Dead Pop Club: "petit ou grand concert, on mouille le maillot"
lun, 18/08/2008 - 16:18 -
Nathalie Paul
Avec près de dix ans d'activité et des milliers de kilomètres au compteur, Dead Pop Club continue d'écumer les salles qui ouvrent encore leurs portes aux formations indé. Pour le groupe, faire du rock en France est presque un sacerdoce, avec à la clé des joies que seul peut procurer la scène.
Concertlive.fr : Ça fait longtemps que le groupe existe et que vous tournez. A quoi ça ressemble Dead Pop Club sur les routes ?
Olivier "Duwick" Ducruix (Basse) : Je ne vais pas faire dans l'originalité. Dead Pop Club sur la route, c'est une bande de garnements qui s'amuse comme des grands enfants que nous sommes. Nous n'avons jamais eu de plan de carrière. Le plaisir est avant tout le moteur du groupe et les tournées restent un moment fort, certes parfois galère avec des camions pourris qui tombent en panne ou des organisateurs qui pensent que les musiciens ne se nourrissent que de sandwiches au pâté de foie... Mais n'exagérons rien, la plupart du temps, on tombe sur des gens passionnés qui se plient en quatre pour faire vivre le rock indé.
Vous êtes un groupe de club, mais vous avez joué dans des festivals de relativement bonne ampleur, le Furia ou Rock en Seine par exemple. Une jauge change-t-elle la couleur d'un concert, ou jouez-vous pareil pour 30 ou 300 (3000!) personnes ?
Il est parfois plus facile de se produire dans des grands festivals ou dans des salles prestigieuses comme l'Élysée Montmartre ou le Bataclan que dans des endroits plus confinés. Dans le premier cas, la pression est très forte avant de monter sur scène parce que tu rêvais de jouer dans tel festival, telle salle ou en première partie de tel groupe, mais une fois le concert commencé, tu oublies tout et tu te dis que ce n'est que du bonheur que de vivre de tels instants. Dans un club, les gens ne sont qu'à quelques mètres de toi, tu ne peux pas faire semblant et tu dois être au taquet du début jusqu'à la fin de ton set. De toute manière, petit ou grand concert, ça ne change rien pour nous, on mouille le maillot quelque soit la taille de la salle.
La France est plus un pays Rap et Electro que punk rock et nul n'est prophète en son pays parait-il. A quand l'exil américain, ou au moins une tournée américaine ? Vous êtes vous déjà produit à l'étranger ?
Tu aurais pu dire que la France est un pays aussi "variétoche". Si tu as le malheur, comme nous, de chanter en anglais et du faire du rock, autant réviser à la baisse tout de suite tes espoirs, pas nécessairement de devenir une star, mais de vivre tout simplement de ta musique. La faute aux quotas radios, sans doute... On a parfois pensé à traverser l'Atlantique pour aller jouer, mais c'est une organisation qui demande du temps et beaucoup d'argent. On a quand même fait une date en Suisse et une mini tournée au Pays-Bas où on a pu voir qu'en matière de rock, les Néerlandais se défendaient mieux que nous. On aimerait dans le futur aller jouer en Angleterre, même si les conditions pour un groupe inconnu sont plus que roots, et au Japon également, où notre dernier album, "Trailer Park", est sorti. Là, c'est plus une question d'avoir le temps de tout préparer, car au niveau financier il existe des aides pour organiser des tournées. Ce serait sûrement un grand moment dans la vie de Dead Pop Club si on arrivait à booker des dates au pays du soleil levant !
Malgré vos dix ans d'activité intense et reconnue, vous considérez-vous toujours comme des amateurs ? Peut-on vivre de sa musique en France quand on est un groupe indé ?
Nous sommes un groupe amateur puisque nous ne vivons pas de notre musique. Ce n'est pas vraiment un choix, tout musicien rêvant de vivre de sa passion, mais peut-on raisonnablement se dire que c'est possible dans notre beau pays ? Non... La France n'est pas un pays rock, c'est tout. Heureusement, il y a quand même des gens qui se bougent pour faire vivre dans l'Hexagone le style de musique que l'on développe : des assos, des fanzines, des webzines, des groupes. Le milieu rock indé est un peu comme une famille où chacun amène sa pierre à l'édifice. On s'entre aide en montant des plateaux avec d'autres groupes comme le Flying Donuts, Dirty Fonzy, Sons Of Budha, Generic. Survivre de sa musique, oui, mais en vivre, cela me parait très difficile...
Malgré la qualité d'un disque comme "Trailer Park", Dead Pop Club est-il fondamentalement un groupe de scène ? Le rock n'est-il pas avant tout une affaire de sueur et de pogo avec des filles légèrement vêtues et aux arguments de choc ?
Bien sûr et il restera une affaire de sueur tant que les groupes ne se diront pas qu'en ayant choisi le rock, ils deviendront plus facilement célèbres. Aujourd'hui, même les participants à la Starac pensent qu'ils sont habités par le démon du rock'n'roll. L'heure est donc grave ! Franchement, nous ne comptons plus les hectolitres de sueur que nous avons laissés sur les planches. Tu vas me dire, c'est peut être à cause d'une surcharge pondérale ou des systèmes de ventilations défectueux des salles où on se produit... Va savoir ! Par contre, pour les pogos de filles dénudées à forte poitrine, cela ne nous est jamais arrivé. Mais l'espoir fait vivre, non ?
Propos recueillis par Yoan Rega pour Concertlive.fr
"Trailer Park" (Crash Disques)
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