La mort de Mark E.Smith de The Fall laisse orpheline une génération de rockeurs indépendants 0 317

 

C’est un pilier d’une certaine tradition du rock anglais, indépendante, prolétaire, excessive, irascible et en même temps exigeante qui vient de disparaître avec Mark E.Smith de The Fall. Emporté à seulement 60 ans. L’artiste s’était montré particulièrement diminué ces derniers mois, annulant des concerts, en livrant d’autres en fauteuil roulant, comme il avait l’avait déjà fait des années auparavant. Autodidacte un tantinet maniaque et obsessionnel, Mark E. Smith avait vu sa santé marquée par sa consommation d’alcool et de drogues diverses, surtout à ses débuts.

 

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Mais même quand Mark E. Smith accusait le coup et s’asseyait sur une chaise sur scène, un concert de The Fall restait une aventure faramineuse. Un dédale de sensations et d’uppercuts, de griffes punk mâtiné d’un brouhaha psychédélique qui n’appartenait qu’à Mark E.Smith.

 

D’une drôlerie imprévisible sans équivalent, le leader du groupe n’hésitant pas à disparaitre pendant de longues minutes, à jouer avec son micro de la manière la plus incongrue, à baisser le volume de l’amplificateur d’un musicien jugé inopportun.

 

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Menant son groupe comme un artisan impérieux (qui n’hésitait pas à en éjecter régulièrement les musiciens), The Fall était avant tout le fruit de la vision de Mark E. Smith, créateur et seul membre originel depuis les débuts du pseudonyme clairement inspiré par La Chute d’Albert Camus. Le Mancunien citant aussi parmi ses références le Louis Ferdinand Céline de Guignol’s Band.

 

Caustique, acerbe, bréviaire post-punk à lui tout seul, il était issu de la classe ouvrière, connaissant le monde du travail, du labeur, contrairement à de nombreux « punks » de sa génération. Mark E. Smith ne se sentit jamais réellement nulle part totalement à sa place.

 

Responsable d’une discographie pléthorique et labyrinthique, de sa reprise des Kinks à des titres obsessionnels et quasi modaux comme Bremen Nacht en passant par sa toute première période très littéraire façon clochard céleste, Mark E. Smith avait contribué à l’aventure Rough Trade, maison de disque punk parmi les punks.

 

Mais sa singularité et sa personnalité hors normes ne pouvaient rester liées à un label et il avait régulièrement changé de « crémerie ». Jamais réellement satisfait de ses relations avec l’industrie du disque, empreint d’une vision qui n’appartenait qu’à lui et qui ne tolérait, à la rigueur, que la proximité avec des excentriques comme Lee Scratch Perry, le duo electro Allemand de Mouse on Mars (pour le projet délirant Von Südenfed) ou les activistes Coldcut.

 

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La techno, paradoxalement, s’insérait assez bien dans le parcours de ce musicien adepte des expériences et de la transe. Tout au long de sa discographie, la musique électronique a subtilement imbibé les chansons de The Fall.

 

Capable de tout envoyer balader, de quitter Manchester pour emménager à Edimbourgh où il ne connaissait personne, de revendiquer l’influence de Can et des groupes krautrock les plus pointus tout en s’intégrant parfaitement à la culture « fish & chips« , Mark E. SMith est resté jusqu’au bout un ovni.

 

Des groupes comme Sonic Youth, Pavement ou, plus récemment les anglais de Shame ou The Fat White Family, lui doivent énormément. Tout comme le français rescapé Luz, qui lui consacra un recueil de BD entier.

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