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Derrière les lunettes noires de Paco Tyson toutes les couleurs de la techno

Par Nicolas Mollé le 29/04/2018 - Dernière mise à jour : 02/07/2018

Derrière les lunettes noires de Paco Tyson toutes les couleurs de la techno

Laurent Garnier, Robert Hood, Ricardo Villalobos, Ellen Allien. Quatre têtes de circuit imparables ont fait exploser la fréquentation de Paco Tyson. Pour sa seconde édition, le festival nantais a surtout permis de réaliser combien les inspirations et les positionnements artistiques des artistes techno sont bien plus subtils qu’un simple découpage en chapelles pour bacs à vinyles. Une intuition confirmée « live » dans une ambiance apaisée et fraternelle (quoique chargée en décibels), réminiscence du meilleur des années « rave ». Reportage.

 

Le pionnier de la techno minimale originaire de Détroit Robert Hood s’est révélé imparable à Paco Tyson 2018 – Nantes et a permis au grand public de découvrir une figure de légende de ce style musical.

Trance, hardtech, funky, progressive… Au delà des étiquettes et de la convocation d’une certaine mythologie rave (drogues, très haut volume sonore, approche champêtre, hédonisme et sensation de liberté), la deuxième du festival techno Paco Tyson à Nantes les 27, 28 et 29 avril 2018 a permis de révéler la richesse des sensibilités artistiques techno.

 

 

Avec d’étonnantes bribes, captées ici ou là entre deux déluges de rythmes martiaux, d’Elli Medeiros, de Georgio Moroder, de Nancy Sinatra, voire même de Patrick Coutin.

Paco Tyson 2018 – Nantes, vendredi 27 avril.

Attitude passionnée et d’emblée efficace dès la première soirée du vendredi sous la grande tente du Dôme pour Jef K. Ce bourlingueur du circuit techno européen depuis 1992 et la grande époque des raves parisiennes sait par quel bout prendre une piste de danse. Cultivant une certaine funkyness et un enthousiasme communicatif, les yeux un peu éteints en fin de set, légèrement have, comme « jetlagué », sa générosité s’avèrera pourtant un puissant moteur pour les festivaliers venus déjà s’échauffer. Réveillant les sensations du premier public des raves, souvent issu du rock voire du punk.

Paco Tyson 2018 – Nantes aura aussi permis de donner toute sa mesure à un des plus enthousiastes et passionné chauffeurs de dancefloor du circuit techno en la personne de Jef K.

Ce n’est pas Le Crabe, artisan de la saturation, des textes vitriolés et du breakbeat défoncé façon Atari Teenage Riot qui contredira cette filiation punk. Pour sa prestation en simultané à celle de Jef K à la Mutation Stage, dans une sorte de cage toute droit sortie de « Mad Mad 3 : Au delà du dôme du Tonnerre » cet artiste qu’on avait déjà croisé à Nantes aux côtés du rappeur américain OptimisGFN s’est carrément livré à une reprise d’un des titres les plus abrasifs de Nirvana, « Territorial Pissings« . Pas moins.

 

Mais la techno s’est construite en rupture par rapport au rock. Les codes de ce courant, dernier grand mouvement innovant de l’histoire de la musique moderne, sont ce qu’ils sont et il serait abscons de considérer que Jef K a constitué une brillante première partie de Laurent Garnier. Même si, lorsque ce dernier débarque telle une star au mitan bien tassé de la nuit, le public est déjà chauffé à blanc.

 

Laurent Garnier n’est pas là pour faire monter la pression ou transformer en étuve le chapiteau au sol boueux. Plutôt pour livrer sa vision, sensible, lyrique, franchement cinématique par moments.

Tête d’affiche de Paco Tyson 2018 – Nantes, Laurent Garnier a généré un afflux de festivaliers très important dès le vendredi soir.

« Godfather » de la techno à la française, en activité depuis 1987, bien plus respecté par ses pairs de Détroit que peuvent l’être, au hasard, les Daft Punk, Laurent Garnier est une figure cultivant son inaccessibilité, membre de la « jet set » techno internationale. Il suffisait pour  s’en convaincre de le voir tomber dans les bras du rare et adulé Ricardo Villalobos qui lui succédait. Peintre germano-chilien d’une techno impressionniste, organique et épurée, aux rythmes caressants, le grand Villalobos marquait pour sa part tout de suite son territoire. Inaugurant son set par sa relecture du « Riders on the storm » de The Doors. Comme pour affirmer son attachement à ce classique de la contre-culture. Classique d’un groupe ayant enfanté tout un pan du rock à la noirceur la plus opiacée.

En se produisant à Paco Tyson 2018 – Nantes, Ricardo Villalobos a créé l’évènement dans la mesure où sa dernière apparition scénique en France remontait au Cabaret Sauvage à Paris en 2011.

Le lendemain, la foule est là encore au rendez-vous. La bonne humeur du facétieux local de l’étape MLC, les clins d’oeil du français In Aeternam Vale, le tunnel psychédélique d’Alqa Wake pimentent la soirée. Mais Paco Tyson a surtout fait très fort en mettant à son affiche à la fois la berlinoise Ellen Allien et l’américain Robert Hood, pionnier de la techno de Détroit avec Underground Resistance (collectif dont il s’émancipera ensuite).

 

Une foule dense s’est pressée à Paco Tyson 2018 – Nantes le samedi 28 avril dernier.

Honneur aux dames. Même s’il y a un paradoxe à faire jouer l’allemande avant l’américain dans la mesure où c’est lui qui a été le précurseur de tout un pan « minimal » de la techno largement popularisé outre-Rhin par le label BPitch Control d’Ellen Allien.

 

Ellen Allien impose un set sans temps mort, rapidement athlétique. La température monte et l’artiste se déleste de sa veste de sport pour entamer des katas de mante religieuse synchrones avec sa techno souvent brutale.

Ellen Allien a fait sensation au Paco Tyson 2018 – Nantes, réveillant chez toute une frange de danseurs et danseuses une soudaine passion pour les lunettes à verre fumés.

Mais quand survient Robert Hood, on réalise qu’il est temps de rendre à César un genre qui lui appartient. Calmement, méthodiquement, l’américain construit un set technique, par paliers. Démarrant les festivités avec des missiles technos ponctués de samples soul, sur lesquels il greffe des breakbeats sauvages et denses. Avant de laisser se déployer une série de titres minimaux et hypnotiques qui ont fait sa réputation.

 

La fête se termine. La fatigue et les excès d’émotion ont raison de tout, même des festivaliers les plus déterminés. Au grand soulagement des riverains du pôle universitaire Chantrerie Grandes écoles où le festival a battu son plein pendant deux nuits. Elle se poursuit ce soir, dimanche 29 avril 2018. Rendez-vous pour une série de DJ sets de clôture gratuits au sein du club « kingsize » de la ville, le Warehouse. En matière de techno, le futur est décidément aussi à Nantes.

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