actus

Le festival Soy 2018 à Nantes ravive la flamme d’amours enfouis sous la cendre

Par Nicolas Mollé le 06/11/2018 - Dernière mise à jour : 06/11/2018

Le festival Soy 2018 à Nantes ravive la flamme d'amours enfouis sous la cendre

La new et la no wave, Johnny Cash, les mélodies brésiliennes ou Kate Bush. La dernière édition du festival Soy à Nantes a su réanimer, dans un élan sentimental et une douceur toutes féminines, des sensations et des reliefs musicaux un peu oubliés. Reportage.

La salle de la maison de quartier de Doulon à Nantes est comme hypnotisée. Une partie du public reprend des paroles qu’il semble connaître par coeur, une autre laisse sa nuque onduler au gré des refrains de Rodrigo Amarante. Ce Brésilien est un proche des musiciens de The Strokes ou de Devendra Banhart. Nues, chantées le gosier serré, les doigts écorchés sur la guitare acoustique, ses chansons tremblantes, principalement en portugais, parfois en anglais, chavirent. Émouvantes comme du Johnny Cash reprenant du Gilberto Gil dans une prison brésilienne. Surtout, la salle est pleine comme un oeuf. Faut-il y voir avant tout un effet Netflix, Rodrigo Amarante étant l’interprète du générique de la série « Narcos » ? Les chansons d’Amarante expriment en tout cas mieux que plein d’autres la nostalgie amoureuse et les douleurs de l’exil, bien au delà des artifices et des facilités de l’époque.

 

 

Ce sont d’autres fantômes que convoqueront un peu plus tard dans la soirée les anglais de The KVB. Ceux de The Jesus & Mary Chain ou The Sisters of Mercy, dont ils délivrent cependant une version ultra vitaminée. Signé sur Invada, le label de Geoff Barrow de Portishead, le duo est incarné par un jeune brun ténébreux et une accorte claviériste en mini jupe qui ne se laisse pas démonter par les sifflements paillards. Ici, pas beaucoup de choix : les nostalgiques peuvent refuser en bloc ce qu’ils jugent une parodie et quitter la salle ou au contraire se laisser aller les yeux fermés à cette madeleine de Proust en se rêvant minets cold wave à la chevelure ébouriffée et non encore atteinte par la calvitie.

Lydia Lunch aussi a encaissé le poids du temps, elle n’est plus la vamp no wave des années 80 amie d’Alan Vega et de Suicide qui flirtait avec les expériences les moins avouables des bas fonds new-yorkais. Appuyée par les strates ambiant de Jochen Arbeit d’Einstürzende Neubauten qui rappellent le « No Pussyfooting » de Fripp/Eno, caressant ses deux micros les yeux fermés, la diva lourdement fardée distille une poésie brute et sombre, hyper évocatrice. On ira pas personnellement jusqu’à prononcer l’équivalent du « N word » pour les femmes mais d’autres observatrices verraient facilement en Lunch une sorcière particulièrement élevée dans la hiérarchie occulte.

Car les femmes s’en mêlent au festival Soy. Très sérieusement. On pourrait même dire que l’identité du festival s’affirme avec détermination dans cette direction : des scansions volontaristes (au premier rang, des enfants s’éclatent sur ses rythmes puissants) de la grimeuse Flohio à l’electronica pop post Björk et Kate Bush de Kate NV, qui semble autant imprégnée par le mime Marceau que le Bowie période « Ashes to ashes« .

En passant par la techno dure, turgescente mais mâtinée de poésie pour « executive women » stressées de Marie Davidson.

Si les minets de Black Midi, entre post-punk et tentations prog semblent un peu perdus dans cet oasis de féminité, d’autres comme Faka, avec leur techno house sud africaine si caractéristique, se fondent dans le paysage et jouent à fond la carte de la confusion des genres. Avec un chanteur à la voix grave coiffé comme une madone et moulé dans son string et son pantalon transparent. On ne se plaindra pas de ce cap. Dans un paysage trop souvent machinal et luisant de testostérone, même chez les indés, le festival Soy permet des (re)découvertes séduisantes, en un clair obscur sentimental et nostalgique.

Mais c’est bien Halo Maud qui sut le mieux incarner, dans un subtil équilibre, le plaisir de retrouver un être qu’on avait un peu oublié. Quelques années après avoir croisé sa route à Nantes, on se perd avec plaisir dans le timbre frémissant et les mouvements coulés de la saltimbanque rockeuse et de sa leste équipe passée maître dans l’art de renvoyer la balle. S’enfoncer dans la nuit après un bref au revoir à Soy est alors un déchirement. Et les rêves autour de la prochaine édition du rendez-vous commencent alors à occuper les pensées.

0

Partager sur ...

Tags

    billetterie