10 reprises inoubliables sur scène Commentaires fermés sur 10 reprises inoubliables sur scène 1279

On aurait pu en choisir 20, 30, 40. Car ce qui donne son sel à la musique et constitue un ciment entre les fans de rock à travers les âges, c’est bien la reprise, geste culte parmi les gestes cultes. Voici dix réinterprétations capables de prendre toute leur dimension sur scène.

  • « Cactus » de The Pixies par David Bowie

Lorsqu’il choisit de reprendre, à 55 ans, sur son album « Heathen » de 2002, un classique juvénile et fougueux de The Pixies, David Bowie s’offre un bain de jouvence. Le titre est extrait de « Surfer Rosa », premier album des Pixies produit par Steve Albini.

Un album aux guitares électriques hispanisantes oscillant entre cavalcades à sombreros rabattus et ballades écrasées par un soleil de plomb. David Bowie se réapproprie « Cactus », redevient un jeune rockeur plein d’aplomb le temps de quelques couplets où son chant se fait tour à tour lysergique et goguenard.  

  • « The man who sold the world » de David Bowie par Nirvana

David Bowie peut clairement dire merci à Nirvana. Sans sa reprise de « The man who sold the world », il est probable qu’une grande partie du public, en particulier américain, n’aurait jamais connu ce titre du britannique Bowie. Une chanson tirée de l’album de 1970 du même nom, relativement peu connu, disque des premiers accoutrements féminins de Bowie.

Kurt Cobain avait d’ailleurs pris l’habitude régulière d’apparaître habillé en robe lorsque Nirvana se produisit pour un « MTV Unplugged in New York », fin 1993. Quoi de mieux pour rendre grâce aux talents d’auteur-compositeur du petit punk Cobain et à son filet de voix falsetto d’hypersensible que cet enregistrement acoustique, parfait écrin folk ? Ultime paradoxe : « The man who sold the world » est considéré comme charnière vers un virage électrique dans la discographie de David Bowie.     

  • « Black Steel » de Public Enemy par Tricky

Nirvana, avec « Something in the way » fait partie de la liste des groupes repris par le chat de gouttière du « trip-hop » Tricky. Avec Motörhead, The Cure ou Eric B & Rakim. Mais c’est avec sa reprise de « Black Steel », brûlot anti-militariste de Public Enemy, groupe rap ayant le mieux symbolisé la conscience politique du hip-hop, qu’Adrian Thaws alias Tricky va frapper le plus fort.

Là où l’original était un bloc saturé de samples, Tricky injecte une dose certaine de sensualité en le faisant chanter par sa compagne de l’époque Martina Topley Bird. Et le transforme surtout un hymne rock en y greffant des guitares et des roulements de batterie mutants. Le titre figure sur le premier album de Tricky, « Maxinquaye », l’original se trouvant pour sa part sur le deuxième album de Public Enemy, le fondamental « It takes a nation of millions to hold us back ».    

  • « I wanna be your dog » de The Stooges par Sonic Youth

Le groupe de rock expérimental new yorkais Sonic Youth n’a pas réalisé beaucoup de reprises au cours de sa carrière. Doté, même sur disque, d’un grain saturé et live pour mieux rendre hommage à la folie sonique au groupe destroy d’Iggy Pop, « I wanna be your dog » charrie à lui seul toutes les obsessions punk, free, sexuelles du Sonic Youth des débuts.

Avant la signature chez Geffen/Universal, à l’époque des labels indépendants comme SST ou Blast First. Il figure sur « Confusion is sex », le second album du groupe de Thurston Moore, Lee Ranaldo, Kim Gordon et du batteur Steve Shelley (qui n’avait pas encore à l’époque remplacé Jim Sclavunos). 

  • « The Model » de Kraftwerk par Big Black 

Futur producteur de Nirvana, PJ Harvey, The Breeders ou même Dionysos et activiste rock culte avec Shellac, Steve Albini réussit un coup de maître en reprenant « The Model » de Kraftwerk. Mais si c‘est à Seattle, future Mecque du grunge, genre qui devra beaucoup à Albini, que cet extrait est capté, le choix de ce répertoire éclaire surtout ses parti pris esthétiques de franc-tireur.

Au pays du rock à la testostérone, le fondateur de Big Black, amateur de guitares turgescentes mais aussi de textes sardoniques et de beats robotiques, choisit de rendre hommage à l’imparable ritournelle glacée et presque désincarnée de dandys allemands post-modernes.    

  • « Police and thieves » de Junior Murvin par The Clash   

Lorsqu’ils reprennent en 1977 sur leur premier album le titre reggae « Police and thieves » de Junior Murvin, The Clash veulent avant tout signifier qu’ils sont différents du tout venant punk.

Politiquement d’abord, puisqu’ils entendent refléter les tensions raciales et sociales croissantes d’une Angleterre où s’enchaînent les émeutes opposant les « bobbies » (policiers) aux punks et rastas jamaïcainsUne Grande-Bretagne où Margaret Thatcher s’apprête à prendre le pouvoir. Mais aussi musicalement, en adaptant à l’arraché un classique velouté de l’âge d’or du producteur Lee « scratch » Perry

Cette interprétation en concert d’un des classiques de The Clash est tirée de « Rude Boy », documentaire consacré au groupe en 1980. 

  • « La Marseillaise/Aux armes et caetera » repris façon reggae par Serge Gainsbourg

Deux ans plus tard, en 1979, Serge Gainsbourg fait appel lui aussi à des musiciens reggae réputés, Robbie Shakespeare et Lowell « Sly » Dunbar alias Sly and robbie, pour enregistrer sur place, en Jamaïque, son album « Aux armes et caetera ». Le titre du même nom reprend sur un mode reggae chaloupé les paroles particulièrement sanguinaires et belliqueuses de l’hymne national français « La Marseillaise ». Avec ce détournement subversif (quel punk français fit plus parler de lui ?), Gainsbourg marche dans les traces des Sex Pistols, dont il était d’ailleurs fan.

Et provoque un scandale particulièrement retentissant dans la France de Giscard, Gainsbourg se mettant à dos une cohorte d’anciens combattants et d’éditorialistes tels que le bien nommé Michel Droit, qui qualifie dans « Le Figaro Magazine » le titre d' »odieuse chienlit ». Et se permet d’odieux sous-entendus antisémites. « Aux armes et caetera » deviendra un des titres phares des dernières années de Serge Gainsbourg et de sa période provoc’ dite Gainsbarre

  • « Le Métèque » de Georges Moustaki par Joey Starr  


Si les premières apparitions en tant qu’acteur de Joey Starr dans la série « Le Lyonnais » sont anciennes, on ne lui connait que depuis récemment un goût pour la chanson française. Celui qui appelait à aller « à l’Elysée brûler les vieux » n’en a pas moins repris avec ferveur un sample du classique du vénérable Georges Moustaki « Le Métèque ».

Pas une reprise à proprement parler puisque il ne s’agit que d’un échantillonnage sonore de la chanson originale sur lequel l’ex-NTM se livre à une réinterprétation. Celle-ci figurait sur son premier album solo « Gare au Jaguarr ». Un album dont les premiers exemplaires durent d’ailleurs être retirés de la vente à cause d’une reprise de « Gare au gorille » de Georges Brassens accusée d’être un plagiat par les détenteurs des droits de la chanson. Un comble pour une reprise. Métèque et mat comme dirait Akhenaton d’IAM.

  • « Ma Benz » de Suprême NTM par Brigitte

Le duo féminin Brigitte a choisi de reprendre une des rares chansons d’amour du groupe de rap Suprême NTM. « Ma Benz » est une ode rustique, une déclaration rustre de petite frappe qui invite sa dulcinée à quelques câlins sur la banquette arrière.

Les Brigitte ont-elles été fascinées par la sensualité magnétique du jaguar Joey Starr (qui montera sur scène avec elles pour ce titre) ? Où ont-elles voulu montrer que les filles aussi pouvaient avoir les clefs de la voiture et décider quel mâle avait le droit de monter à bord ? Cette relecture en mode acoustique, sensuel et susurré a en tout cas grandement participé à la notoriété des Brigitte.  

  • « Seule la musique » de Jean-Louis Costes par Experience 

Reprendre un titre du performer anarchisant Jean-Louis Costes, c’est s’aventurer en terrain miné. Mais ce n’est pas ce qui arrête Michel Cloup, l’ex-Diabologum, qui avec son projet Experience, s’était lancé en 2005 dans un passionnant album de reprises « Positive karaoke with a gun ». Au programme : PIL, Shellac, Gil-Scott-Heron, Johnny Cash ou NTM. Et Jean-Louis Costes, donc, chanteur « réaliste » aux performances radicales pleines de bruit, de fureur, de sang, de sperme et d’excréments.

Un artiste qui a expérimenté toute sa carrière que les ultimes retranchements à la liberté d’expression en France étaient les limites intellectuelles des sermonneurs de tous bords. Experience rend en tout cas ici hommage à un des plus beaux et (forcément) méconnus textes de Costes, ode à la musique et à l’art comme meilleurs moyens de transcender une existence misérable.  

 

 

 

 

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