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King Ju de Stupeflip: « Je déteste les concerts et le côté bêtes de foire »

Par a@a.a le 03/09/2010 - Dernière mise à jour : 25/05/2017

King Ju de Stupeflip:

Le groupe le plus méchant de France refait parler de lui à l’occasion de la sortir d’un DVD, retraçant les dix ans de Stupeflip. Nous avons rencontré King Ju, tête pensante du groupe, qui nous parle notamment de son aversion pour la scène et de la préparation d’un troisième album.

CL: Commençons par ton actualité: Stupeflip a sorti le Stup DVD en mai dernier. Il contient un documentaire et un live de 40 minutes. Le but était de garder une trace de vos concerts ?

King Ju: On a fait quelques concerts pas trop mal depuis que Stupeflip existe. Mais je n’aime pas me retrouver devant des gens avec un micro, je n’aime pas faire des concerts. Le côté bête de foire, avec plein de personnes devant… Pour moi la musique c’est sur un disque. Le son est meilleur, on peut le contrôler. La scène c’est quelque chose qui ne ment pas. Je n’ai jamais vu un bon son de live fait par des Français. Même les groupes que j’adore je ne vais jamais les voir en live. Les concerts peuvent être bien pour une seule raison: le son des guitares et de la batterie. Le live c’est fait pour le rock.

 

Tu n’as vu aucun concert qui t’a marqué ?

Si, j’ai vu The Residents en 1991. C’était vraiment terrible. Je m’en suis inspiré pour les concerts de Stupeflip. C’est la seule chose que j’ai piqué ailleurs, pour le groupe. Là c’est vraiment un hommage, une référence voulue. A l’inverse, j’ai vu un des derniers concerts de Bashung, que j’adorais vraiment. Je suis resté quatre morceaux et je me suis barré. Ça sonnait moins bien que sur le disque: c’est toujours le même problème, ça casse le rêve, je trouve ça décevant. Tu vois le mec en vrai et tu dis « ah ouais c’est ça? »…

 

Tu es réputé pour être très dur sur scène, à insulter le public par exemple…

Oui mais je ne le ferai plus. Quand tu fais quelque chose d’artistique, il faut se démarquer. C’était juste pour me démarquer que le faisais. J’en avais marre de voir des artistes sur scène qui passaient leur temps à dire au public « je vous adore »… On ne le connait pas, je ne comprends pas, c’est d’un prétentieux! Non, fuck you! J’insultais les gens uniquement pour sortir de cette masse, pour qu’il se passe quelque chose.

 

C’est pour cette raison que tu apparais masqué ?

C’est dans cette idée, oui. On ne devrait pas nous voir en vrai, les membres de Stupelfip devraient rester des images. Je trouve que c’est plus intéressant que de montrer sa tête, d’arriver sur scène et dire « c’est moi! ». Je ne comprends pas comment les gens peuvent montrer leur tête, il faut être un peu exhibitionniste! Quand on a signé le contrat pour Stupeflip avec BMG, je suis allé au « Tout à 10 francs » en bas de chez moi et j’ai acheté une cagoule pour enfant que j’ai retournée. Ça ne coûte rien, vous pouvez même le faire chez vous! Cette cagoule, c’est la même depuis le début. Je l’ai mise une fois dans un lavabo. J’ai juste mis de l’eau, un jus noir en est sorti… Elle est sale!

 

Nous pouvons espérer revoir Stupeflip sur scène ?

Je ne veux plus faire de concert alors je vais faire DJ. Je vais essayer de faire du « théâtre DJ ». On sera peut-être 3 ou 4. On est en train de travailler dessus, ça va être assez construit et on passera des sons de Stupeflip.

 

A propos de BMG, la maison de disques a rompu votre contrat en 2006, après la sortie du deuxième album « Stup Religion ». Tu as tourné la page avec les majors ?

Depuis le début, on est suivi par un producteur/manager indépendant qui faisait tampon avec BMG pour que je reste totalement libre artistiquement. Malheureusement c’est le business qui valide tout, les albums doivent se vendre. Comme nos albums ne se sont pas assez bien vendus, ils nous ont coulés. Mais je peux les comprendre, Stupeflip n’est pas fait pour être signé sur une major. Quand je suis arrivé dans ce système, j’avais 33 ans, je savais que c’était un cirque. Au moins j’ai serré la main de Amel Bent et on a chanté ensemble. J’ai même vu Kyo! (rire)

 

Parle-nous du troisième album que tu es en train de préparer…

Je fais un troisième disque (après « Stupeflip » en 2003 et « Stup Religion » en 2005, ndlr.) pour achever une trilogie. J’ai reçu beaucoup de mails incroyables de personnes qui ont vraiment pris Stupeflip à cœur, qui ont compris le truc profondément. Mais pour l’instant je n’en dis pas plus.

 

Comment composes-tu et comment écris-tu tes textes ?

Je travaille chez moi depuis des années, même quinze ans avant Stupeflip. Ce qui m’intéresse dans la musique c’est de faire des boucles, je prends des petits bouts de trucs, je les assemble ensemble. Les textes j’en ai un peu rien à foutre mais bon, il en faut…

 

Pourtant il y a souvent un vrai message dans tes textes. Prenons l’exemple de « A bas la hiérarchie »…

C’est simplement du vécu, j’ai travaillé dans des boites privées, on m’a chié dessus. Tous les matins en arrivant, il y avait des filles qui pleuraient. C’était un cauchemar. A bas les gens réalistes, ce sont eux qui nous mettent la tête sous l’eau.

 

C’est du cynisme ?

Non, ça ne je ne supporte plus. Il paraît que Stupeflip est un groupe extrêmement cynique. C’est complètement faux, il n’y a aucun cynisme, il faut tout prendre au 1er degré. C’est tellement facile d’être cynique. Ce sont des jongleurs de mots. Fuck les cyniques. Et ceux qui intellectualisent la musique.

 

Que penses-tu de la création musicale française ?

Ce qui m’intéresse en France c’est le hip-hop. Mais par défaut parce que c’est ce qu’il y a de plus créatif. Les autres répètent des formules que l’on connait déjà par cœur. Dans le hip-hop, il y a une création de son, de style, ils font évoluer la langue. Booba par exemple, il a des images ultra fortes dans ses textes. C’est finalement le seul rocker, ça reste très caillera, c’est assez dur mais c’est plus proche du rock que les petits groupes d’aujourd’hui.

DECOUVREZ LE SECRET DE LA CAGOULE DE KING JU EN VIDEO

Stupeflip: le pouquoi comment de la cagoule de King Ju
envoyé par Concertlive. –  

 

 

 

 

Propos recueillis par A.V. et N.P

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