Loin des Jay-Z et du son rap clinquant de la côte Ouest américaine, Dälek impose son style sombre et bruitiste avec un dernier opus massif et oppressant: "Gutter Tactics". Sur cet album paru en janvier 2009 sur le label Ipecac (celui de Mike Patton des Faith No More), le rapeur de Newark, près de New York, et son acolyte de toujours, le DJ Oktopus (Alap Monin) prend à contre-pied le hip-hop avec des instrumentations granuleuses qui flirtent avec le rock noisy et industriel.
La musique, tout comme le flow léché de Dälek, ne sont pas là pour bercer les âmes, mais bien pour déranger et secouer les esprits. Les instrumentations apocalyptiques, comme si My Bloody Valentine s'était adjoint les services d'un MC au flow parfait, font écho aux textes vindicatifs. Avec une voix plus terrifiante que jamais, Dälek (de son vrai nom Bill Brooks) s'enfonce en effet dans la noirceur pour livrer un regard désabusé sur les problèmes qui secouent la société américaine, en particulier le racisme contre la communauté noire.
Côté live, Dälek, entouré de son crew (un beatmaker, un guitariste et un claviériste), sait aussi happer son public avec des ambiances psychédéliques et une énergie débordante. Ils sont à découvrir en concert à travers la France à l'automne 2009, avec en première partie le rappeur new-yorkais Ricardo Galindez, aka Oddatee, et son hip-hop aux textures abrasives.
A.V.
Regardez l'extrait live "Spiritual Healing" de Dälek dans un festival suisse en 2007:




1 commentaire
Dälek n'a pas inventé le hip-hop indus. Même si sa musique est de qualité, d'autres groupes ont déjà, au début des années 80, opéré le mélange de musique bruitiste et de hip-hop. Je pense particulièrement à "23 Skidoo". Il s'agit d'un groupe anglais apparu dans la fin des années 70 qui se reconnaissait dans la musique de Fela Kuti, dans la mouvance industrielle, bruitiste, électronique à l'image de throbbing gristle, cabaret Voltaire (deux groupes pionniers qui ont lancé l'ère des "beats"), et avec qui 23 Skidoo a collaboré, ainsi que dans la mouvance hip-hop qui commençait à déferler à l'époque, de sorte que la musique du groupe se situait dans un trip que je qualifierai de pop post-punk hâché d'afro-beats tenaces.
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