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La carrière de Bertrand Cantat en dix dates clefs

Par Nicolas Mollé le 11/06/2018 - Dernière mise à jour : 14/06/2018

La carrière de Bertrand Cantat en dix dates clefs

Leader du groupe de rock français le plus marquant de son époque, Noir Désir, groupe à la carrière pourtant inégale, Bertrand Cantat tente depuis des années de renouveler son inspiration artistique. Et ce à travers différentes collaborations, essentiellement scéniques. Sous la pression intense d’une part de l’opinion n’ayant jamais digéré « l’affaire Vilnius » et la mort sous ses coups de Marie Trintignant, l’artiste n’a jamais cessé de trébucher depuis sa sortie de prison. Durablement marqué par les séquelles tant psychologiques que médiatiques de ce tumulte que certains ont voulu abusivement assimiler à une nouvelle « affaire Dreyfus », l’artiste vient même aujourd’hui de renoncer à s’exprimer en solo sur scène. En mettant fin plus tôt que prévu depuis la Belgique à une tournée en cours.

 

  • 1980 rencontre et formation du trio Noir Désir

 

 

C’est au lycée catholique de Saint-Genès à Bordeaux que se rencontrent les deux piliers de Noir Désir, Bertrand Cantat, chanteur et guitariste et Serge Teyssot-Gay à la six-cordes également. Ils sont rapidement rejoints par Denis Barthe, qui s’improvise batteur. Le trio connaît plusieurs incarnations, les groupes Psychoz et 6.35 en 1981, avant de se baptiser Noir Désirs en 1982, non sans avoir hésité avec Station Désir.

C’est au cours de cette année qu’ils sortent leur première démo et livrent un de leurs premiers concerts marquants au festival bordelais Boulevard du Rock. Le groupe, dont les membres sont alors très jeunes, est alors régulièrement comparé à The Doors (Bertrand Cantat adopte le collier indien de Jim Morrison ou son jean en cuir) ou au Gun Club de Jeffrey Lee Pierce (à cause notamment d’un harmonica récurrent). Les débuts de Noir Désirs sont marqués par des hésitations et, déjà, des départs puisque Serge Tessot-Gay quitte la formation en 1982 pour monter le groupe B.A.M. avec le premier bassiste de Noir Désir Vincent Leriche. Tandis que Bertrand Cantat quitte lui aussi le groupe six mois en 1983.

 

  • 1987 « Où Veux-Tu Qu’je R’garde » coup d’essai

 

 

Un peu à contre-temps de l’esprit alternatif de l’époque, les Noir Désir, qui ont renoncé à leur « s » initial, signent chez Barclay, succursale de PolyGram (futur Universal). Sur recommandation de Théo Hakola, dont le premier groupe Orchestre Rouge avait été une des révélations des Trans Musicales de Rennes en 1980 et qui n’a pas réussi à percer avec son nouveau groupe Passion Fodder. Théo Hakola produit ce disque.

Le premier album de Noir Désir, « Où Veux-Tu Qu’je R’garde » est un mini-lp six titres enregistré en dix huit jours au studio ICP à Bruxelles. Il comprend, outre son morceau titre, des compositions telles que « La Rage« , « Toujours être ailleurs« , « Danse sur le feu Maria« , « Pyromane« ,  » Lola« . C’est un groupe au son frêle et chuintant que d’aucuns considèrent comme inabouti mais qui laisse pourtant vibrer des chansons autant hantées par la new wave que par les fantômes sombres de l’Amérique, des chansons éplorées au envolées flamboyantes. Notamment grâce à la tessiture vocale étonnamment versatile de Betrand Cantat. C’est aussi à cette époque que se définit un lyrisme « écorché », des postures rimbaldiennes et quasi christiques, une mystique masochiste qui constitueront à la fois un tremplin vers la popularité en France pour le groupe et son talon d’Achille.

 

  • 1989 tournée sous le signe d' »Aux Sombres Héros De L’amer »

 

 

Dès « Veuillez rendre l’âme (à qui elle appartient) » son second album, Noir Désir tient son tube. Il se nomme « Aux Sombres Héros De L’amer » et résonne un peu rétrospectivement comme un mauvais jeu de mot années 80, entre Soldat Louis et les ballades façon Alan Stivell. Ils obtiennent sur la foi de cette scie leur premier disque d’or et s’imposent au Top 50 de l’époque.

Pourtant, ce serait ne pas rendre grâce à ce disque encore une fois enregistré dans les studios bruxellois que de le réduire à ce « hit ». L’album comprend en effet de véritables perles comme « Les écorchés » ou « À l’arrière des taxis« . En 1989, Noir Désir se lance dans une tournée promotionnelle sponsorisée par la Carte Jeune qui passe par l’Elysée-Montmartre. Bertrand Cantat s’y impose comme un animal scénique, sautant, louvoyant, posant à genoux comme une rock star sacrifiée, dans un total abandon apparent. Ils jouent aussi à l’Olympia à Paris, pour trois dates d’affilée fin novembre 1989 qui marquent les esprits.

 

  • 1991 le virage électrique

 

 

Un peu étourdis et surtout décontenancés par leur nouveau statut d’idoles des jeunes et de parangons du Top 50, les Noir Désir décident de ne pas s’endormir sur leurs lauriers. Et de trancher. S’inspirant pour leur troisième album « Du ciment sous les plaines » de ce qui se fait de plus fiévreux et épileptique de l’autre côté de l’Atlantique, à savoir le groupe de Ian MacCaye et Guy Picciotto, Fugazi. Le guitariste Serge Teyssot-Gay dit « Sergio » prend alors un ascendant de plus en plus prononcé sur la ligne du groupe. Ses arpèges convulsifs impressionnent sur des titres comme « Tu m’donnes le mal« .

Côté scénique, Noir Désir se produit dans des lieux aussi variés que Pontoise en banlieue parisienne ou l’URSS où ils jouent à cinq reprises en première partie du groupe du moment là-bas, Kino. Après une tournée marathon, des problèmes de cordes vocales de Bertrand Cantat sont avancés pour annoncer la mise en « stand by » du groupe. Une crise parmi d’autres dans l’histoire d’une formation avant tout traversée par les dissensions sourdes entre « Sergio » et Cantat, un climat qui provoquera d’ailleurs un « turn over » important dans son entourage, que ce soit au niveau du management ou des tourneurs.

 

  • 1994 premier album live de Noir désir « Dies Irae« 

 

 

Il aura fallu près de 14 ans à Noir Désir pour sortir son premier album « live ». Un disque qui comprend deux reprises, « I want you » des Beatles et « Long time man » de Tim Rose. Il aura surtout fallu un album redoutablement électrique, « Tostaky » en 1992, celui de son adoubement rétroactif par la scène « indé », puisque celle dite « alternative » avait exprimé sa méfiance à son égard. Cette consécration est due à une production exceptionnelle signée Ted Niceley, producteur du premier Fugazi. L’album est enregistré en Angleterre en 1992. Il voit le jour en pleine vague « grunge », Nirvana triomphe, Sonic Youth est enfin reconnu, les Rage Against The Machine cartonnent dans leur registre appelant à l’insurrection.

Le titre « Tostaky (le continent) » évoque le meilleur des Pixies, notamment leurs accès de rages hispanophones sur leur premier album produit par Steve Albini. La mode de se faire produire par un américain sera d’ailleurs lancée et Albini s’intégrera dans ce schéma, produisant moult français, de Sloy aux Thugs en passant par Dionysos.

 

  • 1996 « 666.667 Club » le temps des engagements

 

 

Avec « 666.667 Club« , prolongement musical des atmosphères bouillantes amorcées avec « Du ciment sous les plaines« , Noir Désir pose de nouveaux jalons : il parvient, bien avant Daft Punk, à transcender l’esthétique manga dans un vidéo clip et à signifier la rupture avec les connotations « Club Dorothée », avant que cette culture n’explose en France. Surtout, le groupe s’affirme en signant parmi les chansons « engagées » les plus concluantes de l’histoire depuis Trust. Notamment « Un homme pressé« . Seul le rap fera mieux.

C’est aussi l’époque où Noir Désir se fait militant, mouillant le maillot en 1997 en défense de la salle le Sous-Marin à Vitrolles, alors dans le collimateur des époux Mégret, transfuges du Front National. La boucle est bouclée et le groupe se fait le relais de l’engagement anti-extrême droite de leurs ainés Bérurier Noir, qu’on disait pourtant à leurs antipodes. Noir Désir est alors au sommet de son art en concert.

 

  • 2001 « Des Visages des Figures » naissance d’un classique

 

 

Après une longue élipse, Noir Désir revient avec un disque qui prolonge son engagement. Les textes scintillent d’une verve libertaire. Avant la sortie effective du disque, la revue littéraire 21-3 révèle d’ailleurs une facette méconnue de l’inspiration de Bertrand Cantat, avec sur un CD, une reprise de « Des Armes » de Léo Ferré. Et le groupe se fera remarquer avec une intervention très provocante destinée au « mogul » de l’époque, Jean-Marie Messier, qui préside aux destinées de leur maison de diques.

« Des Visages des Figures« , c’est le grand oeuvre, l’ultime classique de Noir Désir, celui où s’invitent la modernité electro et les artistes repères comme l’ex-Mano Negra Manu Chao sur « Le vent nous portera » et Brigitte Fontaine pour un dantesque « L’Europe« . La tournée qui suit en 2002 marque durablement leur public.

 

  • 2003 l’affaire Vilnius

 

 

Dans la nuit du 26 au 27 juillet 2003, à Vilnius, en Lituanie, Marie Trintignant meurt sous les coups de Bertrand Cantat. On peut penser que l’affaire a littéralement scindé en deux le pays l’espace d’un instant. D’un côté ceux qui ne peuvent admettre sous aucun prétexte passionnel la mort d’un être. De l’autre ceux qui établissent une frontière stricte entre la vie d’un individu et son art. Pointé du doigt Bertrand Cantat fait profil bas. Condamné, il prend en 2004 le chemin de la prison.

Mais plus rien ne sera comme avant entre lui, Serge Teyssot-Gay et les autres membres du groupe et ce drame marque la fin de Noir Désir. Même si Cantat jouera le répertoire de sa formation d’origine sur scène. Il sort en 2007 de prison, après n’avoir purgé que la moitié de sa peine pour bonne conduite.

 

  • 2010 rupture consommée avec les Noir Désir

 

 

Après avoir proposé en 2008 deux nouveaux titres intitulés « Gagnants/Perdants » et « Le temps des cerises » incluant Serge-Teyssoy Gay à la guitare et Bertrand Cantat au chant, Bertrand Cantat scelle la fin du groupe. En acceptant de remonter sur scène lors du festival Les Rendez-vous de Terres Neuves à Bègles près de Bordeaux. En compagnie du groupe Eiffel, qui fait partie comme Deportivo ou Luke, des nombreux héritiers de Noir Désir.

Une initiative qui provoquera à terme le départ de Denis Barthe et Serge Teyssot-Gay de Noir Désir, même si une réunion houleuse entre les trois est aussi régulièrement évoquée.

 

  • 2017 retour en solo puis renoncement

 

 

Bertrand Cantat est loin de rester inactif malgré la rupture avec ses complices d’origine. Il se lance dans une série de collaborations théâtrales avec l’homme de théâtre Wajdi Mouawad, dont certaines font scandale, notamment à Avignon. Monte sur scène avec Brigitte Fontaine, enregistre et joue avec Amadou et Mariam (comme Manu Chao en son temps), joue en concert avec Shaka Ponk, rend hommage à Alain Bashung, qu’il avait déjà côtoyé…

Cantat monte ensuit en 2011 un nouveau groupe nommé Détroit qui sortira un album nommé « Horizons » et passera par plusieurs festivals où il jouera aussi le répertoire de Noir Désir. Bertrand Cantat amorce ensuite un nouveau retour en solo avec un album sous son nom « Amor Fati » incluant des titres comme « Anthracitéor » ou « L’Angleterre ». De nouvelles querelles éclatent. Notamment lorsqu’il fait la « une » des Inrockuptibles en pleine affaire Weinstein. Une tournée démarre. Les opposant(e)s remontent au créneau. Lessivé par les polémiques, Bertrand Cantat annonce depuis la Belgique, pays où il avait enregistré les premiers albums de Noir Désir, la fin prématurée de ses concerts. Le Figaro annonce que la « suite de sa carrière semble compromise« .

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