12 protest songs inoxydables qui ont traversé le temps Commentaires fermés sur 12 protest songs inoxydables qui ont traversé le temps 1130

Le rock n’a pas attendu les mouvements sociaux les plus radicaux pour incarner dans ses textes comme sa musique la révolte et l’insurrection, qui finissent apparemment par envahir l’époque, alors que les cinquante ans de mai 68 s’apprêtaient à sortir par la petite porte, en catimini. De Woody Guthrie à Bob Dylan en passant par NTM ou The Clash, il existe même une forte tradition du hit contestataire et rebelle. À chaque saison sa manif, à chaque mois son émeute, le point en douze révolutions musicales.

  • « Sunday bloody sunday » de U2

On peut bien reprocher à U2 et à son chanteur Bono toutes ses outrances de groupe rebelle des stades. N’empêche que « Sunday bloody sunday » sur l’album « War » en 1983 reste l’une des chansons de révolte, une « protest song » parmi les plus populaires. Un hymne pacifiste inspiré par le massacre de manifestants catholiques par l’armée britannique à la fin des années 60 dans les rues de Londonberry, seconde ville d’Irlande du Nord.

C’est à ce moment que Bono et le guitariste The Edge commencent à s’engager pour la « question irlandaise« . Et plus globalement pour un certain nombre de combats politiques ou humanitaires, dans une accumulation qui frôle parfois un peu l’indigestion et le fond de commerce confusionniste : dette du Tiers-Monde, famine éthiopienne, lutte contre le sida…

Pour sa part, au delà de ses caractéristiques de tube pour surboum des années 80, « Sunday bloody sunday » est surtout devenu un hymne générationnel pour toutes les régions d’Europe à forte culture et identité en conflit larvé avec leur Etat central. Comme la Bretagne par exemple. Nolweenn Leroy a d’ailleurs repris cette chanson.

  • « Tear the fascists down » de Woody Guthrie

Avant même Bob Dylan, il y eut Woody Guthrie. Cet artiste qui émergea dans la première moitié du 20ème siècle appartient à une tradition méconnue, occultée, sciemment ignorée et niée par le rouleau compresseur hollywoodien : l’anarchisme, en provenance des immigrés européens. Chanteur et guitariste folk américain, il s’inspire du libertaire Joe Hill pour composer des chansons mettant en mots les luttes des pauvres et des opprimés, leurs joies, leurs douleurs.

Chanteur itinérant, il s’inscrit dans la grande tradition des « hobos« , population de vagabonds émergeant dans le sillage de la grande dépression des années 30. Membre du parti communiste américain, il dessine et écrit des éditoriaux pour des journaux. Il manie surtout la guitare, instrument sur lequel il écrit « Cette machine tue les fascistes ». Il chante dans les meetings et réunions syndicales de la côté ouest, c’est aussi là qu’il devient un phénomène scénique. Un de ses classiques s’intitule d’ailleurs « Tear the fascists down« . Mais son plus célèbre hymne est « This land is your land« , un chant patriotique de gauche destiné à répondre au « God bless america » d’Irving Berlin, le second hymne national du pays chanté par les soldats américains lors du débarquement en Normandie, qu’il ne supporte pas. Son influence est considérable puisque Johnny Cash comme Bruce Springsteen ont reconnu avoir été inspirés par lui.

  • « The Times They Are a-Changin » de Bob Dylan

« L’ordre se flétrit rapidement, Et le premier aujourd’hui sera bientôt le dernier », dit la chanson éponyme et la plus célèbre du troisième album studio de Bob Dylan en 1964, « The times they are a-changin' ». Un titre classé par le magazine Rolling Stone au 59ème rang des 500 meilleurs chansons de tous les temps en 2004.

Un titre qui exprime aussi parfaitement l’état d’esprit des années 60, fait d’apprentissage de moeurs plus libres et de contestation de l’ordre établi. Avec son harmonica légèrement mélancolique et le chant nasillard inimitable de Dylan, elle servira de bande-son aux manifestations contre la guerre du Vietnam. Bien des années plus tard, Bob Dylan se produira d’ailleurs au Vietnam devant près de 6.000 spectateurs au concert d’Ho Chi Minh-Ville. Sans y interpréter pour autant, dans ce pays communiste, « The times they are a-changin' ».

  • « Guns of Brixton » de The Clash

On aurait pu choisir « I fought the law » ou « London Calling » en souvenir de nos années Doc Marteens et des petits trajets pas chers pré-Brexit pour la capitale britannique. Pourtant si il y a bien une chanson importante par sa portée politique de The Clash, c’est « Guns of Brixton ».

Parce que l’un des groupes majeurs de la culture punk y parle des fameuses grandes émeutes du quartier londonien de Brixton et établit ainsi un pont entre la culture libertaire du punk anglais et celle de la diaspora antillaise. Surtout parce que, dans le prolongement de la reprise de « Police and thieves » de Junior Murvin, le groupe y préfigure la gigantesque orgie conceptuelle et sonore du double « Sandinista », album encore aujourd’hui inépuisable près de quarante ans après sa sortie.

  • « Get up, stand up » de Bob Marley 

Chanson de l’émancipation et de la lutte sereine, « Get up stand up » figure sur « Burnin' » en 1972, disque qui préfigure l’explosion vers le grand public international de Bob Marley, juste avant « No woman no cry ». Co-écrite par Peter Tosh avec Bob Marley, elle dénonce le racisme et l’oppression exercée sur les diverses ethnies issues d’Afrique ou en Afrique même. Non sans critiquer aussi  certains aspects de la colonisation, notamment l’action de l’Église catholique pour tente de convertir certains pays africains au christianisme en y envoyant des prêtres.

Cette chanson assez simple de facture et universelle fut reprise un très grand nombre de fois par Bob Marley et ses Wailers ou Peter Tosh eux mêmes. Mais aussi par Tiken Jah Fakoly/U Roy, Martha Velez, Big Youth, The Slickers, Bunny Wailer, Toots and the Maytals, Shaba Ranks

  • « Killing in the name » de Rage Against The Machine

Cette chanson parle à la fois de l’extrême droite et de son infiltration par la police. Créé alors que l’electro choc de la première guerre du Golfe en 1991 vient d’ébranler les consciences, Rage Against The Machine a voulu réussir là ou Dylan et le punk ont échoué : changer véritablement les mentalités américaines consuméristes à travers des messages politiques explicites, des chansons brûlots et de véritables machines de guerre instrumentales. Influencés autant par les Bad Brains, Led Zeppelin, The Clash, Minor Threat ou Public Enemy, ils veulent « pervertir le système de l’intérieur ». En commençant par mettre sur la pochette de leur disque un bonze s’immolant par le feu protestant contre la guerre du Vietnam.

Néanmoins, le chanteur Zack de la Rocha et le guitariste Tom Morello n’hésitent pas à signer chez Sony tout en citant Che Guevara, Malcolm X et Martin Luther King. Ce qui leur permettra de vendre à l’époque leur album à plus de 4 millions d’exemplaires et de réaliser sept tournées en Europe. Monstre scénique, Rage Against The Machine n’est plus mais Zack de La Rocha a collaboré avec Run The Jewels ou Roni Size tandis que Tom Morello, outre Prodigy, s’est récemment illustré aux côtés de Chuck D de Public Enemy et de B Real de Cypress Hill avec les Prophets of Rage.

  • « Start the riot » d’Atari Teenage Riot

Récemment repéré pas très loin de Nantes au Motocultor, le groupe mené par Alec Empire est le groupe phare de la génération techno punk. Capable autant d’une reprise du groupe street punk oi ! Sham 69 que de l’implacable « Hetzjagd Auf Nazis ! » (« Traquons les nazis ! »). Atari Teenage Riot s’illustra aussi lors d’un très turbulent 1er mai berlinois, non sans quelques frictions avec la police allemande, dont la conception du maintien de l’ordre génère moins de blessures qu’en France tout en étant plus brutale, sans gadgets farcis de poudre mais en allant d’avantage au contact si nécessaire et en pratiquant aussi la désescalade.

Formé en 1992 à Berlin, avec Alec Empire mais aussi Carl Crack et Hanin Elias, rejoint en 1996 par Nic Endo, Atari Teenage Riot incarne parfaitement une certaine contre-culture née de la réunification de la capitale allemande. Puisant aussi bien ses références dans la culture autonome des squatteurs que dans un antinazisme viscéral.

  • « L’assaut final » de La Phaze

Un peu de guitares punk déflagrantes, une once de scansions légèrement ragga, un zeste electro techno pour rester en phase avec la génération « free party ». « L’assaut final » de La Phaze est un hymne « punk à chien », pour ceux qui n’hésitent pas à utiliser ce qualificatif péjoratif pour toute une frange d’habitués des festivals, des rassemblements altermondialistes et des manifestations. Une chanson étendard pour la génération précaire, celle qui est plus proche des 22 % les plus pauvres que des 1 % les plus riches.

Originaire d’Angers, La Phaze a été créé en 1999 par Arnaud Fournier (aussi actif chez Hint) aux guitares, cuivres et choeurs et Damny Baluteau au clavier, machines et au chant. Après avoir accueilli d’autres membres comme DJ Mouf ou DJ Nevrax et tourné dans de nombreux festivals, ils finiront par se séparer en 2012. Mais sa page Facebook annonce la reformation du groupe pour 2018 avec des nouveaux titres et une tournée. Un clip intitulé « Sourire au teint de glace » a même été publié en 2017.

  • « Porcherie » de Bérurier Noir

Chanson phare de l’antiracisme à la française, « Porcherie » du groupe punk rock Bérurier Noir s’inscrit dans le sillage des grenades dégoupillées que constituaient déjà « Panik » de Metal Urbain ou « Antisocial » de Trust. Avec l’ode à l’émeute « Vive le feu » ou « Salut à toi« , elle constitue peut être l’un de ses titres les plus renommés. Notamment du fait de son célèbre refrain imputrescible « La jeunesse emmerde le Front National« , considéré comme le plus fameux refrain punk, et d’ailleurs bien plus réversible qu’on est tenté de la croire au premier abord.

Véritable troupe de saltimbanques punk rock, les Bérurier Noir sont restés uniques dans l’histoire du rock français. Leur musique a servi de toile de fond aux manifs étudiantes de la fin 1986, leurs concerts se sont révélés prodigieux, attirant une foule bigarrée. Ils ont marqué la vie culturelle et militante française comme une trainée de poudre noire, autour de Fanfan le chanteur et de Loran le guitariste mais aussi de deux saxophinistes, de danseuses-choristes et même d’acrobates (parmi lesquels Helno qui deviendra plus tard chanteur des Négresses Vertes). Leur 45 tours « Empereur Tomato-Ketchup » finit même par être programmé sur NRJ.

  • « Qu’est ce qu’on attend » de Suprême NTM

Difficile de faire plus emblématique sur une thématique insurrectionnelle et révoltée que ce titre de NTM. Même si le corpus en la matière pour le rap français est conséquent depuis l’electro choc provoqué par le « Fight the power » de Public Enemy : le poétique et ciselé « On frappera » de La Rumeur, l’explicite « Emeutes » de Passi, l’ultra masculin « On est pas tout seuls » de Gradur, le prémonitoire « Racailles » de Kery James…

Avec ce titre, immortalisé par la caméra de François Bergeron lors d’un concert resté mythique au Zénith, le duo Didier Morville/Bruno Lopes créent un classique sur leur album « Paris sous les bombes » en 1995. En prétendant « aller à l’Elysée brûler les vieux », il entre au Panthéon, fixant un horizon révolutionnaire fantasmatique. Leur complémentarité, un peu inexplicable et irréelle sur scène, fait le reste.

  • « Don’t get captured » de Run The Jewels

Encore un super duo de rap, américain cette fois, qui signe la chanson des émeutes modernes, celle qui enjoint à échapper par tous les biais masqués et camouflés aux caméras nourrissant le flux des réseaux sociaux et aux objectifs de l’appareil photo.

Killer Mike, force de la nature du rap d’Atlanta et El-P, producteur imaginatif aimant les pièces montées soniques, incarnent aussi une époque dans tous ses excès : ils ont beau balancer leurs brûlots dans le brushing boursouflé de l’Amérique de Trump, c’est surtout aux hipsters geeks aux moustaches bien taillées amateurs de « goodies » ubuesques qu’ils plaisent. Et plus tellement à la classe ouvrière américaine de « Blue collar » qui pouvait apprécier Gil Scott Heron.

  • « Slogun » de SPK

« Kill kill kill for inner peace bomb bomb bomb for mental health therapy through violence working circle explosives ». Difficile de faire plus réellement radical que SPK, groupe de musique dite industrielle dont ce « Slogun » figurait en 1979 sur le maxi « Mekano« .

Des guitares distordues en boucles répétitives, des murs de bruit blanc flottant en boucles quasi éthérées, des voix vociférantes semblant émerger de masques à gaz et qui scandent « Camarades ouvriers : contre les provocations patronales et policières, contre le défaitisme et la capitulation pour la satisfaction de toutes les revendications, rejoignons notre poste de combat contre le capital l’usine occupée, organisons l’autodéfense nous vaincrons », citant des affiches ouvrières de Mai 68.

Les concerts de SPK, plein de feu et de fureur, sont restés dans la légende. Le groupe se forma en Australie à Sydney en 1978 autour de Neil Hill (Ne/H/il) et Graeme Revell (alias Operator), qui deviendra plus tard un compositeur de musiques de films hollywoodiennes suractif (on lui doit notamment celle du « Sous-sol de la peur » de Wes Craven ou de « Planète Terreur » de Robert Rofriguez). Les deux artistes travaillaient dans un hôpital psychiatrique lorsqu’ils furent inspirés par le manifeste d’un collectif allemand marxiste radical connu sous le nom de Sozialistisches Patientenkollektiv. Un collectif actif entre 1970 et 1971 qui combattait la médecine et les médecins en tant qu’ennemis de classe et voyait dans le capitalisme la cause des maladies.

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