10 albums coup de coeur en 2014 Commentaires fermés sur 10 albums coup de coeur en 2014

Surtout ne pas se sentir obligé de mettre un album de rock français pour faire bonne mesure. Voici un panorama forcément subjectif de dix albums marquants et parfois inattendus mais aussi parfois ratés parce que trop attendus.  

  • Blonde Redhead « Barragán »


  

Emprunter le nom de son dernier album à un architecte mexicain, voilà une idée baroque bien dans la veine de Blonde Redhead. Ce trio constitué de deux frères jumeaux d’origine italienne, Amedeo et Simone Pace ainsi que de la chanteuse Kazu Makino a débuté parrainé par Sonic Youth mais a rapidement élaboré sa propre identité sonore.

Entre rock new-yorkais typiquement post-no wave et obsessions plus surprenantes pour Serge Gainsbourg. A partir de l’album « Misery is a Butterfly », les guitares tournoyantes, rythmiques en trompe l’oeil, feulements et susurrements de sa chanteuse cèdent la place à des arrangements et mélodies plus sophistiquées. Avec même un virage synthétique sur « Penny Sparkle ».

Son successeur « Barragán » est à la fois un résumé d’une discographie foisonnante, tout en explorant de nouvelles directions. Comme sur ce très beau « Dripping », avec sa savante miction de chant dans des dérapages contrôlés électroniques comme on ose même plus en espérer chez Aphex Twin.

  • Aphex Twin « Syro »

Même quand Richard D.James alias Aphex Twin se livre à une authentique escroquerie à savoir revenir en 2014 avec des chûtes de studio ultra datées, il plane encore à des lieues au dessus de la concurrence. Grâce à des titres comme « Minipops 67 (source field mix) » ou le sobre et aérien « Aisatsana ».

Le nouvel opus de celui qui a révolutionné la musique électronique en y apportant mélodies douces-amères, grain organique, rythmiques imprévisibles et provocations visuelles n’en reste pas moins un des disques les plus attendus, commentés, disséqués de l’année écoulée. Largement inférieur toutefois à ses propres classiques comme « Richard D.James LP » en 1996 ou la série des « Selected Ambiant Works ». Car sans Aphex Twin, toute une scène électronique gravitant autour de son label Warp n’existerait tout simplement pas.

  • Clark « Clark »

C’est justement sur le label de Sheffield Warp que sort le nouvel album de Clark. Un disque de musique électronique idéal pour laisser vagabonder ses pensées vers des gymnopédies et rêveries de promeneur solitaire comme pour amorcer quelques pas de danse en prélude à une soirée plus fêtarde et convulsive.

Toujours drogué aux rythmiques fracturés, Christopher Stephen Clark a cette fois décidé de teinter ses tableaux technos bruts et sombres de pointes atmosphériques plus contemplatives qui les font ressembler à des aquarelles hivernales.

Une tempête, une houle, un gros nuage orchestral manquent de faire prendre du gite au navire dès « Ship is flooding » mais rapidement, la rigueur rythmique reprend la barre sur « Winter Linn », nimbé de réminiscences cold wave dignes des labels Factory ou 4AD. « Strenght through fragility » et ses échos de pianos qui répondent à des rythmes étouffés et lointains résume bien l’atmosphère générale de ce disque qui cultive une « dance » mélancolique, sophistiquée et pointilliste.

  • Andy Stott « Faith in strangers »

Andy Stott lui aussi a décidé de passer le cap d’une musique électronique physique et calcaire, quoique déjà hantée par des voix féminines résonnant comme des mirages, pour élaborer le grand disque profond et viscéral de 2014. Dès l’abyssal « Time Away », on sent bien que sa musique va vous emmener loin. Très loin. Et qu’il sera difficile de revenir.

Après des introductions très travaillées qui ménagent leur suspens, il fait claquer ses rythmiques comme des coups de fouets et cingler ses infra-basses. Ici, les beats sont comme chloroformés,  les mélodies étirées, l’auditeur, d’abord sujet à un interminable qui vive, finit par perdre toute notion du temps et à s’oublier complètement. 

Au final, Andy Stott, un des artistes électroniques les plus novateurs apparus ces dernières années réussit l’exploit de conserver son identité sonore tout en se renouvelant fortement et en explorant une direction plus dubstep après des débuts plutôt house arty.

  • The Bug « Angels & Devils »

Kevin Martin traîne sa bosse depuis un bon moment dans les enfers de l’underground anglais, depuis son groupe jazz-métal-tribal-noise God en passant par le hip-hop/dub radioactif de Techno Animal. Mais c’est probablement avec The Bug, son projet pour le label Ninja Tune, qu’il tire ses plus belles torpilles, en tout cas les plus susceptibles de remonter à la surface.

Grâce à un travail de production digne d’un sorcier vaudou, rafales rythmiques ou nappes glaciaires y servent d’écrins à des vocaux ragga guerriers alourdis d’endorphines. Sur « Angels & Devils », le musicien consacre une face au feu qui dort, calme et atmosphérique, avec les complaintes susurrées de Miss Red (« Mi Lost« ).

A la moitié du disque, à partir de « The One », le tempo se durcit et l’atmosphère s’enflamme avec les scansions guerrières du dénommé Flow Dan. Jusqu’à la fin du disque, un tempo abrasif compresse les cervicales, entre grime et dubstep. Apocalypse sur le dancefloor.      

  • Run the Jewels « 2 » 


https://www.youtube.com/watch?v=2dqGLhW3VVA

​Apocalyptique, c’est la vision que semble avoir du hip-hop et de la société américaine le duo Run The Jewels. Un tandem composé des rappeurs Killer Mike, fils de policier au flow étranglé de rage et d’El-P, au débit traqué, qui se charge aussi de la production d’instrumentaux chargés comme pouvaient l’être ceux du Bomb Squad de Public Enemy, ses idoles.

« Storm the studio » pouvait-on entendre sur un des précédents albums d’El-P. Un sample référence à Meat Beat Manifesto qui en disait long sur la rage créatrice de ce stakhanoviste de la production qui vient d’élaborer 5 albums en quatre ans. Quand les violences policières exaspèrent, que les impacts de balles criblent le rêve américain, à Ferguson, New-York ou ailleurs, les dribbles et passe passe vocaux des deux larrons de Run The Jewels s’avèrent des jalons utiles. 

  • Pharoahe Monch « Post Traumatic Stress Disorder »


Il fallait bien tout le vécu d’un « old timer » comme Pharoahe Monch pour réussir le périlleux exercice de l’album rap en forme de confession intime. Depuis ses débuts avec Organized Konfusion en passant par son hit hardcore plein de morgue de la fin des 90’s « Simon Says », l’artiste a imposé une voix accrocheuse et surtout un ton.

Sur ce disque très personnel, il est tour à tour exalté, vibrant, combatif ou dépressif. Une verve particulièrement inspirée qui culmine sur le titre empli de spleen « Broken Again », qui reprend les choses là où les avaient laissé le « Made in america » de Jay-Z, Kanye West et Franck Ocean. 

Mais le spectre sonore est suffisamment inspiré et large, de la diatribe gangsta et prophétique de « Damage » aux embardées chaloupées de « Rapid eye movement » en passant par les échos de piano soulful de « Time 2 » pour qu’on tienne là un des albums parmi les plus complexes et inépuisables d’une année 2014 pourtant riche en bons disques rap.  

  • Shellac « Dude Incredible »


Râpeux, âpre, sans concessions. Steve Albini n’a jamais fait dans la dentelle. Ou alors, bien électrifiée. De ses débuts avec le rock industriel aux beats implacables de Big Black. En passant par son travail de producteur des sons les plus abrasifs du rock’n’roll récent (Nirvana, PJ Harvey, Pixies, Breeders, Slint, Neurosis et même Dionysos). Jusqu’à son dernier groupe en date, Shellac.

Qui ont sorti en 2014 un de leurs meilleurs disques parmi les cinq déjà enfantés. Qui ne se produiront pas pour autant en tournée pour le soutenir, attendant de monter sur scène quand l’envie les prendra aux tripes. Et qui ont sorti leur disque en version vinyle avant le CD, celui-ci étant même refourgué négligemment en bonus dans le LP.   

Carré, instinctif, aigu, rocailleux, contenu, agressif : Shellac ou l’art de la dissonance et du contraste appliqué au rock.  

  • Swans « To be kind »


Vétérans du rock post-punk new yorkais, The Swans n’ont jamais réellement cessé de tourner et de sortir des disques. Mais ces dernières années, ils se sont montré particulièrement prolifiques. Avec le double album « To be kind », ils concluent une sorte de trilogie débutée avec « My father will guide me a rope to the sky » puis « The Seer ». Un rock brut et pourtant habité de trouées carillonnantes, cloches, violons, pianos se mettant à l’unisson de basses martelées, de roulements caverneux de batterie.

Réputés pour leur shows tumultueux, les Swans restent, depuis la séparation des Sonic Youth, un des derniers mythes issus de la no-wave new yorkaise encore actifs sur scène.  

  • Interpol « El Pintor »


Représentant de la jeune garde du rock new-yorkais, Interpol aurait cependant beaucoup à apprendre des Swans en matière de capacité à se renouveler. Jusqu’ici, ils perpétuaient avec brio une tradition de rock romantique et nerveux héritée de Joy Division ou Gang of Four. 

Mais si leur dernier album en date « El Pintor » (anagramme du nom du groupe) montre des signes certains d’essoufflement (la faute à une mièvre production ?), il comporte au moins trois pépites qui justifient presque à elles seules de se procurer le disque : les deux premiers titres « All the rage back home » et « My desire » et celui qui clôt l’album « Twice as hard ». Reste à savoir si en 2014, à l’ère de Deezer ou Bandcamp, on peut se satisfaire de seulement trois bons titres sur un album.      

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Retrouvez également les 10 albums phare de l’année 2014 selon la rédaction Concertlive.fr.

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