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Beth Hart: « Il n’y a rien de tel que la sueur et le travail »

Par [email protected] le 29/11/2011 - Dernière mise à jour : 25/05/2017

Beth Hart:

Vous l’avez peut être découverte à la télévision récemment au coin d’un Taratata ou sur la Musicale de Canal plus… Beth Hart a pourtant déjà convaincu des pointures comme Jeff Beck, Slash et plus récemment Joe Bonamassa avec lequel elle vient de réaliser un album de reprises. Entretien avec une artiste à fleur de peau.

CL : Tu es en France pour défendre un album de reprises fait avec Joe Bonamassa. Ce n’est pas ton premier album mais c’est par celui-là qu’on te découvre. C’est un peu particulier d’arriver avec un album de reprises.

Beth Hart: Je n’y pense pas en ces termes, je suis ici à Paris pour défendre un album que j’adore.

CL : Pourquoi des reprises ?

Beth Hart: Parce que ce sont des chansons fantastiques, créées par des gens formidables. La vraie histoire c’est que Joe enregistrait un album en Grèce. Et en pleine insomnie. Il s’est dit qu’il allait écouter « Get your Ya-Yas out » des Rolling Stones, et puis il a continué à écouter d’autres trucs en ayant cette idée qui commençait à germer. Le lendemain il appelait Kevin Shirley (NDLR : son producteur) en lui proposant d’enregistrer un album de reprises de standards soul avec moi pour les voix.  Kevin a dit ok. Il m’a appelée… et voilà.

CL : Vous ne vous étiez jamais rencontrés ?

Beth Hart : Il avait écouté quelques titres et il est venu à un show où je jouais à Londres.  Moi je n’avais jamais écouté sa musique. Un mois plus tard on jouait au même endroit en Suisse. Et en sortant de scène je suis restée émerveillée par ce qu’il faisait à la guitare acoustique. Je n’avais juste jamais vu ça… Ce mec est un génie. On a dû se parler un mois plus tard en Hollande, on n’avait jamais eu l’occasion avant. Et le coup de fil pour l’album c’est juste quelques semaines après. On a dû se dire « Salut ça va? » et pas plus, avant de travailler ensemble.

CL : Il  y a une tournée de vous deux prévue?

Beth Hart: Cela arrivera, mais uniquement si le disque est très bien reçu. J’ai une tournée en cours, on fera des choses à moi et des choses de cet album. Je tourne beaucoup, lui tourne partout constamment. J’ai fait quelques apparitions aux Etats-Unis mais des petites choses une quinzaine de dates seulement. Mais lui… je ne sais pas comment il fait mais il joue quasiment tous les soirs, c’est Superman !

CL : Tu parlais de son talent de guitariste mais tu as aussi joué avec Jeff Beck et Slash entre autres. Tu collectionnes les super-guitaristes?

Beth Hart : Je n’y pense pas non. Je suis vivante je respire et j’adore faire de la musique. Si j’ai la chance de travailler ce n’est pas à cause de mon talent. Qu’on t’aime ou qu’on te déteste ne change rien. Ça ne te rend pas moins talentueux non plus. Je ne place pas mes rêves en terme de succès en les liant à la musique. C’est différent.  C’est comme ça que je reste en harmonie avec ma musique sans me poser la question: « avec qui je veux être vue en train de faire de la musique. » Le truc dingue c’est que je n’ai pas cherché ces rencontres en fait. J’avais fait une chanson avec un harmoniciste et Jeff Beck l’a entendue, je ne sais même pas comment, et il m’a demandé d’écrire une chanson avec lui. Je ne savais pas qui c’était… Mon mari était dingue et je ne comprenais pas pourquoi. Et puis je l’ai vu jouer et là j’avais envie de m’enfuir tellement j’ai eu le trac. Mais il est vraiment sorti de nulle part. Mais je sais que si je n’avais pas travaillé avec lui, Joe n’aurait sûrement jamais entendu parler de moi. Le fait d’avoir travaillé avec Jeff m’a ouvert des portes, un an plus tard j’avais un coup de fil de Slash et un an après c’était donc Joe. Dans un sens l’un a entrainé l’autre.

CL: Comment avez-vous choisi les chansons du disque?

Beth Hart: J’ai amené certaines de mes chansons préférées. Ils ont fait pareil et cela a été facile. On ne s’est pas bagarré pour savoir ce qui allait finir sur le disque. J’ai découvert certains des titres qu’ils avaient en tête et je les ai adorés. On a gardé uniquement ceux qui plaisaient à tout le monde. En quatre jours c’était enregistré.

CL : Tout a été enregistré en live?

Beth Hart: Complètement. Le groupe et moi ensemble pour chaque prise. La meilleure façon d’enregistrer. Aucune tricherie.

CL: Un de tes premiers gros succès aux Etats-Unis était « The LA Song », qui était passée dans la série Beverley Hills. Penses-tu qu’un artiste puisse se passer de la télévision?

Beth Hart : Bien sûr qu’on peut s’en passer. On peut être un artiste magnifique sans être connu. Mais pour obtenir une écoute massive de son travail,  ça peut aider, ou parfois aussi détruire. Tout dépend de la musique et de comment elle est rendue publique. Si tu fais de la pop, « American Idol » sera idéal. Si tu fais du métal, tu as plutôt intérêt à être repéré via un jeu vidéo super violent. A mon sens la meilleure façon, la plus glorieuse en tout cas, c’est que les gens te découvrent par eux-mêmes. Il n’y a rien de tel que la sueur et le travail. Commencer dans des clubs format trous à rats où tu joues pour le patron du rade et ton pote, le seul qui se soit déplacé. Et construire de là. Petit à petit en bossant ça peut grossir, naturellement, au rythme des gens. C’est plus solide. Une carrière ça se construit avec le public. Mais bon qu’est-ce-que j’en sais, je ne suis pas une grande star donc bon, c’est juste mon point de vue.

CL: Tu joues du piano et de la guitare, tu chantes évidemment, qu’est-ce-qui est venu en premier?

Beth Hart : Le piano d’abord, je chantais un peu mais je ne me voyais pas comme une chanteuse, et le violoncelle surtout. Ensuite je me suis mise à la guitare acoustique mais c’est plus un outil pour écrire des chansons ou pour être plus libre sur scène qu’au piano. Je ne suis pas vraiment guitariste mais j’aime ça.  Mais j’ai commencé à écrire des chansons assez tôt au piano. J’étais à fond dans la musique classique. Et puis il y a eu pleins de changements dans ma vie, je me suis mise au rock, au reggae, au blues et au jazz.

CL: Est-ce que c’est dur d’être une fille qui chante du rock?

Beth Hart : Non je ne crois pas.  Si je pensais ça, ça voudrait dire que j’ai placé mes espérances trop haut, que je me dis que, du fait qu’il est un homme, et que je suis une femme, il va avoir des trucs que je n’aurais pas. On est différent soit, on ne va pas interpréter les choses de la même façon, on ne va pas chanter les mêmes paroles ou écrire sur les mêmes thèmes mais oui c’est parce qu’on n’est pas du même genre… Mais ça ne change rien au fait que ce soit facile ou difficile. C’est juste diffèrent.

CL: Tu as joué le rôle de Janis Joplin, dans une comédie musicale, qu’est-ce-que tu en as retiré d’être dans sa peau?

Beth Hart : C’était quelqu’un d’agressif dans sa féminité sur scène.  Je n’étais pas une grande fan mais des gens m’ont dit « tu me rappelles Janis ». J’ai découvert sa musique j’avais une vingtaine d’années, et j’ai aimé ce que j’ai entendu. Et vers 26 ans, j’ai participé à ce show et là j’ai beaucoup appris. Je la trouve fantastique. Mais je n’ai jamais ressenti de connexion entre nous. Si je devais établir un lien ce serait dans l’énergie sur scène. C’est l’avantage d’être sur scène. Tu peux devenir la personne que tu aimerais être en vrai. Confiante, forte, courageuse, le genre : « m’emmerde pas sinon je te démolis ». Dans la vraie vie j’ai toujours senti que j’aimerais être comme ça. Donc sur scène je le fais comme ça. C’est la scène, aucun problème, c’est facile. Après tu redescends…  Si j’ai appris un truc d’elle c’est ça. Mais c’est triste, on devrait réussir à se sentir bien avec ce qu’on est pour de vrai.

CL : Tu penses que pour chanter de la Soul il faut avoir souffert ?

Beth Hart : Oui je le pense, mais beaucoup de gens n’en sont pas convaincus. La nécessité est la mère de toutes les inventions. Chaque fois que de la musique est crée, les gens qui l’ont créée ressentent quelque chose de fort. L’oppression, la frustration qu’il fallait ressentir pour faire quelque chose qui aille au delà. Quand tu crées quelque chose on ne peut plus te l’enlever. Tu l‘entend dans le blues, dans le gospel, dans le vieux Rock’n Roll. C’est la défiance ultime, tu pourras toujours essayer mais tu ne m’enlèveras pas ça. Tout vient de là, d’être acculé dans un coin et devoir créer quelque chose pour se sentir à nouveau exister. Pour prouver que les autres se trompaient.

CL: La musique c’est être fier?

Beth Hart : La soul c’est être fier. Mais je me demande aussi parfois, si la fierté nous tue, ou si elle nous aide à survivre. Et je pense que c’est les deux en fait.

CL : Quels sont tes projets après cet album ?

Beth Hart : Je vais travailler sur un album de compositions, pour avril ou mai. J’écris tout le temps donc j’ai plein de chansons mais je ne sais pas encore ce que ce sera, je pense que ce sera un peu plus jazz que ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. J’ai des envies de piano, de collaborations, d’apprendre.

CL : Et tu vas essayer de tourner en France ?

Beth Hart : Oui j’espère. En tous cas, je vais donner un concert le 6 mars 2012 au New Morning à Paris. J’ai joué deux fois en France, une fois à Paris en 1996, j’ouvrais pour Scorpions et ça a été la dernière date de la tournée. Et j’ai joué une fois à Cannes pour des Danois, un truc privé, mais bon, j’ai plus eu l’impression de jouer au Danemark cette fois-là…

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