10 disques pour (se) faire plaisir d’ici à Noël Commentaires fermés sur 10 disques pour (se) faire plaisir d’ici à Noël 305

  • Cate Le Bon « Crab Day »

Galloise désormais installée à Los Angeles, Cate Le Bon a livré avec « Crab Day » un touchant recueil de pop oblique. Entre guitares acides sortant joliment de leurs rails et chant envoûtant, sur ce quatrième album, elle surprend avec sa pop 60’s qui louche sur les expérimentations les plus crissantes.

Capable de percées mélodiques fougueuses, dont l’élan peut aussi ensuite se casser tout net, nous laissant interloqués. Intrigante, distillant une mélancolie perverse, elle n’hésite pas à jouer la carte de la fragilité désarmante. Pour mieux nous torpiller de ses envolées tour à tour lyriques et grinçantes. Sur scène, c’est la patronne, entourée de son petit gang de musiciens. Si « Crab Day » nous aura fait bien fait danser comme des crustacés, reste à prouver demain à cette artiste qu’elle sait passionner sur la durée.      

  • David Bowie « Blackstar »

Les meilleurs s’en vont toujours trop tôt. Et la disparition à seulement 69 ans de David Bowie aura bien été LA mauvaise nouvelle de cette année 2016. Artiste de scène accompli, musicien aux mille visages, il aura légué à son public un fascinant ultime album, « Blackstar », qui n’en finit pas de livrer ses secrets.

On attend d’ailleurs avec une certaine impatience la ressortie de « Blackstar » augmentée d’inédits.

  • Leonard Cohen « You want it darker »

Chaleureux et velouté, Leonard Cohen aura jusqu’au bout subjugué plusieurs générations de fans. Quittant définitivement la scène à 82 ans, l’artiste n’en laisse pas moins un inestimable testament avec son dernier disque « You want it darker ».

Un disque qui le voit osciller entre tentations folkloriques nostalgiques sur « Traveling Light » et ferveur sépulcrale sur « You want it darker ». Avec un récent remix, Paul Kalkbrenner permet même une inattendue résurrection à cette poésie éternelle.  

  • Gérard Mans et « Mansetlandia »

https://youtu.be/bBaoxAuEfxY

Oubliez Guy Lux. Et écoutez Gérard Manset, son piano tremble, sa voix tutoie les cieux. Alors que sort ces temps-ci « Mansetlandia », intégrale en 19 CD d’une oeuvre souvent magistrale, réécouter Gérard Manset permet aussi de mesurer combien cet ex-chevelu barbu n’a, lui, jamais trahi les idéaux de sa génération.

Car de « Animal on est mal », marqué par l’atmosphère de Mai 1968 au prophétique « Banlieue Nord » en passant par le bloc d’intensité absolue constitué par « La mort d’Orion » ou l’angoisse de « Camion Bâché », Gérard Manset s’est toujours violemment opposé aux compromis commerciaux. Imposant sa figure de commandeur sur une génération d’artistes français, de Jean-Louis Murat à Lescop en passant par Hubert-Félix Thiéfaine ou Dominique A.   

  • Pascal Bouaziz « Haïkus »

Avec son premier album solo « Haïkus », Pascal Bouaziz impose ses pastels de guitares tressaillantes et de textes alcalins. Après avoir fait se lever des nuages charbonneux au dessus du rock français à travers Mendelson puis avoir tenté de lui trancher l’aorte avec la radicalité de Bruit Noir, cet auteur doué livre ici un précis de mélancolie inaltérable.

Une collection de chansons à la fois littéraires et atmosphériques.  

  • Raime « Tooth »

Climats orageux, entre guitares en trompe l’oeil et basses fangeuses, Raime sculpte l’espace, joue avec les silences et revisite l’électronique en mode zen, comme sut le faire jadis Photek. Ce duo composé de Tom Halstead et Joe Andrews cultive comme Andy Stott un goût des productions soignées et épurées. 

Leur deuxième album « Tooth » a vu le jour sur le réputé label Blackest Ever Black. Mais le tandem s’est aussi distingué par plusieurs maxis et a prouvé ses aptitudes à ébranler un dance-floor

  • Plaid « The Digging Remedy »

Capables de scintiller en « live », où ils revisitent à travers un dispositif scénique captivant leurs classiques, Plaid n’est pas seulement un des groupes qui a marqué l’histoire du label Warp aux côtés d’Aphex Twin, d’Autechre ou de Boards of Canada. Le duo composé de Ed Handley et d’Andy Turner sait aussi se renouveler, comme en témoigne leur dernier album, le psychédélique mais aussi mathématique « The Digging Remedy », construit en plusieurs mouvements isocèles. Pas pour rien si, comme Matmos, ils collaborèrent jadis avec Björk.

Comme quoi débuter dans le hip-hop mène à tout, y compris aux avant-gardes les plus excitantes.

  • Czarface « A Fistful of peril »

En matière de hip-hop, rien ne fonctionne mieux que les équipes de choc. Et c’est bien de cela qu’il s’agit sur le troisième album de Czarface, où continue d’être développée l’efficace alliance entre le duo underground 7L & Esoteric et le rappeur Inspectah Deck issu du Wu-Tang Clan.

Czarface s’appuie sur une double dynamique : d’une part des guitares acérées avec des samples pointus (comme cette boucle empruntée aux new-wave Wire sur « Revenge on lizard city« ). Et donc aussi des références aux comic books américains et notamment à Jack Kirby. Partageant cette passion avec le « super vilain » du rap US MF Doom.  

  • Kool Keith « Feature Magnetic »

Quand on parle du loup MF Doom, on en voit le heaume. Le masque de fer du rap américain fait partie des nombreux invités du dernier Kool Keith. Un bon cru que cette livraison annuelle de l’ex-Ultra Magnetic MC’s, même si on n’atteint pas ici les sommets de ses collaborations avec les « beatmakers » Kutmasta Kurt ou Dan The Automator.

Kool Keith s’impose en tout cas comme un des MC’s survivants de sa génération. Cultivant une diction pâteuse inimitable et des acrobaties sémantiques qui l’ont imposé comme un des entertainers les plus drôles du rap américain. Derrière ses obsessions textuelles, l’artiste perpétue une tradition psychédélique bien plus proche de Frank Zappa et de George Clinton que de l’âpreté dénonciatrice de Grandmaster Flash

  • Vince Staples « Prima Donna »

On avait découvert Vince Staples avec des titres brinquebalants comme « Norf Norf », « Little bit of this » ou « Big Time » aux basses aquatiques et au flow geignard. Quelques mois plus tard, on retrouve carrément ce rappeur de Long Beach qui a pas mal trainé à Compton carrément sur le plateau du Tonight Show de Jimmy Fallon. Avec Questlove de The Roots derrière les futs. 

Assisterait-on à l’émergence éclair d’une star ? A$AP Rocky, qui fait partie des invités sur son dernier disque en date « Prima Donna » semble en tout cas avoir choisi son camp.

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