On pourrait dire beaucoup de choses sur la première Edition du festival We Love Green à Bagatelle. On pourrait parler longuement du lieu choisi par l'organisation, les jardins de Bagatelle, aussi agréable que verdoyant.
On pourrait aussi mettre en avant les nombreuses initiatives de type laboratoire vert de l'organisation:
- es panneaux solaires sur le bord de la scène fournissent de l'électricité. Un stand avec des vélos fixes permet, par le biais de l'énergie générée par les dynamos, de recharger son portable (au lithium mais on en a tous un, même les plus hardcores des défenseurs de la nature).
- de nombreuses toilettes sèches ont été disposées sur le site (quel que soit le nombre de sanitaire installé sur un festival il n'y en a jamais assez, c'est une loi qui approche celle de la gravité, on ne peut que la constater en secouant tristement la tête). Des toilettes sèches en rase campagne c'est la solution idéale, par contre avouons qu'à 5 mètre de la tuyauterie la plus proche çà frise le snobisme goût sciure…
- des économies d'impressions sur papier ont été faite: places achetées en billetterie virtuelle, affichage pour rejoindre le site via les navettes ramenées au minimum.
La volonté d'avoir un impact le plus faible sur l'environnement est on ne peux plus présente, totalement louable, parfois un peu gadget si l'on observe avec un regard critique.On pourrait même se permettre des questions « naïves » : les artistes sont-ils venus avec des véhicules motorisés ou bien en pousse-pousse ? Au final, convenons tout de même que quitte à participer à un évènement culturel autant se dire qu'il ne détruira pas des ressources qui pourront être réutilisées plus tard.
Côté pratique, cette première édition aura subi quelques maladresses de calage (normal pour un premier jet): la billetterie virtuelle oblige, les délais d'attente à l'extérieur du site se sont allongés. Mais passons sur ces petites fausses ou bonnes notes pour en revenir à ce qui attirait finalement la majorité du public.
On peut le dire sans se tromper, une certaine curiosité aura agité le festival pendant deux jours: Pete Doherty allait il vraiment jouer ?
Peter Doherty dans son Jardin
Grâce à lui et à Metronomy, l'autre star du 10 septembre, le deuxième jour (6000 tickets annoncés vendus) affichait sold out. Le groupe d'électro-pop britannique s'est d'ailleurs fendu d'un concert certes tout à fait dans la lignée de ce qu'ils ont pu présenter au cours de leurs précédentes tournées mais totalement prenant pour des fans. Les jolis disques blanc et lumineux sur la poitrine de chaque musicien sont toujours au rendez vous, les lumières type « à plat de couleur primaires » donnent un coté très graphique et pop à l'ensemble, le saxophone d' Oscar Cash rajoute de la chaleur à leur son épuré et surtout le public reprend avec bonheur « A thing for you » ou « Heartbreaker ».
Les espoirs que représentent la pétillante Selah Sue (chantant debout sur les caissons de basse, sautillant sur ses talons de 10 cm avec sa sempiternelle coupe choucroutesque) se confirment de plus en plus au fur et à mesure que les dates se succèdent. « Raggamuffin » se taille la part du lion sur un set à la foi pêchu et aérien.
On aura noté aussi, le premier jour, un set haut en couleur de « Of Montréal,» groupe d'électro rock déjanté qui comme son nom ne l'indique pas, vient d'Athens en Georgie (USA). Le retour de « Kruder & Dorfmeister » duo de Dj Viennois tout droit revenus des années 90 ou le délicieusement éthéré « Connan Mockasin » à la musique douce et complexe, toute en tiraillements noisy.
Mais c'est finalement un Vox AC30 et une bouteille de Nuit ST Georges qui auront constitué le plus beau décor de scène de ces deux jours.
Le dispositif et le parti pris de Pete Doherty pour ce concert ne peuvent être qualifié que de sobre (presque un comble vu les nombreux excès du personnage) et c'est avec un vrai plaisir que l'on observe ce magnifique clochard céleste (pour reprendre le titre d'une œuvre de Jack Kerouac).
L'homme joue avec le bonheur ébéthé d'un chanteur de rue en fin de soirée. Il tentera de communiquer avec son public, mais par des phrases sans queue ni tête, dans un français qu'il parle pourtant de façon assez fluide. C'est la spontanéité lunaire qui prime sur la précision, l'émotion sur la technique. On regarde Doherty évoluer comme un danseur sur une corde, au bord de la chute mais sans jamais tomber. Deux danseuses classiques viendront investir régulièrement le plateau pendant qu'il joue, ajoutant un coté delirium tremens poétique à ce qui était déjà une demi rêve éthylique délicieux. La jeune Soko, qui avait surtout attendri en début de journée que vraiment plu, le rejoindra aussi en duo au chant (sur «Ccan't stand me now ») puis à l'harmonica (un instrument que de son propre aveu elle n'avait jamais utilisé auparavant).
C'est dans cette étonnante spontanéité de fin de soirée que les jardins de Bagatelles se videront peu à peu, au son de « You Talk », « Back from the dead » ou « Twist and shout » en piochant dans le répertoire des Beatles.
Une première édition prenant le parti prix risqué de mettre en avant beaucoup d'artistes en développement mais au final un vrai coup de maitre qui augure une prochaine édition à suivre de près.
Jean-Lionel Parot
Pour aller plus loin:
- l'album photo du We Love Green dans notre rubrique photolivePhoto JL Parot






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