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Charles Aznavour en cinq chansons clefs

Par Nicolas Mollé le 02/10/2018 - Dernière mise à jour : 10/10/2018

Charles Aznavour en cinq chansons clefs

Décédé hier lundi 1er octobre 2018, l’auteur Charles Aznavour a marqué d’une empreinte indélébile la culture et la chanson françaises. Ayant commencé à chanter au Québec et aux Etats-Unis, il avait d’ailleurs réussi à acquérir une notoriété hors-normes outre-Atlantique. Sélection de cinq chansons clefs de ce Titanic qui a fini par sombrer, à 94 ans.

 

  • « Retiens la nuit » par Johnny Hallyday 

 

 

Auteur méconnu de nombreuses idoles yé-yé des années 60, Charles Aznavour n’en est déjà pas à son coup d’essai lorsqu’il écrit en 1961 une des chansons iconiques de Johnny Hallyday, la deuxième pour lui après « Il faut saisir sa chance« , la première chanson douce du rockeur. Charles Aznavour s’était d’ailleurs illustré à travers « C’est bien mieux comme ça » des Chaussettes Noires, le premier groupe d’Eddy Mitchell.

Charles Aznavour a aussi alors à son actif des textes pour Gilbert Bécaud, Eddie Constantine, les Compagnons de la Chanson, Maurice Chevalier, Juliette Gréco…

« Retiens la nuit » est un titre qu’on retrouve chanté à Catherine Deneuve dans « Sophie », le quatrième sketch du film « Les Parisiennes » réalisé par Marc Allégret. Il fut aussi interprété à la mort de Jean-Philippe Smet dans l’église de la Madeleine et en duo de circonstance. Ironie de l’histoire, la renommée de Johnny Hallyday aux Etats-Unis resta toujours à peu près aussi terne que le rayonnement de ses nombreux sosies de la France profonde. Contrairement à Charles Aznavour.

 

  • « Je m’voyais déjà« sur l’album « Charles Aznavour » en 1961

 

 

Il faut attendre le septième album de Charles Aznavour portant simplement son nom d’artiste – il se nomme en réalité Charles Aznavourian – pour que l’artiste décroche son premier succès avec « Je m’voyais déjà« . Un titre qu’on pourrait considérer – à tort – comme une mise en abyme, une échappée un peu mélancolique à l’égard d’une carrière qui mit beaucoup de temps à démarrer en solo, du fait d’une voix atypique et d’un physique très éloigné des standards des jeunes premiers.

En effet, c’est surtout un hommage à un jeune artiste belge à la prestation pleine d’allant mais en proie à l’indifférence du public qui avait marqué Aznavour pour ce titre. Un titre qui sera d’ailleurs proposé à Yves Montand (qui la refusera ) et sera repris en 2014 par le duo Fréro Delavega lors des quarts de finale de la saison 3 de l’émission « The Voice ».

 

  • « La Bohème » en 1965

 

 

Peut être le titre le plus emblématique d’un chanteur populaire qui a toujours oscillé entre son désir d’être artiste et un pragmatisme, un réalisme de « faiseur » intelligent, poule aux oeufs d’or des éditeurs. Une chanson tendrement ironique et mélancolique par celui qui se rendit aussi célèbre pour ses démêlées avec le fisc français.

La chanson a été écrite en 1965 en tandem avec Jacques Plante. Elle fût à l’origine prévue pour être chantée par Georges Guétary pour une opérette nommée Monsieur Carnaval. Charles Aznavour l’enregistra avant la générale de l’opérette, ce qui provoqua des querelles médiatiques entre les deux artistes et leurs maisons de disques respectives, Barclay et Pathé-Marconi. Mais le fait qu’elle finisse par s’écouler à plus de 200 000 exemplaires en France ne laissera pas longtemps brouillé le tandem.

« La Bohème » fût revisitée en 2008 sur son album « Duos » en anglais avec l’américain Josh Groban.

 

  • « Tomorrow is my turn » par Nina Simone

 

 

Pas la seule chanson de Charles Aznavour reprise et adaptée par Nina Simone. En effet, on se souvient aussi d’une remarquable version en anglais nommée « You’ve got to learn » de « Il faut savoir« . Cette fois, c’est donc « L’amour c’est comme un jour » qui est transposée dans la langue brûlante et sensuelle de Nina Simone.

Avec une carrière à l’international sans équivalent dans le monde de la chanson française, Charles Aznavour a tourné partout dans le globe, inlassablement. Il venait d’ailleurs tout juste de donner des concerts au Japon lorsqu’il est décédé. Mais c’est bien outre-Atlantique que sa réussite, rare pour un chanteur français, forçait le plus le respect. Il y mena une quasi carrière parallèle au pays de Frank Sinatra, aux Etats-Unis.

Une carrière construite sur sa maîtrise de l’anglais, son talent scénique, sa popularité auprès des diasporas et sur le respect qu’il inspirait à de nombreux artistes américains comme Roy Clark.

 

  • « Parce que tu crois », 1966

 

 

Avant son duo avec Kery James resté profondément ancré dans les mémoires de tous les fans de rap français, Charles Aznavour a largement inspiré l’univers hip-hop, culture de déracinés, ouverte au métissage et à une écriture aventureuse. L’un des exemples les plus fameux est ce sample mythique de cuivres utilisé pour l’un des meilleurs albums de hip-hop de tous les temps, le « 2001 » de Dr. Dre, sur le titre « What’s the difference« , qui conviait le poulain de l’époque de Dr. Dre, Eminem.

Comme l’explique Le Monde, le producteur et MC Dr. Dre a aussi utilisé un échantillon d’A ma fille dans le titre Firm Fiasco, sur lequel rappent Nas, AZ, Nature et Foxy Brown en 1997. Passy ou Psy4 de La Rime ayant aussi pioché dans le corpus aznavourien. Sans oublier l’hommage rendu par les rhétoriciens du rap La Rumeur, samplant « Qui ? » pour élaborer leur titre charnière « Blessé dans mon ego« , un des premiers titres de rap français à s’émanciper du rêve américain, moment de vérité sur les spécificités de l’immigration française.

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