Expéka Trio entrechoque les douleurs antillaises dans un élan réconciliateur 0

 

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« C’est moi qui sais où j’ai mal et ce que ça me fait ». Au premier rang, une petite fille au teint pale reprend la litanie scandée par la rappeuse Casey. Il est un peu plus de 21 heures au festival Aux heures d’été cours Saint-Pierre à Nantes. Un rideau de pluie quasi tropical embue les visions et fait bouillir les nuques. Et le public achève de vibrer, transporté par l’étonnante prestation d’Expéka Trio. Le temps est comme suspendu, les yeux brillent. Le groupe, lui, affirme sur scène sa détermination à exercer son bon droit, celui à une expérience humaine fondamentale : se dire et s’exprimer.

Nommer l’existence et les sensations dans sa propre langue, décalcifiée et revivifiée, dégagée de sa gangue, comme surent le faire en leur temps Léon-Gontran Damas ou Aimé Césaire.

Le batteur Sonny Troupé caresse, tapote, fait vibrer son ka, tambour guadeloupéen usité pour le gwoka, musique et danse inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’Humanité par l’Unesco. La flutiste Célia Wa souffle des stridences végétales, des flèches liquides semblant jaillies de sarbacanes à rêves, jette dans le soir son timbre éclatant avec de grands yeux émus. Et Casey murmure, déclame, tempête ses vers enchâssés comme de sombres opales dans une métrique ajustée : « C’est bien moi que t’as vu passer, le regard noir la capuche baissée ».

 

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La coque résonne, les gréements grincent, l’officier de quart jure, le public est transporté, ballotté sur le brick d’Expéka Trio, qui louvoie sur son cap quelque part entre Martinique et Guadeloupe. Il reste quelques places dans la cale mais tout le monde est déjà bien serré, un peu bousculé, remué. Casey rappelle à quel point cette venue à Nantes compte pour le trio, « parce qu’on est des descendants d’esclaves ». Et parce qu’il y a tant à se raconter, à mettre sur la table, à palabrer, à ressasser, à s’emporter. Pour ne décidément pas oublier.

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