Un nouveau front de contestation s’ouvre pour le gouvernement avec les intermittents du spectacle 0 2251

De nouvelles journées de grèves, trois en tout, s’annoncent pour les intermittents du spectacle. Ainsi en a décidé le principal syndicat du secteur, la Fédération Nationale des Syndicats du Spectacle, du Cinéma, de l’Audiovisuel et de l’Action Culturelle CGT. L’idée est d’accompagner les prochaines dates clefs liées aux discussions autour des fameuses annexes 8 et 10. Difficile de résister à l’idée d’une convergence avec le bouillonnant mouvement des gilets jaunes.

Les intermittents du spectacle repartent à leur tour pour une nouvelle saison, un conflit social aux allures de feuilleton. On peut le découvrir sur la page Facebook de la Fédération Nationale des Syndicats du Spectacle, du Cinéma, de l’Audiovisuel et de l’Action Culturelle CGT. Trois préavis de grève de 24 heures viennent en effet d’être déposés pour les 17, 21 et 22 janvier prochains. Et ce à l’initiative, donc, de la Fédération CGT Spectacle et de ses syndicats, qui participa à la création du festival de Cannes en 1947 et compta dans ses rangs Gérard Philippe ou Jean Cocteau.

Une Fédération CGT Spectacle qui appelle aujourd’hui les artistes, techniciennes et techniciens, personnels administratifs et d’accueil à se mobiliser pour défendre les annexes 8 et 10, spécifiques au régime de l’intermittence. Et plus généralement, afin de préserver un système d’assurance chômage « reposant sur la solidarité interprofessionnelle ».

C’est au nom de cette « solidarité interprofessionnelle », pour affirmer son indéfectible communauté de destin avec les salariés du privé au sens large, le public des spectacles, que les intermittents se mobilisent. Le gouvernement a en effet imposé une lettre de cadrage pour la négociation de la convention générale d’assurance chômage. Cette lettre demande aux partenaires sociaux interprofessionnels (syndicats de salariés et patronaux) de réaliser 3,9 milliards d’économies sur 3 ans.

La CGT Spectacle affirme que le patronat (Medef, CPME et U2P) « comptent bien faire peser ces économies uniquement sur le dos des chômeurs ». Le syndicat ne s’estime pas rassuré par les annonces réconfortantes du nouveau ministre de la Culture Franck Riester concernant l’intermittence.

S’inquiétant d’une autre lettre de cadrage où le syndicat de salariés décèle des « économies de l’ordre de 200 millions d’euros d’ici 2020, soit 4 fois plus que celles consenties en 2016 » demandées au secteur du spectacle vivant. Une lettre de cadrage qui aurait été signée par le patronat et les confédérations CFDT, CFTC, CFE-CGC.

Or il se trouve que la CGT Spectacle est le syndicat de salariés majoritaire dans les TPE (Très Petites Entreprises) du spectacle vivant. Contrairement au secteur privé en général où la CFDT et ses adhérents guidés par le pâtre Laurent Berger, sociologiquement et électoralement plus proches du gouvernement actuel, ont récemment ravi la première place.

Mais l’univers des intermittents du spectacle reste à part. Ce régime spécifique semble avoir toujours été la bête noire du patronat, qui en a fait depuis bien longtemps un bouc émissaire idéal, à qui il est cette fois demandé de participer à « l’effort de guerre« . Les négociations patinent depuis des mois.

Toujours intéressant à ce titre de suivre la couverture de la problématique de ce régime sur les chaînes publiques de télévision française. Dans la mesure où les deux tiers des salariés de l’audiovisuel, privé mais aussi public, sont des intermittents. On veut bien croire qu’il s’agit là d’un hommage à l’essai contestataire de référence « La société du spectacle » de Guy Debord. Mais la réalité est surtout probablement que, sans les petites mains intermittentes, les stars surpayées de la télévision ne pourraient pas interviewer, trop souvent complaisamment, le personnel politique français. Même si une telle évidence est fréquemment occultée par des polémiques patronales sur le caractère trop « élitiste » de la culture et sa prétendue non adaptation au marché.

On s’était habitué ces dernières années à des conflits sociaux à l’agenda immuable, avec des cortèges syndicaux disciplinés qui se mettaient en branle au printemps, effectuaient trois petits tours de piste sans infléchir réellement la volonté gouvernementale. Le phénomène gilets jaunes a changé la donne. Avec son côté « stop ou encore », ses manifs totalement imprévisibles, non déclarées, planifiées le samedi et donc avec un potentiel de mobilisation infini, il semble avoir inspiré les intermittents. Qui vont s’agréger à des acteurs aussi dissemblables que le parti politique Lutte Ouvrière, les syndicats de salariés comme parfois la CGT et Solidaires, soutenant désormais plus ou moins officiellement le mouvement social en cours.

On avait d’ailleurs repéré, au sein d’un mouvement gilets jaunes relativement porté sur l’émeute, l’affrontement et le rapport de force, plusieurs initiatives pacifiques, conceptuelles et d’inspiration artistique imputables aux intermittents.

Aujourd’hui, la CGT Spectacle appelle donc ses salariés (artistes, techniciens, personnels administratifs et d’accueil) à organiser des AG et des tractages sur « les lieux de travail, à travailler à des adresses au public et à participer aux différentes actions menées pour refuser cette marche forcée vers une précarité encore plus grande ».

L’idée est d’accompagner et d’affirmer leur présence lors des deux grands rendez-vous de négociation qui s’annoncent entre le gouvernement, le patronat et les syndicats représentatifs. D’abord la négociation des annexes 8 et 10 à proprement parler les 17 et 21 janvier 2019. Puis la remise de l’accord constitué aux négociateurs interprofessionnels le 22 janvier. En fonction des compromis arrachés et du rapport de force, de nouveaux préavis pourraient très bien être déposés.

Or certaines grèves d’intermittents ont fait du grabuge ces dernières années. En 2003, l’incontournable Avignon avait été carrément rayé de la carte. Tandis qu’en 2014 plusieurs concerts d’importance avaient été annulés aux Nuits de Fourvière.

Pourtant le monde du spectacle reste fragile depuis les psychoses liées aux attentats. Et si les effets du chaos organique provoqué depuis des semaines par le mouvement des gilets jaunes sont encore difficiles à quantifier (certains gilets jaunes profitant probablement de leur passage à Paris pour consommer du spectacle), des annulations pures et simples sont toujours un manque à gagner très difficile à surmonter.

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