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06/11/2009

Les Inrocks à Paris: toutes les tribus ont rendez-vous à la Cigale

Les Inrocks à Paris: toutes les tribus ont rendez-vous à la Cigale

Pour cette soirée parisienne à la Cigale, le 5 novembre, le festival des Inrocks ose encore et toujours le mélange des genres pour offrir une soirée aussi éclectique qu'intéressante. Avec Hockey en apothéose.

Le Festival des Inrocks c'est quatre grandes villes prises d'assaut (Paris Lille, Nantes et Toulouse), une trentaine d'artistes à la pointe de la pointe du très tendance, le tout distillé sur six jours intenses. Ce jeudi 5 novembre, la Cigale (Paris) n'est donc qu'une goutte d'eau dans la déferlante de décibels générés par l'événement. Le programme a le bon goût d'être éclectique, mais finalement c'est aussi l'extrême difficulté de l'exercice. Comment faire se rencontrer des publics venus apprécier une chose singulière perdue dans d'autres particularismes?

Exemple et cas d'école, le groupe d'ouverture : The Irrepressibles. Les Anglais l'annoncent avec humilité, c'est leur premier passage en France. Avec un spectacle costumé, entre Baroque noir et blanc et pré-Raphaëlites-post-gothiques, ils jouent devant une salle qui se remplit au fur et à mesure. L'horaire n'y est pas pour rien: jouer à 18h45 en semaine n'est pas à la portée de tous. Pourtant leur show entre musique classique et folk aérienne (quelque part entre Anthony and the Johnsons et Jeff Buckley) a le mérite d'être travaillée jusque dans les moindres détails aussi bien scéniques que visuels.

La petite tribu de jeunes filles en robes longues Victoriennes et chapeaux d'époque dans la salle laisse même présager un noyau dur de fans bien implanté. Un autre groupe de fans a planté son drapeau pour cette soirée artistiquement bigarrée.

Dan Black prend la suite dans une absence de continuité flagrante, l'ex leader de The Servant sévit désormais sous son nom seul entouré de musiciens entièrement dévoués à sa cause. Le registre est moins progressif qu'auparavant, et c'est sur des rythmes discos que la voix inimitable du Londonien se pose, aérienne et lancinante. Le single "Symphonies" n'est bien entendu pas sans rappeler un "Orchestra" (le titre qui avait révélé The Servant) en plus éléctro , mais le reste de la prestation est placée sous le signe du groove, de la dance et du rose fluo (telles les initiales du chanteur servant de décor de scène). Bien entendu la salle s'est remplie d'une deuxième tribu qui a chassé la première, les jean slims et tee-shirts ont remplacé les crinolines.

Les genres se succèdent et ne se ressemblent pas. Toujours très pointue, la programmation laisse ensuite la place à Fredo Viola, dans un registre polyphonique voyageant entre Irlande, Europe Centrale et comédie musicale, le tout agrémenté de musiciens aux instruments volontairement rustiques et sobres fleurant bon le retour aux sources. Un Macintosh posé devant le plateau distille des boucles pré-enregistrées tout au long du concert (contraste rigolo) pour agrémenter l'oeuvre éminemment subtile du plus Européens des New Yorkais. Européen car entouré sur scène de musiciens de Manchester (le groupe I'm your Autopilot) et du Lyonnais Scalde, tous rencontrés (d'après les dire de Fredo) sur Myspace. Les vestes en velours et les chapeaux auraient dû pousser les slims / t-shirt, hélas le niveau extrêmement intimiste du son laisse la place aux conversations de la deuxième tribu ponctuée des "chut" de la première citée. Transition complexe donc pour une musique qui aurait mérité plus de recueillement.

Tout le monde attendait Hockey ensuite et un retour à la pop synthétique. Mais, contrairement à ce que le programme annonçait, c'est le jeune Zak laughed (15 ans et toutes ses... cordes) qui prend la suite.

Seul en scène avec sa guitare folk pendant deux titres, la voix claire, il ferait presque taire les chuchotements de la salle. Mais ce n'est qu'à l'arrivée de son groupe (et en durcissant donc le ton en électrique) que ce mini Neil Young attire toutes les oreilles. Alors bien sûr, il est maladroit, dit trop souvent merci, chante avec une émotion qui lui fait parfois oublier la justesse la plus élémentaire.

Mais c'est aussi ce qui fait le charme d'un live et la curiosité l'emportant, toutes les tribus encore présentes tendent une oreille curieuse vers ce petit bonhomme qui a l'avenir devant lui et des compositions qui sentent bon le rétro cheap encore sincère.

Rideau et départ d'un gros tiers de l'assistance et... toujours pas de Hockey à l'horizon, les lumières restent éteintes le clip "Beds are Burning" tourne sur écran géant. Aucune annonce n'est faite, l'attente continue, à la régie son, on s'affaire, de l'extérieur ça ressemble à une balance de dernière minute faite au casque par un ingénieur du son hors pair avec rideau fermé (du travail d'orfèvre), les musiciens étaient ils en retard, y-a-t-il eu un problème technique... mystère.

Le rideau s'ouvre sur les accords de "Work" et les musiciens de Portland apparaissent enfin. Dire de leur musique qu'elle évoquerait un concert des Strokes dans une salle d'aérobic pourrait sembler une image osée, mais... la vérité n'est pas loin et c'est un double héritage qu'ils ne semblent pas récuser.

Petite déception, le chanteur Ben Gurbin ne porte pas de bandeau de sport fluo dans les cheveux comme à la plupart de leurs récents concerts. Mais c'est bien évidemment un détail qui ne l'empêchera pas de se contorsionner durant un show certes court mais extrêmement physique. Les extraits du bondissant album "Mind Chaos" s'enchaînent, notamment "Too fake", "Learn to loose" ou le tube en puissance "Song Away" qui n'est pas encore un single mais en a tous les atouts.

Vingt trois heures trente le rideau tombe, sans rappel, et les derniers membres de tribus antinomiques partent bras dessus bras dessous, finalement pas mécontents de s'être croisés dans cet improbable mélange des genres.

Jean-Lionel Parot

Photo Loïc Duquenois

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