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Portrait de Emilie Leoni

Ycare : "De scène en scène je ne cesse d'apprendre!" (vidéo)

mar, 07/06/2011 - 18:39 -  Emilie Leoni
 
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17 mai 2011. 18h. La Flaq, bar et lieu culturel de la rue Quincampoix à Paris. C'est là qu'Ycare nous a donné rendez-vous pour un showcase privé où il présente quelques-uns des titres de son second opus, intitulé "Lumière noire". Souriant et décontracté, le jeune auteur-compositeur et interprète se révèle surtout être un artiste, certes talentueux, mais aussi modeste et délicat lorsqu'il évoque son travail. Morceaux choisis.

Artistes cités

Concertlive : Quel a été le making-of de ton second opus « Lumière noire »?
Ycare :
Cela a été une grande fête de faire ce disque. Sur le premier, il y avait beaucoup de sérieux, c'était assez scolaire finalement.  J'étais dans une dynamique assez grave et cela se ressentait aussi dans les sonorités qu'il pouvait y avoir dans le disque. Cette fois-ci, on commençait à 19h par l'apéro en studio avec Fred Rubens [co-réalisateur de l'album, NDLR]. Cela se terminait à 6h du matin, on avait rien foutu et à la fin il y avait un son qui nous interpelait et c'est là qu'on avait le truc. On ne le tenait qu'à la fin. Ce n'était pas un travail forcé. Nous n'étions pas pressés par le temps comme sur le premier album où j'ai tout fait très rapidement. Je voulais sortir un disque vite après la Nouvelle Star, histoire de ne pas se faire oublier, « battre le fer tant qu'il est encore chaud » comme on dit. Nous sommes rentrés en studio vers février-mars 2010 et on n'a fini qu'en février de cette année. On a mis neuf mois voire un an à chercher ce que l'on voulait pour arriver à ce disque « Lumière noire ». On a vraiment pris le temps de faire les choses, de s'entourer de personnes diverses et de les faire collaborer. En studio, il y avait des potes de Babylon Circus qui venaient. Olivier Soumali [du groupe Babylon Circus, NDLR] est venu faire les claviers sur « J'me fous d'Hélène » par exemple. Il y a Michael désir qui est venu faire les batteries sur deux titres. C'est un truc de copains un peu. On aurait dit un home-studio mais fait par une major.



CL : Tu es retourné chez toi, à Dakar, entre temps aussi ?
Ycare :
Oui. Entre deux échéances en principe je rentre toujours voir ma famille. J'ai grandi là-bas. Je suis franco-libanais né au Sénégal. Je vais là-bas en général pour prendre du recul. Après la Nouvelle Star, j'étais parti là-bas pour faire le point : Qu'est-ce que j'ai fait et qu'est-ce que je vais faire ? Là entre les deux albums, il s'est passé exactement la même chose. Je rentre, je fais du surf, du bodyboard, je dors. Je me repose, vraiment. Je prends du recul : et maintenant, j'ai envie de parler de quoi ? Qu'est-ce que cette année m'a donné et qu'est-ce que j'ai envie de dire aux gens maintenant ? Il ne s'agit pas de prendre treize titres, de les juxtaposer et de faire un album. Il est important de raconter une histoire à proprement parler et de pas prendre les gens pour des cons parce qu'ils ne le sont pas.

CL : Qu'est-ce qui est ressorti de cette prise de recul ?
Ycare :
Il en est ressorti une espèce d'émancipation. J'ai pris conscience aussi que je n'étais pas forcément content pendant la tournée de faire des morceaux tristes comme sur le premier disque. C'était trop grave. Le monde est assez grave en soi et c'est tellement la merde partout que les gens ont envie de rire, de se détendre. Ce nouveau disque est beaucoup plus dansant. Même si les textes  restent un peu tristes lorsque tu les isoles, il y a un joli "cache misère" qui est la musique. Ce sont des mélodies plus dansantes et légères. J'avais envie de me retrouver sur scène avec des morceaux plus entraînants, pour bouger plus, faire danser et chanter les gens. Donc il y a des chansons avec des refrains simples que les gens peuvent chanter facilement. C'était vraiment une volonté de ma part. J'aurais pu faire des chansons plus compliquées mais je ne voulais pas saboter mes concerts mais vraiment faire des trucs dansants. C'est mon « mood » du moment : j'ai envie de faire la fête !

CL : Il y avait un côté très organique dans les mélodies comme les textes sur ton premier disque. Cette fois, l'électronique s'invite au détour de certains titres. Tu abordes un style plus pop quelque part ?
Ycare :
Oui c'est cela. C'était pop-rock sur la première tournée. Sur des titres comme « Alison » il y avait beaucoup de guitares électriques qui ont laissés place à des claviers. C'est surtout le travail de Fred Rubens qui est new-yorkais, et écoute beaucoup d'électro. Ensemble, on est allé dans une direction plus pop, plus accessible, moins agressive. J'avais des envies de légèreté et je suis pour le grand retour du clavier. J'avais écouté l'album solo de Julian Casablancas des Strokes et je suis tombé amoureux de tous ces claviers, un peu à la Polnareff ou à la Balavoine remis au goût du jour. J'ai beaucoup aimé.

CL : Pourquoi avoir choisi 'Lap Dance' comme premier single à l'album ?
Ycare :
On a choisi ce single parce que c'était le premier titre que l'on avait fait et qui avait une gueule un peu accessible. Donc c'était logique que ce soit ce titre-là. Après pour le clip, il s'avère que l'on m'avait traîné à un cours de gym suédoise où j'ai vu cinquante nanas qui dansaient en faisant les mêmes gestes pour des raisons différentes. Tu as la cadre dynamique qui vient se défouler après le boulot, tu as la femme qui a deux-trois kilos en trop et qui veut vite les perdre avant l'été. Il y a de tout mais ces femmes font les mêmes gestes pour des raisons différentes et cela collait vachement bien au refrain « Dis quand tu danses/ A quoi tu penses ». Je me suis dit que mon clip était là.

CL : Le public t'a découvert par le live. Comment appréhendes-tu la scène aujourd'hui ? Est-ce   l'euphorie ? Le stress ? Un apprentissage toujours ?
Ycare :
On ne fait que cela apprendre. De scène en scène je ne cesse d'apprendre. Maintenant l'euphorie, elle est  là une semaine avant la date et la veille tu te pisses dessus ! J'ai très peur avant de monter sur scène, qu'il y ait cent personnes ou bien plus comme les premières parties que j'ai pu faire avec De Palmas où il y avait 3000-4000 personnes. Au Forest National à Bruxelles c'était 6000 personnes. A ce moment-là, tu transpires et tu te demandes ce que tu vas bien pouvoir raconter aux gens, petite personne que tu es qui a toujours été dans le public auparavant. Car c'est cela ma place: c'est quelqu'un dans le public à qui on a foutu un coup de pied aux fesses et qui s'est retrouvé sur scène et qui a la chance d'y être le temps qu'on lui accorde. J'ai toujours très peur avant un concert et le côté festif est peut-être là aussi pour palier à cela ! C'est plus facile de dire les choses en faisant remuer les gens que de leur dire de s'asseoir et d'écouter. C'est prétentieux aussi le métier que je fais. On a tendance à oublier qu'être auteur et compositeur c'est avoir beaucoup d'aplomb, de culot et de prétention. Tu fais un truc seul dans ta chambre, qui est sensé être pour toi et qui finit par avoir une intention d'être écouter par tout le monde. C'est culotté, c'est prétentieux mais cela part d'un bon sentiment.

CL : Tu veux dire qu'il faut être un peu égocentrique aussi peut-être ?
Ycare :
Non, ce n'est pas cela chez moi. Sur scène, il y a moi, Ycare, et mes musiciens et je nous considère comme un groupe. Ils prennent autant de place que moi. Il n'y a pas que la lumière sur moi. Je n'ai pas le goitre de l'auto-satisfaction, d'autant que je n'ai ni l'attribut ni la gueule du beau gosse qu'on peut vendre. Les gens qui viennent me voir en concert viennent pour autre chose. Ils viennent passer un bon moment. Je pense que, dans cette étape-ci de ma carrière, le plus important ce ne sont pas les titres que tu chantes. Certes ils sont importants mais les gens les connaissent via le disque. Dans un concert, ce qui est important, c'est l'entre-chansons. C'est la manière dont tu discutes avec les gens qui importante, essayer de faire en sorte qu'ils ne décrochent jamais parce que mine de rien  ils ont payé. Ils ne sont pas sensés s'ennuyer une seconde et c'est ce côté-là qui me tient à coeur. C'est naturel pour moi de faire le pitre. Je suis un pitre un peu timide mais je suis un pitre quand même.

CL : Tu sembles entretenir un rapport très privilégié avec ton public...
Ycare :
Je suis proche des gens qui soutiennent mon projet comme je le suis de gens que je vais rencontrer dans un bar avec qui je vais avoir une conversation qui va durer le temps qu'elle durera. C'est de la bienveillance. Il ne faut pas être hypocrite. Le mec qui arrive et qui snobe un fan, c'est un con, quel qu'il soit. Si tu as de super chaussures et une belle bagnole c'est parce que le fan en question a acheter ton cd. Et même au-delà, tu ne te fous pas de sa gueule. Tu es sensé chanter pour les gens pas pour te faire de la thune.

CL Tu as une anecdote marrante d'une rencontre avec ton public ?
Ycare :
Au départ, il y en avait qui étaient étonnés du fait que j'ai une gueule normale et que je parle posément par rapport à ce qu'ils ont pu voir à la Nouvelle Star. Ils croyaient vraiment que j'avais toujours les yeux écarquillés. Non. C'est simplement une hérédité, je fais de la photophobie. Mon père pour regarder la télé par exemple, doit mettre des lunettes de soleil. Tu vois le délire ! Donc lorsque tu te retrouves sur un plateau télé où il y a 3000 watts dans ta tête ou je ne sais pas combien,  soit tu fermes les yeux, soit tu les écarquillent. C'est pourquoi je ressemblais un peu à un pantin électrocuté au départ. Avec le temps, j'ai appris à m'y habituer.

CL : Une anecdote de live ?
Ycare :
Le truc le plus drôle, c'était lors de la dernière date de la tournée à Nantes. Je n'avais pas de clavier sur cette tournée car comme on faisait des petites salles, où tu ne peux pas emmener cinquante musiciens. On avait une bande qui tournait pour le titre 'Au bord du monde', premier titre que l'on jouait sur scène. Sur la dernière date, mon cousin est venu. Il est roux avec une longue mèche tombant sur le visage. Je lui ai dit qu'il allait ouvrir le concert, du style : on va mettre un clavier sur scène, tu vas entrer et faire semblant de jouer les notes sur le clavier et quand le morceau part, tu bouges la tête. Il m'a dit ok et juste avant le concert, alors qu'il ne jouait pas pour de vrai, il avait le trac. Le pauvre dans la loge, il répétait à imiter les notes sur une cuisinière. Il est monté sur scène, il a fait le truc, il a fini et est sorti de scène. A ce moment-là, j'ai dit « Vous pouvez applaudir Mylène Farmer s'il vous plaît ! » Tout le monde l'a applaudit et lui s'est pris au jeu puisqu'il a saluer toute la salle. C'était très très drôle ! Plus tard dans la soirée, j'ai eu le malheur d'inviter les gens à monter sur scène sur 'L'étrangère'. Il y a avait trente personnes sur scène, ils ont tout bousillé comme les pédales de son, ils ont cassé des trucs... C'est vrai que je m'étais un peu lâché ce soir-là.

CL : Une salle, un festival qui te ferait rêver ?
Ycare :
Ce qui fait rêver un chanteur parigot-parisien, c'est jouer dans la salle mythique de L'Olympia. Faire le Stade de France c'est flatteur mais je trouve que cela fait un peu usine. L'Olympia c'est classe, tout comme La Cigale. C'est un rêve pour moi de jouer là-bas. Je ne sais pas si ce serait une salle encore accessible pour moi car c'est une jauge de 1400 personnes je crois. Mais c'est un rêve. En plus l'endroit est beau, j'aime les jolies salles avec des dorures comme au théâtre. Cela me fait rêver. Prochainement, je vais jouer en ouverture de Raphaël sur une scène flottante sur le lac d'Enghien-les-Bains face à 25000 personnes [le 18 juin 2011, NDLR]. C'est flatteur d'autant que j'ai toujours aimé ce que fait Raphaël.

CL Ta plus grande angoisse en tant qu'artiste ?
Ycare :
Une salle vide. Je pleurs. Pendant ma résidence parisienne à la Java, on a fait six concerts et sur l'une des dates, il y avait moins de monde que d'habitude. J'ai pleuré avant de monter sur scène. Vraiment. J'ai un peu le traumatisme du gosse qui organise son goûter d'anniversaire et ses copains mettent du temps à venir. Moi j'avais toujours peur de cela étant gosse, quand ma mère préparait tout, les gâteaux, les chips... Je devais être en CM1 quelque chose comme ça et à 16h10, il n'y avait toujours personne. Est-ce qu'ils vont venir? Je pense que je n'ai pas bouger depuis cette époque. Je suis un gosse. Et quand je fais un concert, je prépare tout. Je mets une baignoire sur scène, je mets un « Y », j'essaie de trouver des vannes entre les morceaux, etc... Comme lorsque tu reçois des gens chez toi, tu veux qu'ils ne manquent de rien. C'est pareil pour les concerts, je suis meurtri lorsque la salle n'est pas pleine. Du coup, je me donne deux fois plus.

CL : Ta plus grande angoisse dans la vie de tous les jours ?
Ycare :
La mort ! Et le silence qu'elle procure. Il y a une chanson dans l'album qui s'appelle « une vie » est qui veut dire qu'il faut s'empresser d'aimer les gens auxquels on tient parce que cela ne serre à rien d'offrir des fleurs à sa mère une fois qu'elle est morte et de les foutre au cimetière. Il faut vite dire aux gens que tu aimes que tu les aimes. C'est capital.

Propos recueillis par Emilie Leoni

Retrouvez 'Lap Dance' en acoustique à La Flaq :


 

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1 commentaire

Portrait de Anonyme
Par  » le mar, 18/10/2011 - 21:10

merci pour l'interview bien sympa :)

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