The Serge Gainsbourg Experience : "Gainsbourg, c'est le côté intelligent, décadent, sexy et raffiné de la France"
lun, 18/07/2011 - 14:25 -
Emilie Leoni
Ancien contre-bassiste de Bashung, Arthur H ou encore Jacques Higelin, Brad Scott est de retour avec un projet des plus ambitieux, The Serge Gainsbourg Experience. Accompagné de quatre musiciens et de son épouse Célia Scott au chant, la formation célèbre dans une version des plus rock'n'roll l'oeuvre du grand Serge. Rencontrés lors de leur passage au Divan du monde il y a quelques mois, Brad et ses acolytes reviennent sur la genèse du projet et leur amour inaltérable pour Gainsbourg.
Concertlive : Comment est né le projet The Serge Gainsbourg Experience ? Quelle a été l'impulsion ?
Brad Scott (chant, ukulélé) : C'est Serge Gainsbourg qui est à l'origine de ce groupe, peut-être est-ce lui qui a eu l'idée il y a deux ans. C'est vrai qu'il est mort il y a 20 ans mais il continue de travailler. Aujourd'hui il, travaille pour nous, il nous fournit ses chansons. Quoi qu'il en soit, voilà deux ans que l'on travaille sur le répertoire et le son de Serge Gainsbourg. Après, l'idée est venue aussi de l'envie de jouer ensemble et du fait que l'on « kiffe » tous Gainsbourg.
CL : Vous reprenez ce répertoire mais ce ne sont pas tout à fait des reprises puisque vous réarrangez les morceaux, etc...
Gul (guitare) : C'est là la force de la reprise justement, c'est de pouvoir en faire autre chose et lui donner une autre vie.
Brad : Dans le jazz, les musiciens vont prendre un morceau de Duke Ellington qu'ils jouent autrement. Nous, nous sommes dit: « Pourquoi on ne ferait pas la même chose dans l'héritage pop ? ». Aujourd'hui, nous pouvons prendre des chansons créées il y a 20, 30 ou 40 ans, mais on ne va pas les jouer de la même manière. Ce qui est bien quelque part, car les chansons ne sont pas prisonnières de l'enregistrement initial.
Gul : C'est ça ! Et les grandes chansons sont de toute manière largement reprises à pleins de sauces différentes et continuent de vivre grâce à cela.
CL : Est-ce qu'il y a eu des difficultés particulières à adapter le répertoire de Serge Gainsbourg, à choisir les chansons ?
Brad : On ne pourrait pas parler de difficulté. Au contraire, c'est d'une facilité extraordinaire pour nous. Les chansons sont là, nous on arrive derrière comme si les chansons avaient été créées pour nous. Cela peut paraître gonflé de dire cela mais parfois on ressent cela. Parce que les chansons s'arrangent très facilement et les jouer est un plaisir.
Gul : On n'a pas trop « cérébraliser » les choses...
Brad : On ne se prend pas le chou !
CL: Vous avez débuté votre aventure, votre "expérience", en jouant au Moyen-Orient. Pour quelle raison?
Gul : Parce que nous avions des plans là-bas tout simplement.
Brad : On avait des plans et des planques surtout ! On représentait la France là-bas puisqu'on jouait pour le Centre Culturel Français, qui nous ont gentiment invité à jouer en Syrie, en Jordanie, en Israël et en Palestine.
CL: Le groupe est composé de six musiciens. Quels sont les instruments que l'on retrouve sur scène ?
Bras : Il y a la batterie jouée par Jérémie Piazza, la contrebasse jouée par Thibault Cellier, Célia Scott chante, moi-même Brad je chante et je joue du ukulélé, Gul joue de la guitare et chante également et Sébastien Palis joue des claviers et de l'accordéon.
CL : L'utilisation de l'accordéon, ce n'est pas trop dans l'esprit Gainsbourg, non?
Gul : Gainsbourg a produit des orchestrations tellement différentes à l'époque que cela ne nous dérange pas. Avec lui on peut ouvrir à tout ce qui est possible et imaginable en terme d'orchestration.
CL : Brad, toi tu as rencontré Serge Gainsbourg une fois. Comment cela s'est passé ?
Brad : On s'est croisé, nous n'avions rien à faire tous les deux. Très gentiment, il m'a branché sur la musique et sur l'Angleterre, les filles anglaises, les filles françaises, les filles tchèques aussi. Je suis allé au bar lui chercher un verre et lorsque je suis revenu, il devait monter sur scène pour faire son numéro. On ne s'est jamais revu. Il m'a laissé une forte impression bien sûr, mais comme un pote aussi quelque part.
CL : Un premier album est déjà sorti. Un second est prévu ?
Brad : C'est envisagé, bien sûr. Il y aura sans doute des chansons moins connues et peut-être des chansons encore plus connues que sur le disque précédent, parce que nous n'avons pas fait les chansons les plus célèbres de Serge encore.
Gul : On ne s'est pas posé la question sous cet aspect-là. On a pris les chansons que l'on avait envie de jouer ou celles qui nous correspondaient le plus sans se dire que tel ou tel morceau est un tube et qu'il ne faut pas le reprendre. Nous ne nous sommes pas pris la tête avec cela. Même si c'est super connu, on y va. Si c'est pas connu, tant pis. On a pris les chansons qu'on aimait tout simplement.
CL: On célèbre cette année les vingt ans de sa disparition. Est-ce que l'on vous a sollicité pour des festivités autour de cela ?
Brad : On nous a beaucoup sollicité.
Gul : On a campé à la maison de la Radio !
Brad : On nous a sollicité peut-être parce que l'on a fait quelque chose que personne d'autre n'a fait jusque là et donc c'est intéressant dans le sens où l'on a osé avoir une approche un peu plus libre envers Serge. Bien sûr on le vénère tous mais on a osé, sans que ce soit le truc le plus audacieux du siècle, changer le son et la langue et s'approprier un peu de lui avec le respect qu'on lui doit. Je pense que cette démarche a intéressé les gens.
CL Brad, tu es anglais. Que représente Serge Gainsbourg pour les anglo-saxons?
Brad : C'est une référence, il est très connu. Il représente le côté de la France que l'on apprécie le plus, c'est-à-dire le côté intelligent, décadent, sexy, raffiné, avec un certain sens de l'humour aussi. Pour les anglais, c'est « Melody Nelson » qui marque les esprits. C'est en tout cas la période la plus branchée aujourd'hui. Cela ne m'étonnerait pas si dans le futur, ce soit des choses comme « Love on the beach » qui soient plus branchés, avec un son plus 80.
CL : Avez-vous eu des retours de la famille Gainsbourg sur votre projet ?
Brad: Je ne préfère pas en parler parce que ma femme est là ! Non, pour le moment, nous n'avons pas eu de retour de la part de la famille de Serge, mais on les attend à bras ouverts !
Propos recueillis par Aymeric Val
© 2011 Concert Live Publishing. Toute reproduction interdite même partielle sans autorisation





Publier un nouveau commentaire