actus

Halo Maud : « La voix est un instrument extrêmement intime »

Par Nicolas Mollé le 05/11/2018 - Dernière mise à jour : 06/11/2018

Halo Maud :

Halo Maud alias Maud Nadal + trois musiciens, c’est d’abord une voix. On l’avait découverte au Lieu Unique à Nantes il y a quelques années à l’époque où Christophe, pour qui elle a écrit, venait de lui donner une nouvelle assurance scénique. Cette artiste avait alors laissé un souvenir tenace, entre éblouissement velouté et tremblements limpides. Elle émerge au même moment que de saisissantes damoiselles mélancoliques comme Calypso Valois ou Silly Boy Blue. Mais cette auteur à la plume d’or et à la voix doucement fêlée fait la différence sur scène où elle impose un aplomb peu fréquent chez les dames de sa génération. S’imposant comme le chaînon manquant entre PJ Harvey et Laetitia Shériff.

 

 

Concertlive : Que voit-on à vos concerts, quelle est la configuration scénique ?

Halo Maud : Nous sommes quatre sur scène. Avec une batterie, une basse, des claviers. Et des voix.

Concertlive : Est-ce une formule qui a déjà beaucoup tourné ?

Halo Maud : Oui on ne tourne que comme ça, en fait. En dehors de petits évènements type showcases ou d’une tonalité acoustique, on s’en tient rigoureusement à cette formule. Et j’y tiens parce que c’est la formule la plus représentative du disque. J’ai un peu essayé le concept de la formule « light« , qui est un concept qui prend beaucoup trop de place à mon sens dans la musique, en France en tout cas. Et en fait ça me déprime. Donc j’ai fait le choix de tourner toujours à quatre, ce qui pose pas mal de problèmes parce que ça coute cher, parce que pour un groupe « en développement » comme on dit, ce n’est pas forcément ce qu’on attend. Mais bon c’est pas grave, c’est ma décision.

 

 

Concertlive : Est-ce que vous êtes satisfaite de la façon dont les voix, qui sont très travaillées sur disque, passent la rampe de la scène ?

Halo Maud : C’est compliqué de parler de satisfaction parce que, déjà, ce n’est jamais très agréable pour moi de voir des vidéo de concerts ou des enregistrements. D’ailleurs je le fais assez peu, de me soumettre à une captation d’enregistrement « live ». Ce qui ne m’empêche pas de prendre énormément de plaisir à le faire. Mais j’avoue que je fais confiance d’abord à ce que les gens me disent ou plutôt à ce que je ressens pendant les concerts, à ce que les gens ont l’air de recevoir. Lorsque les gens ont l’air de ressentir des choses, cela me fait plaisir. Après si je devais être vraiment juge de mes propres concerts, ce serait très très compliqué. Et je ne suis pas sûre que j’aimerais, en fait.

Après, pour répondre précisément à votre question, il y a effectivement un travail de son un peu poussé parce que effectivement l’album est très produit et que j’ai envie que les concerts restent cohérents avec cet univers. Après les concerts, cela reste quand même un peu autre chose, on essaie de proposer une prestation différente.

 

 

Les concerts pour moi c’est une sorte de synthèse de l’album. Ce sont les morceaux de l’album mais un peu revisités.

Concertlive : Est-ce un album qui a mis beaucoup de temps à voir le jour, volontairement ou involontairement ?

Halo Maud : Alors oui et non. Oui parce que ça fait très longtemps que je fais des chansons et ce n’est quand même « que » mon premier album. Donc oui cela a pris du temps. Et en même temps le plus important contingent de titres a été écrit pas très longtemps avant d’être enregistré. L’enregistrement n’a pas pris si longtemps que ça donc on peut dire que j’ai un fonctionnement un peu dual.

Concertlive : Et cela fait combien de temps finalement que vous écrivez des chansons ?

Halo Maud : Ah ben depuis que j’ai, je sais pas, treize quatorze ans.

 

 

Concertlive : On vous présente souvent comme influencée par PJ Harvey ou Cat Power vous êtes d’accord avec ça ?

Halo Maud : Oui je ne peux pas ne pas être d’accord. Cat Power peut être un peu moins mais bon.

Concertlive : Moi un titre comme « Tu sais comme je suis » ça m’évoque plutôt Kazu Makino de Blonde Redhead voire Charlotte Gainsbourg par extension. Et Björk aussi évidemment. Est-ce que vous considérez, comme on peut avoir tendance à le penser pour elle ou pour la chanteuse de Blonde Redhead, que la voix peut être utilisée comme un simple instrument ou est-ce que c’est l’instrument suprême finalement la voix ? 

Halo Maud : Très difficile question. « Suprême » je sais pas mais ce n’est quand même pas un instrument comme les autres. Parce que c’est un instrument qui est à l’intérieur de nous déjà. Qui est extrêmement intime. Et d’ailleurs moi j’ai mis du temps à accepter qu’on entende vraiment ma voix, à l’assumer. Sans même parler des paroles, le simple fait de chanter, d’exposer sa voix, cela reste quelque chose de très secret, d’éminemment personnel. Donc oui cela reste pour moi un instrument vraiment à part.

 

 

Concertlive : Vous avez aussi écrit des chansons pour Christophe, deux chansons, « Définitivement » et « Tu te moques » ? Est-ce que cela a été une vraie rencontre avec cet artiste ou est ce que c’est resté quelque chose d’un peu lointain ?

Halo Maud : « Tu te moques » je l’ai co-écrite. Et, oui, cela a été une vraie rencontre. Ce qui est drôle c’est qu’elle a eu lieu après que j’ai commencé à écrire. Cela a été un réel échange, extrêmement inspirant. Il m’a appris beaucoup de choses en très peu de temps.

Concertlive : Quand est-ce que cela a eu lieu ?

Halo Maud : J’ai un problème avec les années. Mais c’était il y a trois ans, il me semble. J’ai commencé à écrire des choses pour lui parce qu’on m’avait dit qu’il cherchait des textes et qu’il était très ouvert à ça. Donc j’ai écrit un peu « dans le vent », finalement. Surtout que je n’avais jamais écrit pour personne d’autre. Mais bref, je me suis lancé là dedans. Je lui ai fait parvenir trois premiers textes. Et puis, pendant plusieurs mois, il ne m’a pas dit grand chose à part « continue, continue ». Donc j’ai écrit beaucoup, beaucoup de textes. Entre temps, j’ai appris à le connaître effectivement. Et puis un jour, il fouillait un peu dans tout ce qu’on lui avait donné parce qu’il y avait beaucoup de gens qui avaient écrit pour lui et puis il est tombé sur le texte « Définitivement » là, il m’a appelée en me disant :  » Ah c’est toi qui a écrit ce texte je suis en train de tomber dessus là je comprends pas c’est exactement ce que voulais écrire, c’est exactement ce que je voulais dire et j’avais jamais réussi à le dire comme ça c’est génial, c’est incroyable ».

Donc voilà, j’étais aux anges évidemment. Et il se trouve que c’était un des premiers textes que je lui avais écrit, avant que je le connaisse donc j’ai trouvé ça encore plus magique. Ce qui était extraordinaire, c’est que c’est quelqu’un de très moderne, même si du coup ça peut sonner un peu ringard dit comme ça mais n’empêche que c’est extrêmement vrai. C’est surtout quelqu’un de très curieux. Et de très drôle aussi. Il m’a même aussi appris des choses pour ma carrière, il m’a apporté de l’assurance, de l’aplomb.

Concertlive : Où en est votre collaboration avec le groupe Moodoïd dont vous faisiez partie ?

Halo Maud : Moodoïd ce n’est pas du tout mon groupe. Je jouais dedans. Au même titre un peu que Halo Maud, c’est le projet, enfin zut j’ai utilisé ce mot que je déteste, de Pablo Padovani. C’est le…groupe de Pablo Padovani dans lequel je jouais. Mais je ne joue plus dedans. Je jouais sur la tournée du premier album et puis pour son deuxième il a fait quelque chose d’assez différent et ce ne sont plus du tout les mêmes musiciens, il est dans un autre voyage on va dire.

Concertlive : Vous avez d’ailleurs été impliquée dans pas mal d’autres projets parlez nous en…

Halo Maud : J’ai accompagné Lescop, Marietta un petit peu. Et il y a beaucoup plus longtemps Melody’s Echo Chamber.

Concertlive : Quels instruments jouiez vous ?

Halo Maud : Toujours guitare, claviers et choeurs.

Concertlive : Et ça pourrait revenir ce type de démarche ?

Halo Maud : Alors oui surtout que j’oublie que j’ai commencé à accompagner O, qui n’est autre que Olivier Marguerit qui joue des claviers dans Halo Maud. Il sort bientôt son deuxième album et je vais l’accompagner sur scène.

Concertlive : Vous êtes signée sur un label anglais qui s’appelle Heavenly, quels sont les artistes qui vous ont le plus marqués sur ce label et donné finalement envie de les contacter ?

Halo Maud : Je ne savais pas forcément trop ce qu’ils faisaient avant de les contacter. Mais peut être que le groupe qui m’a fait le plus rêver, enfin dernièrement en tout cas, c’est King Gizzard & The Lizard Wizard.

Concertlive : Vous avez écrit une chanson qui s’appelle « Je suis une île« , qu’est ce que ça signifie ? Que vous êtes à conquérir, à explorer ou que l’île ça reste votre idéal de destination, de vie ?

Halo Maud : Cette chanson je l’ai écrite sans trop me poser de questions mais après coup j’imagine que je parle juste du recul et de la solitude nécessaires pour l’introspection. Je crois que c’est ça que je raconte. Ce que je n’y dis pas, c’est que je suis une île mais entourée de plein d’autres îles. Mais donc c’est plutôt de l’ordre de la condition humaine, c’est à dire que nous sommes tous des êtres isolés mais en même temps qui fonctionnent les uns par rapport aux autres, c’est pas plus compliqué que ça.

 

 

Concertlive : Et la chanson « Du pouvoir », est-ce une chanson féministe ? 

Halo Maud : Non. Ce n’est pas une chanson féministe du tout. C’est une chanson qui parle de confiance en soi. Je l’ai appelée « Pouvoir » du coup mais oui, c’est ça, en fait, je parle surtout de confiance.

Du pouvoir d’agir, de prendre ses décisions, de faire des choses. D’agir je crois, principalement.

Concertlive : Quels sont les prochaines étapes de la tournée et vos projets ?

Halo Maud : Cela fait un petit moment qu’on y est là et on va tourner jusqu’à fin décembre. Mes projets ce sont d’écrire de nouveaux morceaux, de nouvelles chansons, ce que j’ai déjà commencé à faire d’ailleurs mais là j’en ai vraiment besoin.

 

 

Prochaines dates :

  • Jeudi 15 novembre 2018 dans le cadre du festival Nouvelles voix en Beaujolais au Théâtre de Villefranche-sur-Saône
  • Vendredi 16 novembre 2018 au Somnabule/Espace Culturel de Gignac dans le cadre du festival 34 tours
  • Samedi 17 novembre 2018 à la péniche La Marquise à Lyon
  • Mardi 20 novembre 2018 à La Maroquinerie à Paris
  • Jeudi 22 novembre 2018 à La Cave aux Poètes à Roubaix
  • Vendredi 14 décembre 2018 à la Cave à Argenteuil
0

Partager sur ...

Tags

    billetterie