprétera même à la télévision ce même titre en duo avec Francis Cabrel.

Natacha Atlas jouera à l'Estran à Guidel le 4 novembre 2016, à La Chapelle Corneille à Rouen le 8 novembre 2016, à Paris à l'Alhambra le 30 novembre 2016 mais aussi le 6 mai 2017 au Théâtre Jean Vilar à Vitry-sur-Seine. 

  • Smadj ou l'Oud 3.0

Virtuose de l'Oud, Smadj a longtemps oeuvré dans l'ombre, compagnon de route d'artistes comme Ibrahim Maalouf, Magic Malik, Stefano di Battista, collaborant aussi avec Eric Truffaz. D'origine tunisienne, Smadj, de son vrai nom Jean-Pierre Smadja, joue aussi du oud dans le groupe duOud, qu'il a fondé avec Medhi Haddab, ancien membre du trio Ekova.

Smadj s'est très rapidement distingué par son utilisation de rythmes électroniques crépitants et d'effets de distorsion numériques. Entré dans une école de jazz à l'âge de 15 ans où il apprend la guitare, il baigne dans les musiques orientales mais aussi brésiliennes, funk, soul, folk. Et bien sûr électroniques, notamment la jungle, un versant qu'il explore en 1999 sur son album "Equilibriste". S'ensuivront une quinzaine de disques dont "Spleen" en 2015. 

Smadj se produira le 16 novembre 2016 au Centre d'art et culture - Espace Rachi à Paris dans le cadre du festival Jazz n Klezmer.

  • Aufgang quand Oum Kalthoum rencontre Section 25

Aufgang n'a pas toujours été ce groupe qui mêle à la perfection arabesques mélodiques et grains de sables post-punk, dans une emphase électronique cassante comme une stalagmite. Duo franco-libanais articulé autour de Rami Khalife, compositeur et pianiste et de Aymeric Westrich, batteur et producteur, Aufgang a débuté comme un groupe electro-pop assez classique. Même si un remix par Arnaud Rebotini mettait déjà la puce à l'oreille.

Mais avec "Turbulences", leur quatrième album et le premier à voir le jour sur le label jazz de légende Blue Note, ils pourraient bien s'imposer comme de futures stars. Allant piocher leur inspiration dans de multiples courants et mouvements artistiques, de la Disco du mythique Larry Levan à la poésie d'Oum Kalthoum, ces électrons libres ont façonné leur son entre Paris, Beyrouth et New York. 

Aufgang puise dans un creuset artistique allant du père de Rami Khalife, figure artistique majeure du monde arabe, à Kery James, Cassius ou Phoenix. Un creuset hanté du souffle d'une utopie puissante, celle de l'alliage de la prose et de la mélancolie arabes et des attaques electro rock les plus pugnaces, dignes de la new wave du label de Manchester Factory et de groupes comme Section 25.  

Aufgang jouera le 17 novembre 2016 au Flow à Paris, le 25 novembre 2016 à La Chapelle/Caveau des Trinitaires à Metz puis le 10 mars 2017 à l'espace Paul B à Massy.  

  • Sofiane Saidi la mélancolie raï doucement groovy

Déjà un petit moment qu'on a repéré Sofiane Saidi, ambassadeur d'un raï remodelé aux canons 2016, entre pop songs tristes et bourdonnements électroniques. 

Né en Algérie, à Sidi bel Abbes, berceau de la musique raï, il croise d'abord le chemin du groupe afro hip-hop Tukuleur, avec qui il assurera les premières parties d'Alpha Blondy, de Cheb Mami, NTM ou encore Selif Keitade.

Il s'illustrera ensuite aux côtés de Naab, Ali Dragon (projet issu de Louise Attaque) et Natacha Atlas. Sofiane Saidi a sorti "El Mordjane" (le corail), son premier album co-réalisé par Tim Whelan (producteur de Transglobal Underground, Natacha Atlas...).

Apprécié à Brest, il s'y est déjà produit. Il y reviendra en décembre 2016, tout comme en région parisienne, à Pantin.  

Sofiane Saidi se produira le 2 Décembre 2016 à la salle Jacques Brel à Pantin, dans le cadre du festival Africolor, le 7 décembre 2016 à La Carène à Brest.