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Julien Cholewa du Rendez-Vous Hip Hop : « La pluridisciplinarité c’est notre clef »

Par Nicolas Mollé le 04/05/2018 - Dernière mise à jour : 09/05/2018

Julien Cholewa du Rendez-Vous Hip Hop :

Début imminent de la grande fête hip-hop dans cinq grandes villes, du 26 mai au 2 juin 2018. Porté par les institutions républicaines que sont deux ministères bien qu’ayant germé grâce aux efforts d’activistes hip-hop oeuvrant depuis longtemps, Rendez-vous Hip Hop continue de prendre de l’ampleur. Peut être même plus cette année au vu de l’accomplissement commercial que peut constituer la razzia sur les distinctions aux Victoires de la Musique. Toujours établi dans la pluridisciplinarité du mouvement hip-hop (rap, djing, beatboxing, graff, danse), le festival se décline dans une synergie de cinq villes françaises principales et une multitude croissante d’autres évènements qui s’y greffent spontanément. Entretien avec un des programmateurs et instigateurs parisiens de l’évènement, Julien Cholewa.

 

 

Concertlive : Qui est à l’origine de Rendez-vous Hip Hop, comment cette manifestation est-elle née ?

Julien Cholewa : L’initiative est le fruit de discussions entre l’association Hip-Hop Citoyens, le ministère de la jeunesse et des sports, à l’époque, celui de la Culture et un réseau d’acteurs culturels informels. Dans ce réseau, on pouvait retrouver la salle de concert et plateforme de soutien aux artistes locaux associative L’Affranchi à Marseille. Pick Up Productions à Nantes qui organise le festival Hip opsession. Da Storm à Nîmes ou Flow à Lille.

 

De notre côté, à Paris, on s’est lancé avec Hip-Hop Citoyens, notre association qui existe depuis 2002 et porte le festival Paris Hip-Hop depuis 2006.

 

 

Après deux à trois années de discussions avec l’Etat, on a décidé de créer cette semaine d’évènements autour de Rendez-vous hip-hop. Notre évènement est référencé par le ministère de la Culture au même titre que la fête de la Musique ou les rendez-vous aux jardins, par exemple. Mais notre particularité à nous, c’est la grande soirée de clôture le 2 juin 2018, avec cinq évènements en simultané produits par des acteurs locaux.

 

Notre réseau d’associations croise un autre maillage, celui de Buzz Booster, un entrelacement national de repérage et de diffusion rap présent dans neuf régions. On est là face à des acteurs qui travaillent sur des questions de fond, la représentativité des acteurs du hip-hop en France et sur l’émergence de nouvelles esthétiques au sein des différentes composantes du hip-hop : rap, danse, graff, DJing et beatboxing.

 

Concertlive : Discipline très scénique, le beatboxing est souvent considéré comme le parent pauvre ou en tout cas méconnu du hip-hop, existe-t-il un réseau d’évènements autour de cette spécialité ? 

Julien Cholewa : Il y a dans les festivals programmés par notre réseau du human beat box,  c’est par exemple le cas de Hip opsession à Nantes qui a accueilli des phases de championnat. Signalons qu’il existe un collectif national nommé Beat Box France.

 

On a toujours accueilli toute la diversité disciplinaire du hip-hop. Cette particularité pluridisciplinaire c’est une des facettes fondamentales du mouvement. La pluridisciplinarité c’est la clef de Rendez vous hip hop. Nous portons autant des concerts que des « jams » de graffitis ou des représentations chorégraphiques en salles. Cela fait partie de l’ADN de notre réseau.

 

À travers Rendez-vous Hip-Hop, nous souhaitons donc envisager ce mouvement d’un point de vue largement pluridisciplinaire. Y compris au travers de prolongements tels que le cinéma, des conférences, la mode…

 

Mais cela pose aussi des questions. On se rend compte que les institutions ont parfois du mal, lorsqu’on rentre dans les détails techniques, à appréhender le hip-hop. De par la diversité de ce qui nous anime, danse, musique, peinture, on a du mal à rentrer dans les cases.

 

Concertlive : Qui finance Rendez vous Hip-Hop ?

Julien Cholewa : Hip-Hop Citoyens coordonne le projet avec le ministère de la Culture. L’évènement est porté par le ministère de la Culture et celui de l’Education Nationale, en co-financement même si la part de la Culture est un peu plus importante (NDLR : la répartition du budget est à peu près de 40 % pour l’Education Nationale et de 60 % pour le ministère de la Culture). Cependant, les acteurs de chaque ville peuvent de leur côté glaner des financements plus locaux ou s’appuyer sur des sponsors de leur choix. Les proportions sont à cet égard variables selon les cinq endroits concernés, même si les ministères pèsent pour 95 % du budget. Chaque ville peut disposer de ressources propres. Le conseil régional et le conseil départemental sont par exemple impliqués à Nîmes.

 

Concertlive : Pourquoi d’ailleurs Nîmes a-t-elle rejoint l’aventure alors que Lyon l’a semble-t-il quittée ?

Julien Cholewa : Nîmes fait partie du réseau Buzz Booster et est à ce titre très active au sein de sa région. S’agissant de Lyon, les porteurs associatifs du versant lyonnais sont partis vers de nouvelles aventures, ils s’occupent en effet de La Place, un nouveau centre culturel hip-hop à Paris. Mais Lyon reste dans une dynamique assez positive et continue encore cette année de porter le buzz booster Rhône Alpes. Et de nombreuses autres villes nous rejoignent.

 

Concertlive : Comment évolue justement l’appel à participation ?

Julien Cholewa : N’importe qui peut s’inscrire sur le site open agenda. Il y a déjà plus de 100 évènements en France qui sont concernés, nous étions à 50 l’an dernier. Sont concernées des lieux comme Clermont-Ferrand, Angers, Laval, Saint-Nazaire, Bayonne, Toulouse, Grenoble, Besançon. On a même une petite ville comme Aubière dans le Puy-de-Dôme qui s’est inscrite.

 

Concertlive : Et concernant la fréquentation ? Dans quelles proportions progresse-t-elle à l’approche de cette troisième édition ? 

Julien Cholewa : Cela progresse chaque année. En 2017, nous étions à 100.000 personnes, cette année, on vise les 150.000 que ce soit à travers les évènements de clôture ou l’augmentation des ramifications en France. Le hip-hop est le phénomène de ces dernières années. Le rap est de plus en plus important dans le paysage musical mondial et en France plus particulièrement. Ce renforcement fait évoluer la programmation des festivals, y compris ceux qui étaient jusqu’ici plutôt positionnés sur d’autres esthétiques. Cela nous comble. Les dernières Victoires de la Musique ont établi des repères encore plus significatifs que par le passé pour le rap français.

 

 

Il se trouve que Rendez-vous Hip Hop était déjà là. Ce phénomène de très forte exposition du rap est d’autant plus légitimé par le fait que nos structures existent depuis parfois entre 15 et 20 ans. Il s’agit d’un réseau qui a grandi, s’est structuré. Qui a effectué un travail de fond, de lien avec les organismes professionnels, qui a une maturité certaine et reconnue. Aujourd’hui, c’est tout un mouvement qu’il apparaît logique et normal de porter.

Concertlive : Concernant la programmation musicale, quelle est votre ligne ?

Julien Cholewa : On veut pouvoir toujours laisser une belle place à l’émergence de nouveaux talents. Avec quelques référents comme Médine, qui jouera à Nantes.

 

 

Les figures montants françaises auront toujours leur place, comme Ninho à Paris. Et en même temps, Marseille se dotera d’une ouverture internationale conséquente avec une référence comme Talib Kweli.

 

Il y aura aussi des « newcomers » intéressants en provenance d’Amérique avec Saint Jhn à Paris ou une artiste française très contemporaine comme Chilla à Marseille. Tandis qu’à Lille se produiront Rémy et Loud, représentant le Canada et plus spécifiquement le Québec.

 

 

Côté beatbox on citera Berywwan à Nantes par exemple.

 

Concertlive : Est-ce que votre évènement se déploie aussi parce que les revenus en provenance des ventes de disques ont tendance à se raréfier et qu’il faut trouver des leviers de rééquilibrage par la scène ?

Julien Cholewa : La scène, c’est une partie importante du travail du réseau buzz booster. L’un de ses axes majeurs a toujours été d’améliorer l’aspect scénique. Ce n’est cependant pas notre préoccupation déterminante. Encore une fois, nous avons toujours été en priorité focalisés sur la pluridisciplinarité. Par ailleurs, il faut bien rappeler que dans le hip-hop, on a aussi longtemps connu un petit déficit en matière de concerts, qui allait de pair avec la sous diffusion de ces musiques d’ailleurs. Avec des artistes rap importants qui ne faisaient que 5 à 10 concerts par an alors que les tournées étaient 4 à 5 fois plus importantes dans d’autres genres musicaux à notoriété et ventes globales égales. En tout cas il est certain qu’aujourd’hui le public est là. Cela permet de multiplier les dates de tournée, la scène et les résidences se développent. C’est un cycle bénéfique, vertueux, pour tout le monde.

 

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