43ème édition du Festival International de la Chanson de Granby (Québec) : l'histoire de l'homme qui a vu l'Acadien qui avait vu le Caribou
C'est en 1969 qu'a été crée le Festival International de la Chanson de Granby (Québec). Alors qu'en France, on se félicite de la pérennité de nos grands festivals (et de l'émergence ou confirmation des plus intimistes) années après années, le Québec serait-il l'ultime bastion de la défense de la Francophonie ? Car le FICG n'est pas un festival au sens où on l'entend habituellement. Non pas que le Canada ait une approche générale différente des autres pays du monde. Non, le Festival de Granby est une sorte d'ovni international pour la bonne raison que c'est avant tout un concours. Le but de ce festival n'est pas de faire venir des artistes internationaux dans un site provisoire pour les faire jouer plusieurs jours à la file. Non, le Festival de Granby, c'est une opportunité pour des artistes québécois de rencontrer des professionnels venus d'un peu partout de la francophonie. Ainsi la « délégation française » de cette année comportait des directeurs ou programmateurs de festival (Chauffer dans la Noirceur, Pause Guitare, Chantons sous les Pins, par exemple) et des journalistes (dont votre serviteur). A cette délégation française s'ajoutait des Belges et des directeurs de festival venus des quatre coins du Québec (et c'est grand le Québec).
Alors j'entends ici ou là des grincheux dire « On en a jamais entendu parler de ce festival, comment donc ce fait-ce ? » C'est vrai que le Festival de Granby semble plus tourné vers un public « pro » que vers le grand public. Même sur place. Bien sûr, des artistes plus confirmés viennent prêter main forte à leurs futurs « coreligionnaires », ainsi sur scène on aura vu Vincent Vallière, Daran, Brigitte Boijoli ou Marc Déry, tous artistes reconnus publiquement pour leur talent. On compte aussi dans les rangs des célébrités venues soutenir l'effort du très controversé Normand Brathwaite, sorte de crossover improbable entre Patrick Sébastien et Naguy, dont la présence sur scène semblait plus être due à une volonté de rassurer les partenaires financiers et de les amuser que de relever le niveau culturel.
C'est en effet le mécénat privé plus que le soutien politique local (même s'il est réel) qui permet au Festival de Granby de perdurer. En plongeant un peu dans l'organigramme du festival, on se rend compte qu'il faut aux organisateurs jongler entre les partenaires institutionnels, une compagnie aérienne (pour rapatrier les VIP), des restaurants, hôtels et autres lieux d'accueil, des salles de spectacles (ou espaces alternatifs comme… des restaurants) ou spots éphémères, à savoir un chapiteau et une sorte de caravane ouverte servant de petite scène de transition quand il ne se passe rien dans la grande tente.
Pour faire court, étalé sur quinze jours le Festival International de la Chanson de Granby à l'air d'une chose un peu déstructurée, totalement imbriquée dans la ville qui l'accueille (après 43 ans, la fusion semble assez normale) et portée par un organigramme complexe de salariés (quatre) et de bénévoles. A vue de nez, on pense aux Francofolies de la Rochelle pour l'inscription dans la ville, au Midem pour le coté « pro » et à la grande bouffe pour l'accueil d'une générosité impressionnante. Les VIP au Québec on les dorlote, normal ils sont là pour consommer de l'artiste local.
La vraie force de cette machine hybride, c'est de mettre les artistes émergeant au cœur du débat. Des mini-concerts privés sont organisés pour les pros, puis les mêmes artistes sont redistribués au cours du festival pour jouer pour les gens. Cela permettant aussi aux pros qui auraient eu un coup de cœur de le confirmer face au public (ou pas) et au pire d'avoir une deuxième chance d'écoute en cas de doute. Le point final du festival c'est le concours proprement dit, la première semaine marquant les demi finales, le dernier soir est celui de la finale, quatre finalistes sont jugés par un public d'une centaine de professionnels (les pros qui ont été rassemblés sur casting international dont votre serviteur) et le gagnant part avec une collection de bourses de travail (et donc une somme plus que rondelette) et des possibilités de suivi qui laissent rêveur. La pléthore de professionnels présents remettant d'autres prix, les quatre finalistes gagnent tous au moins un petit quelque chose, une bourse, un stage, voire plus.
Et me direz-vous est-ce-que cela marche ? Parmi les différents lauréats ou finalistes du Festival on retiendra les noms de Lynda Lemay, Jean Leloup, Isabelle Boulay, Jeanne Cheral, Pierre Lapointe ou Emily Loizeau. Ça ne marche pas à chaque fois, mais il y a quand même quelques très belles réussites… Dans le cru 2011, on se souviendra du lauréat évidemment, Mathieu Lippé (un slammeur certes encore un peu scolaire mais au charisme agréable) et des artistes un peu plus confirmés n'ayant que peu de visibilité outre-Atlantique mais à l'avenir prometteur, tels Joseph Edgar, Ingrid St Pierre, Jimmy Hunt ou la truculente Lisa Leblanc, gagnante de l'édition 2010, qui prouvent que l'Acadie est une terre fertile en artistes de caractère.
Granby c'est donc fini pour 2011 mais l'édition 2012 est déjà en cours, les présélections commencent tôt et la défense de la Francophonie est une affaire très sérieuse chez nos voisins québécois.




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