Concertlive : Votre nouvel album solo "Lifelines" est sorti le 31 mai dernier...
Andrea Corr : Oui c'est mon bébé. On a passé les trois dernières années à le faire. Mais je faisais plusieurs choses en même temps.
CL : C'était une envie personnelle de faire un disque de reprises ?
Andrea Corr : Pas vraiment. Après mon premier album, j'étais assez désabusée. Je me suis dit alors que je ne rechanterais que si j'en ressentais vraiment l'envie. Puis j'ai participé à l'album "Welcome Home, music of Ireland" avec tous mes amis irlandais, et John Reynolds était le producteur. Il a demandé à me rencontrer. Il m'a dit qu'il aimait ma voix, qu'il voulait travailler avec moi, qu'il ne pensait pas que ma voix avait été entendue comme il aimerait l'entendre… Il m'a littéralement couverte de compliments. Et les reprises, c'était son idée. Sur le moment, je lui ai dit que je ne faisais rien en ce moment mais que je préférais écrire mes chansons. Or une fois chez moi, j'y ai repensé. J'étais partagée. Un des plus beaux compliments qu'on ait pu me faire, c'est : "votre chanson m'a aidé à traverser telle ou telle période difficile", ou bien "je suis tombé amoureux sur cette chanson"… Je me suis mis à penser à des musiques qui, pour moi, étaient uniques. Cela a pris un tournant autobiographique. Et là je me suis rendu compte que c'était un luxe incroyable de pouvoir chanter ces chansons que j'aimais. C'est parti comme ça.
CL : Ces chansons sont très personnelles et ne sont pas forcément des chansons très connues. Il y a aussi des morceaux assez intimes...
Andrea Corr : "Lifelines" par exemple, a été ma plus grosse découverte personnelle jusqu'à aujourd'hui. On était à la maison je devais avoir douze ou treize ans et ils passaient "Midnight Cowboy" à la télévision. C'est mon film préféré, je l'ai encore revu il y a quelques jours. Le film m'avait juste laissé sans voix. Le présentateur après le film a dit "N'éteignez pas votre télévision, ce qui va suivre mérite vraiment votre attention, nous allons maintenant diffuser un morceau de Harry Nilsson." Et là, on a vu cet enregistrement magnifique avec cet homme au piano. Il était convaincu d'avoir un problème avec le public, on peut retrouver cet extrait via internet d'ailleurs. Il joue de ce soi-disant problème. C'est comme s'il se noyait en jouant "Lifelines". A la fin, il se tourne vers le public et tout le monde regarde ailleurs, comme s'il s'ennuyait. C'était une mise en scène en fait. Je crois que ça a été enregistré en 1972 à la BBC.
CL : Sur l'album, on retrouve également "Blue Bayou" [de Roy Orbison, NDLR] que vos parents avaient enregistrée avec leur groupe...
Andrea Corr : De toutes ces chansons ,c'est sûrement mon premier souvenir. Mes parents avaient un groupe, ma mère chantait, mon père jouait. Ils étaient très populaires, jouaient régulièrement. La première fois que ma mère a chanté avec le groupe, elle était enceinte de moi. Ils avaient fait une cassette de démo, et je me souviens encore de la voix de ma mère chantant 'Blue Bayou'. C'était assez précieux. C'est une des raisons qui m'a donné envie de faire ce disque. C'était important pour moi de chanter cette chanson. C'est assez beau de chanter une chanson en entendant la voix de sa propre mère la chanter.
CL : John Reynolds est le producteur de l'album, mais Brian Eno est également venu vous donner un coup de pouce ?
Andrea Corr : C'était une bénédiction ! J'avais déjà rencontré Brian Eno par le passé sans avoir travaillé avec lui. John et lui sont amis. On travaillait en secret avec John sur cet album. Il a un studio dans sa maison de Londres. Lors d'une pause, nous avons fait écouter quelques extraits de notre travail à Brian Eno. Je me souviens qu'il a dit de "State of Independance" que c'était peut-être l'un des meilleurs disques jamais fait. Ce disque-là, je l'ai littéralement usé à force de l'écouter. Cette chanson, Jim [Jim Corr, frère d'Andrea, NDLR] l'avait joué alors qu'il était dans un autre groupe "familial"… Je sais, ça a l'air bizarre, mais c'est vrai. Et ils étaient trois filles et un garçon, c'est encore plus étrange. C'était un gros challenge de s'attaquer à ce titre, mais on s'est dit que si on se plantait, personne ne le saurait. Finalement c'est une de celle que je préfère sur le disque. Brian a voulu y mettre son grain de sel. Il a adoré notre version et a ajouté des voix. Il en a ajouté sur 'Pale blue eyes' également et a fait de la production sur 'Some things last a long time'. On se sent très chanceux dans ces moments-là.
CL : Vous souvenez-vous de votre premier concert ?
Andrea Corr : Le tout premier ? Oui. C'était à Dublin. Nous n'avions jamais joué avant. J'étais terrifiée. Après cela, on a fait une tournée en Irlande et j'étais tellement stressée que j'en perdais ma voix. Or les gens chantaient toutes nos paroles, alors qu'on débutait juste. C'était magique.
CL : Les Corrs sont entre parenthèses car les autres membres se consacrent à leur famille. Y a-t-il une chance qu'on les croise, sur scène, avec vous ?
Andrea Corr : On ne sait jamais ce qui peut arriver. Caroline a participé à un concert avec moi en Espagne. Elle habite là-bas, c'était l'occasion. Mais, les Corrs, ce n'est pas fini. Simplement, là, je vis mon truc et quand on est tous les quatre, c'est les Corrs.
CL : Sans le casting pour le film "The Commitments" d'Alan Parker [où Andrea tient un second rôle, NDLR], pensez-vous que les choses se seraient passées de la même façon pour les Corrs ? Cela a-t-il été un film important pour votre musique ?
Andrea Corr : Cela ne se serait sûrement pas passé de la même façon, mais on aurait tout de même fini en tant que groupe. Ça a surtout été un film important pour l'Irlande, plus que pour la musique. Ça a été un catalyseur pour nous. On a auditionné tous ensemble [seule Andrea a été retenue au casting, NDLR] et c'était la première fois qu'on jouait comme un groupe. C'est là que l'on a rencontré notre manager, mais c'était la première fois aussi qu'il faisait ce boulot. Personne ne savait ce qui se passerait par la suite mais on a foncé quand même.
CL : Régulièrement un groupe irlandais émerge et embarque tout le monde avec sa musique, on pense à U2, Gary Moore et aussi à Thin Lizzy. Était-ce important pour vous de voir des groupes irlandais prouver qu'ils pouvaient devenir grands, quand vous avez commencé la musique?
Andrea Corr : Oui vraiment. Simplement de voir que c'est possible. L'Irlande est un tout petit pays. Avoir ne serait-ce qu'un impact sur le reste du monde, c'est super. Si on le regarde d'un point de vue strictement géographique c'est époustouflant. Mais ça a sûrement à voir aussi avec les Irlandais qui ont émigré. Ces groupes ont pavé la route sur laquelle on a pu faire voyager nos rêves.
CL : Cela a dû être dur pour les Corrs à l'époque de percer en Angleterre, peut-être plus que dans le reste du monde ?
Andrea Corr : On est apparu en plein mouvement Grunge. On était dans le "Nirvanaworld" et on s'est retrouvé rangé un peu vite au rayon musique folklorique. Le premier disque a bien marché en Irlande, en France, en Australie mais pas en Angleterre. Il a traversé le monde, mais on a raté la porte à coté. Quand le deuxième album est arrivé, il s'est retrouvé classé deuxième des ventes et du coup le premier album est devenu numéro un des ventes en même temps en Angleterre.
CL : Y a-t-il en Irlande un groupe qui serait à découvrir absolument ?
Andrea Corr : J'adore Damian Dempsey, John travaille avec lui aussi. Il a une voix typiquement irlandaise, c'est le Luke Kelly contemporain. C'est le mec typique du Nord de Dublin. Il rend la banlieue la plus dure totalement romantique. C'est un auteur magnifique et sa voix est vraiment superbe.
Propos recueillis par Jean-Lionel Parot





Publier un nouveau commentaire