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Casey la rage du tigre

Par Nicolas Mollé le 31/08/2018 - Dernière mise à jour : 31/08/2018

Casey la rage du tigre

C’est peu dire que le concert de Casey à Transfert, à Rezé près de Nantes, était guetté. L’attente avait monté tranquillement après une première apparition de la rappeuse au coeur de l’été. À défaut de nouveaux titres, chez elle désormais délivrés au compte goutte, l’artiste parmi les plus respectées du rap français « conscient » est revenue démontrer sur scène sa singularité absolue. On y était.

Le concert ne va pas tarder à commencer. En prélude grésille discrètement dans les enceintes le rap cryogénisé des new-yorkais de Cannibal Ox. Mais ce n’est ni une cannibale ni un monstre de foire qu’une foule fébrile est venue contempler sous le chapiteau de Transfert à Rezé, près de Nantes, sorte de souk éphémère destiné à amuser le temps d’un été les urbains nantais. Et aussi à empêcher que soit squatté un futur chantier de 3.300 logements à « valeur ajoutée ».

Tunique aux motifs afro, cheveux ramenés en arrière, présence forte, dignité froide, Casey est pourtant d’un genre à part. Antillaise qui aime les rythmes saturés. Rappeuse qui invoque Foucault. Porte-voix respectée aux diatribes qui interloquent. Artiste capable de balancer des salves de rage écumantes.

 

 

Et l’instant d’après de sembler désarmée et chagrinée face à une boutade de son collègue de scène. L’association organisatrice Pick Up s’est fait plaisir en invitant cette performeuse bien connue du public nantais. Une population bien plus militante que d’ordinaire, venue spécialement pour l’occasion, compléte l’ordinaire des chalands de Transfert. Avant le concert, un verre en plastique à la main, on parle de la Zad, de bavures, d’IGPN, des « agressions » de policiers montées en épingle pour faire diversion face à la mort d’un jeune au Breil, avant même l’affaire Benalla…

« Nantes, c’est chelou », balance rapidement Casey sur scène pour expliquer son rapport à la ville. « Les premières fois que j’ai joué ici à l’Olympic il y avait 15 « pelos » et au final moins je sors de trucs, plus il y a de monde, vous me rendez feignasse ! ». De fait Casey semble en panne sèche depuis son dernier titre « Places Gratuites« .

 

 

Al, son comparse au sein du fulgurant projet Asocial Club, spécialement invité pour l’occasion, ne manque pas d’ailleurs de lui rappeler et de la taquiner sur le sujet. Même si cette fois, c’est lui qui a tendance à oublier ses textes, comme Casey la dernière fois qu’elle était venue à Nantes avec Expéka Trio.

La rappeuse n’en impressionne pas moins par sa façon de se mouvoir, tantôt raide comme un gladiateur vaudou trébuchant, tantôt légèrement ramassée, avec un feu, une puissance qui gronde. Telle un félin chasseur arc bouté mais légèrement empêché. On repense tout à coup à ce personnage du classique chinois « La Rage du tigre » de Chang Cheh, guerrier mutilé refusant de toucher de nouveau à son sabre.

Casey semble garder son énergie pour expérimenter sur scène, forte d’un répertoire parmi les plus habités du rap français : trois albums, des collaborations avec Hamé de La Rumeur, Serge Teyssot-Gay de Noir Désir. Avec un titre comme « Libérez la bête » elle peut faire crépiter la scène comme un feu de forêt.

 

 

Après un peu plus d’une heure de concert, Casey termine sa performance par « Chez moi« , une invocation de cette Martinique qui nourrit ses affects. « L’hiver est long » clamait un titre d’Asocial Club. Ce soir là, Casey avec ses mots brûlants et sa présence scénique irradiante nous auront bien aidé à faire le plein de vitamines pour nous y préparer.

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