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Portrait de Jean-Lionel Parot

Lamb of God: "Les Français ont mis le temps pour mordre à l'hameçon"

jeu, 19/01/2012 - 11:52 -  Jean-Lionel Parot
 
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Lamb Of God publie en janvier 2012 son nouvel album "Resolution"
Photo DR © 2011 Concert Live Publishing. Toute reproduction interdite même partielle sans autorisation
De passage en France, Mark Morton et Randy Blythe, respectivement guitariste et chanteur de Lamb Of God, ont décortiqué pour Concertlive.fr leur nouvel album “Resolution”, l’évolution de leur musique, mais aussi leur vision d’un monde qui change vite. Interview de deux musiciens au discours construit mais qui ne se prennent pas au sérieux.

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  • Hellfest Summer Open Air - 15/06/2012 à 17/06/2012

Concert Live: "Resolution"  est votre septième album. Quel en est la colonne vertébrale et quel est le truc en plus par rapport à vos précédents disques?

Mark Morton: Ce qui reste inchangé d'album en album, c'est notre style. Nous avons grandi en écoutant du trash métal. On essaye d’interpréter ce qu’on aime et tout vient de là. Ce qui a changé avec "Resolution", en revanche, c'est que je joue mieux que sur les premiers albums. L'écriture est aussi différente. Quand on a commencé dans les années 90, on avait une vingtaine d’années. Aujourd'hui, on approche de la quarantaine, on a forcément changé dans notre façon de voir le monde. A force de jouer et d'écrire des chansons, on a ajouté du vocabulaire à notre musique, tout est plus élaboré.

Concert Live: Votre plus grosse fierté sur l’album?

Mark Morton: C'est le fait qu’avec sept albums au compteur on réussisse encore à écrire des chansons qui soient pertinentes. Ce serait facile de se laisser entrainer par la routine. On continue de se battre, de s’égratigner, de se contredire, de se plaindre et ce autant qu'il y a dix ans. Ca se fête.
Randy Blythe: La passion est encore là. On est toujours curieux, attentifs et heureux d’être encore là. Soyons clair, beaucoup de groupes n’y arrivent pas. Pas aussi longtemps.

Concert Live: Jouerez-vous vos nouveaux morceaux de la même façon sur scène que sur le disque?

Mark Morton: En grande partie oui.
Randy Blythe: Comme pour tous nos disques.
(NDLR: ils se mettent à en discuter entre eux)
Randy Blythe: A mon sens, le jazz mis à part, la musique doit être posée une fois pour toute, sauf pour les solos.
Mark Morton: En tant que chanteur, je vois ce que tu veux dire mais en tant que guitariste je ne suis pas d’accord. Dans notre disque, il y a souvent quatre parties de guitares jouées en même temps. Sur scène, il faut bien faire un choix et remixer tout ça pour en faire un tout cohérent. Pour défendre une chanson en live, il faut choisir ce qui est le plus important dans ladite chanson. Si on joue "King Me" sur scène, il n'y aura pas d’ensemble de cordes avec nous ni même de chanteuse d'opéra. Ou peut-être que si…

Concert Live: Là je vois ce que vous vouliez dire plus tôt sur cette passion qui fait que vous vous argumentez sur tout…


Mark Morton: (NDLR : il éclate de rire) Voilà, oui.
Randy Blythe: Je vais y répondre de cette façon, parce qu’en fait je ne comprends même pas de quoi Mark parle. En studio il y a des moments où on te dit « Essaie de faire ci ou ça » et moi je réponds « Pas la peine je ne le ferai jamais en concert. Pas en un million d'années je peux te l"assurer, ça n'arrivera pas. » Je fais toujours mes prises de voix comme elles seront en live. Au final j'ai toujours le dernier mot. Tout a été enregistré avec l’énergie du live, chaque inflexion, jusqu'à réfléchir sur chaque syllabe.

Concert Live: Quel sera votre prochain concert en France?

Mark Morton: Ce sera au Hellfest je crois (NDLR: Lamb of God est l'une des têtes d'affiche de l'édition 2012 de ce grand festival des musiques extrêmes qui se déroulera à Clisson, près de Nantes, en juin). On n’a pas annoncé toutes les dates de notre tournée, beaucoup de choses sont en préparation et on fait un peu de rétention d’information. En fait, nous ne décidons pas de ce genre de choses… Déjà que ça a pris du temps pour qu'il se passe quelque chose entre Lamb of God et la France. Vous et les Allemands, avez pris votre temps avant de mordre à l'hameçon.

Concert Live: Quand on regarde la vidéo de "Redneck" on ne peut pas s’empêcher de penser que malgré votre musique radicale, vous avez aussi de l’humour…


Randy Blythe: Je trouve que c'est ridicule quand les gens se prennent trop au sérieux. La vidéo de "Redneck" est juste hilarante et c'est mignon en même temps. Ce qu’on fait c'est du rock, les gens oublient que, quel que soit le groupe, même si c'est le meilleur groupe du monde, c'est juste un groupe de rock. Nous, on ne soigne pas le cancer. On n'est pas cardiologue. On sautille sur scène c’est tout. Y a pas de raison de se prendre à ce point au sérieux.
Mark Morton: Dans les chansons on peut te parler de douleur, de dépression, on a traversé des saloperies que tu ne peux pas imaginer et non, ne me demande pas quoi. Ça existe. C'est là dans la musique. Mais on n’est pas dans le misérabilisme pour autant.  J’emmène mes gamins à la fête foraine et on mange du popcorn aussi. On ne peut pas être glauque tout le temps. Mais par contre, il faut aussi respecter l’impact que la musique a sur la vie de certaines personnes. On entend régulièrement des témoignages de gens qui nous disent : "Cette chanson m’a aidé à traverser telle chose", "Cette chanson a sauvé ma vie",  c'est un honneur. Il faut respecter ça, que la musique puisse réconforter et aider des gens. Il y a un équilibre à respecter.

Concert Live: Qu’elle est la chose la plus hallucinante que vous ayez vécue sur scène ?

Randy Blythe: Le truc le plus bizarre que j’ai vu c’était en Arizona. Mark n’aime pas qu’on le touche. Sur scène je ne porte pas mes lunettes donc je suis un peu dans le brouillard. Et il y a ce type sur scène et il a son bras autour du cou de Mark et là je me dis « Oulah, c’est pas bon ça, il va le taper et on va prendre un procès». Je traverse la scène en courant, pour virer le mec. Mais alors que je me rapproche je réalise que le mec n’a qu’une jambe et qu’il s’appuie sur Mark en sautillant ; deuxième chose, le mec a une poche de colostomie qui pendouille de son estomac, sur scène, qui se balance… Le sac est plein bien sûr.
Mark Morton: Le mec avait dû galérer pour arriver sur scène avec juste une jambe. Mais il s’éclatait vraiment.
Randy Blythe: Et moi j’ai failli le renverser avec son sac de colostomie, cela aurait été horrible. T’imagines les titres: "le chanteur de Lamb of God agresse un unijambiste".


Concert Live: Votre fan club s’appelle la Congrégation, vous c’est Lamb Of God (NDLR: litt. Agneau De Dieu), votre ancien groupe s’appelait "Burn The Priest" (NDLR : litt. Brûle Le Prêtre)... c’est motivé par des convictions ou c’est plus par goût de la provocation?

Randy Blythe: C'est Mark qui a eu l’idée à l'époque pour "Burn The Priest". On avait besoin d’un nom de groupe de Metal qui soit cool, on avait 22 ans, c’était le bon nom à cette époque. Pour la capacité à choquer. Puis on a décidé de changer de nom parce qu’on avait marre d’avoir un nom qui ne soit que choquant. On voulait quelque chose de plus ambigu. Lamb Of God n’a pas spécialement de signification, c’est juste notre nom de groupe.
Mark Morton: C’est plutôt cool comme nom pour un groupe de Metal. C’est dans la tradition Black Sabbath, Judas Priest. Ça n’a rien à voir avec des convictions personnelles. Ma relation avec Dieu ou comment j’envisage l’idée de Dieu, c’est des trucs intimes.

Concert Live: Vous avez eu des soucis néanmoins à cause de ce nom?

Mark Morton: Il y a eu une salle dont je ne sais plus le nom, Led Zeppelin y avait joué. Le lieu appartenait à une grosse église, ils nous ont interdit de jouer alors que même Pantera s'y est produit.
Randy Blythe: Ils n’avaient pas dû écouter leur musique.
Mark Morton: Il se trouve que je suis croyant. Je n’ai pas de problème avec ce qu’on fait. On utilise parfois l’aspect religieux. Bien sûr, il y a des choses que j’ai écrites à l’époque que je ne réécrirais plus. Mais on nous fait aussi de faux procès. Par exemple, la chanson "Walk With Me In Hell", en première lecture on pourrait se dire que c’est une chanson contre la religion. Mais ce n’est pas le cas. C’est juste une chanson d’amour. Je ne m’attends pas à ce que les gens aillent systématiquement essayer de comprendre nos paroles, mais il suffit d’essayer de comprendre.

Concert Live : Vous pensez que la liberté d’expression a du souci à se faire?

Randy Blythe: Il y a ce livre qui a été écrit par un Français, un ancien résistant, je me souviens plus de son nom, (NDLR : Stéphane Hessel, "Indignez-vous"), il parle de regagner des libertés. Je n’ai pas encore lu ce livre mais j’en ai entendu parler. C’est important de préserver le droit de dire ce que l’on pense, de croire ce que l’on veut et de ne pas être persécuté pour ça.
Mark Morton: En fait, rien n’a beaucoup changé mais comme tout est amplifié actuellement, on a accès à beaucoup d’informations, très vite. Donc, chaque atteinte à la liberté va être plus facilement visible. Dans les années 70, l’information mettait plus de temps à circuler. Aujourd’hui, en quelques secondes, une info fera le tour de la planète avec des photos et des interviews. Je ne pense pas que ce soit pire.

Retrouvez les dates de concert de Lamb of God sur Concertlive.fr

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