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Samuele : « Mon âme est sauvage, plutôt mourir que de la remettre en cage »

Par Nathalie Paul le 07/03/2018 - Dernière mise à jour : 19/04/2018

Samuele :

Découvrez Samuele, nouvelle artiste québécoise étonnante et bouleversante qui arrive en France pour présenter son premier album : »Les filles sages vont au paradis. » Une artiste engagée, bluffante, qui rafle tous les Prix au Québec. Interview.

Samuele a sorti en France son premier album « Les filles sages vont au paradis. Les autres vont où elles veulent » le /03/18 chez In Tempo et part en tournée française en mars 2018. Son premier album est déjà sorti au Canada et au Québec d’où elle est originaire. Après avoir sorti au Canada Les filles sages vont au paradis.

Multi instrumentiste à la plume bien aiguisée, Samuele dépose une poésie intime et engagée sur une musique aux influences folk et blues. Seule à la guitare ou accompagnée de son groupe, Samuele s’est fait connaitre grâce à l’intensité de ses prestations live.
Avec des titres comme « Egalité de Papier » ou « La Révolte » Samuele enregistre un album engagé sur le plan social, queer et féministe, qui ne mâche pas ses mots, rêve d’une autre société, mais n’en oublie pas pour autant l’amour et la tendresse grâce à des mélodies accrocheuses. On découvre un premier extrait de l’album Les filles sages vont au paradis. Les autres vont où elles veulent avec la vidéo de La Sortie.

Interview

  •  Tu as gagné le Grand prix du festival international de la chanson de Granby au Québec en 2016. Est-ce que ça a marqué un nouveau départ pour toi ?

Il n’y a pas eu d’arrêt, on ne peut donc pas parler de départ, mais le Festival a définitivement permis de propulser quelque chose qui était en branle. L’album était déjà en phase de postproduction au moment de la victoire. On a réussi à boucler le budget de l’album grâce à la bourse et le rayonnement du Festival a beaucoup aidé le faire voyager. Ça a donné un sérieux coup de pouce.

  • Tu mêles textes « dits » et chanson. C’est une manière de mettre plus d’intensité dans tes textes ?

Je ne crois pas qu’un texte ait besoin d’être dépouillé de musique pour être intense, mais le spoken word me donne définitivement un plus grand espace pour raconter les choses. J’ai commencé à intégrer le spoken word à mes spectacles à une époque où je jouais en solo, alterner entre poésie parlée et chantée a été ma façon d’apporter un certain dynamisme au spectacle.

  • Le spoken word, c’est aussi une « prise de risque’ par rapport à la tendance “pop”… à contre-courant…

Le spoken word est un médium que j’adore. J’appelle aussi ça de la poésie performative. Ça reste très près de la chanson à texte puisque c’est d’abord un moyen de raconter une histoire, mais c’est beaucoup plus libre et accessible. Il n’y a pas de règles, pas besoin d’équipement ou de connaissance particulière, n’importe qui avec une histoire à raconter peut faire son truc. C’est de la prise de parole pure et bien sure que c’est un risque commercial, mais je ne suis pas ici pour faire du commerce…

 

  • Le titre de ton album est évocateur d’un engagement féministe : la femme est-elle encore soumise selon toi ?

Je ne vois pas le monde comme divisé en personnes soumises et insoumises. C’est toujours une question de contexte. Une personne en situation de survie, qui peine à nourrir et loger les siens est beaucoup plus vulnérable au système qu’une personne confortable. C’est beaucoup plus facile de se dire insoumisE quand on mange tous les jours et qu’on dort au chaud.

 

« La plupart de gens se soumettent encore à un paquet de règles sociales plus ou moins pertinentes simplement parce qu’elles ou ils les ont intégrés sans jamais les remettre en question. »

La plupart de gens se soumettent encore à un paquet de règles sociales plus ou moins pertinentes simplement parce qu’elles ou ils les ont intégrés sans jamais les remettre en question. Ces règles sont différentes d’une culture à l’autre, mais chez vous comme chez nous et comme presque partout d’ailleurs, ces règles avantagent encore fortement les hommes, les personnes blanches, les personnes cis (dont le genre assigné à la naissance correspond au genre ressenti), les personnes hétéros, les personnes vivant sans handicap, ayant accès à un pouvoir économique, etc.

Je crois que mon féminisme cherche d’abord à déconstruire ces idées et ces règles bidon et libérer les pensées.

Outre les femmes, cette soumission bien pensante et conformiste ne peut-elle pas s’appliquer à tout le monde ?

Oui, bien sûr. Tout le monde sauf Daniel Balavoine.

Ton premier album digital est sorti après les Francouvertes d’avril 2015 en autoproduction. Avant Granby tu ne pensais pas que tu pouvais vivre de ta musique ?

Après plus ou moins dix ans à jouer sur un petit réseau autoproduit, j’ai ressenti une fatigue de porter mon projet seul et je savais que pour le faire grandir, j’aurais besoin d’une équipe de professionnelles. Je rêvais d’une petite équipe de femmes. Une petite équipe parce qu’elle serait composée de personnes réellement passionnées par mon projet et pas les employés d’une grosse boite qui n’ont pas toujours choisi les artistes qu’ils développent. Je voulais travailler surtout avec des femmes parce que les femmes qui travaillent dans des milieux dominés par des hommes se retrouvent à devoir performer deux fois mieux pour la moitié de la reconnaissance donc celles qui survivent sont toujours des travailleuses extraordinaires et peu de danger que je me tape du sexisme ordinaire au boulot.

Ma participation aux Francouvertes en 2015 était une façon de tâter le pouls de l’industrie et de faire des rencontres professionnelles. J’ai compris là-bas que notre projet avait un potentiel commercial et j’ai commencé à me monter une équipe. Comme dans mes rêves je travaille aujourd’hui avec une équipe d’électrons libre et passionnées qui me permet de faire de la musique mon métier .

 

 

Penses-tu que l’album sera reçu différemment en France qu’au Québec ? Par rapport à l’engagement militant pour la cause des femmes en particulier ?

Je ne sais pas, seul le temps nous le dira. Je suis une personne militante et engagée, mais toutes mes chansons ne le sont pas. La vraie trame de fond de mon truc c’est l’amour. L’amour de soi, des autres, de ce qui est beau et même de ce qui fait mal. Ça reste très universel comme propos. C’est clair que les fachos et les machos n’y trouveront pas leur compte, mais je ne crois pas tout ce qui ce dit, je vois bien que vous n’êtes pas tous comme ça en France.

Pourquoi ce rejet de l’attitude des “filles sages” et du conformisme ? Comment expliquer cette révolte que tu portes en musique ?

“Être sage” c’est de se soumettre à un paquet de règles qui n’ont aucune logique pour moi. Je déborde d’amour pour le monde, mais je ne suis pas sage. Mon âme est sauvage, je ne l’ai pas choisi, mais maintenant que je l’ai apprivoisée et libérée, plutôt mourir que de la remettre en cage.

Propos recueillis par Nathalie Paul

  • Samuele est en concert en France
  • 01 mars – Balaruc-les-Bains
  • 02 mars – Montpeyroux
  • 06 mars – Lempdes
  • 07 mars – Riom
  • 08 mars- Cébazat
  • 09 mars – Fresne
  • 13 mars – Deauville
  • 16 mars – Sotteville-lès-Rouen
  • 18 mars – Neufchâtel-en-Bray
  • 20 mars – Bar-le-Duc
  • 22 mars – Noyon
  • 23 mars – Bruxelles
  • 25 mars – Laon
  • 29 mars – Hazebrouck
  • 30 mars – Gauchy
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