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7 groupes émergents qui font chauffer la planète metal

Par Nicolas Mollé le 11/09/2018 - Dernière mise à jour : 13/09/2018

7 groupes émergents qui font chauffer la planète metal

Avoir un smartphone, manger souvent de la viande ou des croissants, acheter des vêtements de marque fabriqués en Chine. Le mode de vie de nombreux pays émergents s’occidentalise. De quoi plonger une partie de la jeunesse mondiale dans des tiraillements, entre aspirations à la modernité et respect des traditions ou de la religion. Le hard rock et le heavy metal ont souvent reflété les traumas spirituels d’individus refusant le formatage métaphysique. Rien d’étonnant donc à ce que la scène metal se développe à un rythme effréné en même temps que galope la mondialisation. Panorama en sept découvertes « world metal ».

 

  • Bloodywood va provoquer des moussons de sueurs dans les fosses

 

 

Asian Dub Foundation, groupe d’anglais originaires d’Asie du Sud Est, avait déjà ouvert la voie avec son rock survolté mâtiné d’electro et d’emprunts indiens. Mais avec Bloodywood, au nom aussi puissant que malin, on passe à la vitesse supérieure. Ici les flutes traditionnelles indiennes, les percussions se mêlent à des vocaux gutturaux et à des guitares apocalyptiques. Résultat ? Plus de 1,3 millions de vues sur YouTube pour leur titre « Ari Ari« .

Le groupe originaire de New Delhi s’est articulé autour de Karan Katiyar aux compositions et de Jayant Bhadula au chant. Il s’est même fendu d’une reprise épicée du classique du rap indien « Mundian to Bach Ke » de Panjabi MC avec son célèbre emprunt au thème de « K2000 » qui avait attiré l’attention de Jay Z. Cerise sur le gâteau, Bloodywood est loin de manquer d’humour.

 

  • Voice of Baceprot le metal en hijab

 

 

Depuis les Bad Brains dans les années 80, on avait pas été autant surpris par la dégaine d’un groupe après avoir écouté sa musique. Les Voice of Baceproot donnent en effet dans un metal plombé et fuzzant. Sont indonésiennes, premier pays musulman au monde avec 90 % de sa population de 250 millions de personnes pratiquant cette religion. Encore adolescentes. Et portent le hijab (plutôt noir que bicolore comme c’est pourtant fréquent dans leur pays). Le propos, et c’est plutôt concluant, étant de rompre avec le cliché de la femme musulmane soumise et incapable de porter sa propre voix. Une riche idée d’autant que la scène metal reste dans son ensemble, peut être plus encore que le rap par exemple, largement dominée par des combos exclusivement masculins.

Adeptes des reprises de Metallica ou de Slipknot, les Voice of Baceprot sont originaires de la ville de Garut à 75 kilomètres de Bandung, lieu rendu célébre pour avoir acceuilli dans les années 50 le premier sommet des pays « non alignés », principalement d’anciennes colonies et n’entrant en tout cas pas dans la logique de la « guerre froide », totalement dépassée aujourd’hui.

 

  • Master of Persia metalheads iraniens en exil

 

 

Ne pas confondre Master of Persia (M.O.P) avec le jeu vidéo de légende Prince of Persia ou les non moins cultes aboyeurs du rap US M.O.P. Non, Master of Persia est d’un tout autre tonneau, tout aussi étonnant. Exilé à Istambul, le duo articulé autour de la chanteuse Anahid et du guttural Meraj est originaire de Mashad.

Si en France l’ordre moral fait pression sur la sphère metal, ailleurs la violence se situe parfois plusieurs crans au dessus. Avant 2011, alors qu’ils vivaient encore en Iran, sous l’ère de l’ayatollah Hashémi Rafsanjani, Meraj fut arrêté, torturé et retenu en captivité pour « satanisme ». Anahid fut, elle aussi, arrêtée par la police secrète pour son style vestimentaire. Le groupe Master of Persia a d’ailleurs choisi de ne pas célébrer l’anniversaire de sa naissance en 2005 par respect pour les Iraniens morts lors des émeutes du 28 décembre 2018 ou ceux croupissant dans les geôles du régime de la République islamique iranienne.

Ils travaillent actuellement sur un nouvel album intitulé « Dark Heads« .

 

  • Skinflint fleurons du Bostwana, pays africain des plus metal

 

 

Bien sûr, il faut aussi compter sur le Kenya. Mais le Bostwana est incontestablement un des pays du continent africain où la musique metal a réussi une de ses plus importantes percées. En témoigne le Winter Metal Mania Festival de Ghanzi, dans le désert du Kalahari, aux confins du Botswana et de la Namibie, où se retrouvent chaque année des fans pour qui le qualificatif « dark » ou « black » est bien surtout une affaire de sous-chapelles du metal.

Skinflint a été donc fondé en 2006 au Bostwana, à Gaborone, par Giuseppe Sbrana (guitare et chant), épaulé par Kebonye Nkoloso à la basse et Alessandra Sbrana à la batterie. Leur mélange d’influences africaines et de musique metal a attiré l’attention de CNN, de la BBC ou de la télévision nationale suédoise. Ils ont d’ailleurs tournée en Suède, tout comme en Afrique du Sud ou au Kenya.

 

  • Tang Dynasty les Metallica de la muraille de Chine

 

 

On présente régulièrement Tang Dynasty comme les Metallica chinois. De fait, même si la Chine est un énorme marché ultra diversifié, des rejetons tibétains de Faith No More au metal belliqueux de AK-47 en passant par les inquiétants Enemite ou les emprunts de Black Kirin au folklore et aux instruments traditionnels chinois, Tang Dynasty y fait partie des groupes populaires. Leur premier album « A Dream Return to Tang Dynasty » en 1991 s’est vendu à plus de deux millions d’exemplaires.

Ce groupe, qui a vu son bassiste décéder en 1995 d’un accident de moto sur une autoroute et un autre de ses membres rejoindre un groupe de rock néoclassique autrichien, s’est distingué par une reprise de « L’internationale » en mode metal.

 

  • Le death metal de Coffins ressuscite les yōkai japonais

 

 

Du noise monstrueux de Zeni Geva un temps produit par Steve Albini au rock stoner de Church of Misery en passant par le heavy metal de Loudness, les protégées de Kurt Cobain Shonen Knife ou les jusqu’au boutistes Boredoms, la scène metal japonaise fourmille depuis longtemps. Et le Japon est très anciennement bien plus qu’un « pays en voie de développement ».

Mais si on ne devait en retenir qu’un, ce serait Coffins. Oscillant entre doom et death metal, évocatrice de tourments sans fin par de mauvais génies yōkai, cette formation originaire de Tokyo s’est montée en 1996. Elle offre comme particularisme d’être suractive en matières de « splits », c’est à dire de disques de collaborations avec d’autres groupes internationaux comme Otesanek, Mala Suerte, Spun In Darkness…

 

  • Northern Haze le hard rock du cercle polaire

 

 

Northern Haze est en activité depuis…1978. Même si son premier album n’a vu le jour qu’en 1985, le premier chanté entièrement en Inuktitut, un des un des quatre grands ensembles dialectaux de la langue inuit. Car Northern Haze est totalement inuit, jusque dans les moindres détails. Et plus tellement émergent donc même si encore largement confidentiel.

Son berceau est une petite ville du 69ème parallèle nord nommée Igloolik. C’est là, un peu à l’écart de tout que le groupe a construit son répertoire, au gré de ce que les ondes radiophoniques locales charriaient, d’abord sous influence Jimi Hendrix, Thin Lizzy et Led Zeppelin. Sonnant hard rock, progressif voire folk, Northern Haze est profondément marqué par la culture inuit, y compris en termes de résilience – comme toutes les cultures d’Amérique, la sienne a été bafouée et brimée par l’immigration d’origine européenne. Ils empruntent leur matériel et leurs instruments à des amis, se produisent d’abord dans des fêtes communautaires.

Et la formation doit aussi sa longévité à son inscription dans les legs et les transmissions inuits car à la mort de deux de ses membres en 2007, Derek Aqqiaruq, fils d’un des membres survivants, amena des influences plus modernes comme Metallica, Guns ‘n’ Roses et Pink Floyd au son du groupe.

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