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Portrait de Jean-Lionel Parot

Thiéfaine, le dernier des Sélénites investit Bercy

mar, 25/10/2011 - 11:31 -  Jean-Lionel Parot
 
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Hubert-Félix Thiéfaine en concert à Bercy le 22 octobre 2011
© Jean-Lionel Parot 2011 - Concert Live Publishing. Toute reproduction interdite même partielle sans autorisation
C'était le samedi 22 octobre 2011 et Hubert Félix Thiefaine, en plein « Homo Plebis Ultimae Tour » (NDLR : tournée nommée d'après une citation de Sénèque, évoquant l'homme de la lie du peuple) s'attaquait à Bercy. L'inclassable poète dans cette cathédrale païenne de métal et de béton était plus qu?à sa place, l'affluence l'aurait prouvée au dernier des sceptiques. Ce n'était pas un coup d'essai d'ailleurs et en plus de trente ans de carrière, à la marge du système, traçant ses propres lignes, on doit bien reconnaître qu?aucune salle n?a pu lui résister.

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Sa silhouette de dandy tout en retenue aura habillé la scène de la salle parisienne sans fléchir, la voix claire et affirmée, le verbe haut, les yeux levés. Quelques esprits chagrins lui reprochèrent en sortant d'un concert plus que riche, de ne pas prendre de risque. Bercy reste une salle que peu d'artistes hexagonaux peuvent remplir.  Et si le jeune Hubert Félix essayait de toquer à la porte d'une major avec un premier album comme «tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s'émouvoir » aujourd'hui, gageons que les directeurs artistiques de 2011 lui répondraient en vrac et piteusement : « Pas assez formaté. » « Où sont les refrains ? », « Trop long. » « Trop glauque, ça ne marchera jamais ».

Thiéfaine nous a tellement habitué a suivre sa route sans se soucier d'autre chose que de son art qu'on en oublie parfois sa rareté météorique.

Alors bien sûr, même avec un album à défendre, « Supplément de mensonge », celui que ses fans nomment affectueusement HFT, ne s'est pas privé de sortir les grands classiques : « Lorelei Sebasto Cha» en début de concert, « Alligators 427 » à la fin, « La Fille du Coupeur de Joint » en rappel. Tout en n'oubliant pas « Autorisation de Délirer», « Sweet Amanite Phalloïde Queen » ou « 113ème Cigarette sans Dormir». S'il en avait été autrement, Bercy se serait sûrement écroulé sous les hurlements de fans déçus.

Oui, ceux qui vont voir Thiéfaine l'ont souvent déjà vu, le parcours élitiste y est pour beaucoup. Donc le voir sur scène, habillé de noir, alternant guitare sèche ou harmonica, soutenu par un groupe ô combien classique composé d'une guitare, d'une basse, d'une batterie et d'un clavier-guitariste, n'en aurait pas surpris quelques uns… Ils furent rares à ne pas goûter l'excellence d'Hubert-Félix, sobre certes, mais sachant se donner les moyens toujours d'habiller sa musique des inflexions nécessaires. Un orchestre de cordes, composé d'une vingtaine de musiciens classiques, intervenait ponctuellement, quand le besoin s'en faisait sentir, masqué par un écran géant lorsqu'ils se devaient de disparaitre. Il y eut aussi deux invités à la guitare : JP Nataf, sur les morceaux qu'il avait co-écrit avec Thiéfaine, tel « Garbo XW Machine », et son fils Lucas, dans un moment discret et émouvant, façon « il est grand le petit », sur « Mathématiques Souterraines ».

Lugubre et spectral, drôle à sa manière : « J'ai voulu retirer toutes les chansons qui parlaient de sexe de drogue(…) ça ne marchait pas », majestueux sans être pompeux, Thiéfaine change de registre comme de peau, sans changer sa nature. L'émouvant « L'Etranger Ddans la Glace » dédié aux malades d'Alzheimer suivant « Les Dingues et Les Paumés » dans une logique froide et naturelle.

Tout cela à l'air évident et on se surprend à relire avec les oreilles des textes qu'on ne pensait pas pouvoir retenir tant la langue en est riche. La foule chante, scande, trépigne, bat la mesure le poing tendu, la foule applaudit et elle gronde, elle scande « Hubert » comme on appellerait un ami venu de loin. Deux rappels et Hubert Félix Thiéfaine s'en va,  après avoir jeté son t- shirt dans la fosse, pour reprendre la route à travers la France.

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