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Barcella : « Les mots n’ont de sens que s’ils créent du lien avec les gens » (Interview)

Par Nicolas Mollé le 15/03/2018 - Dernière mise à jour : 19/04/2018

Barcella :

Barcella, Mathieu Ladevèze de son vrai nom, est l’un des artistes de scène les plus réputés et entiers de sa génération. Alors que sort prochainement « Soleil », son quatrième album, le voici bientôt en tournée française, avec escale au Café de la Danse début avril. Prélude à une véritable déferlante de dates programmée pour les deux ans à venir, une constante chez cet artiste habitué à l’échange et aux rencontres.

 

 

Concertlive : Est-ce qu’on peut parler de votre quatrième album « Soleil » qui sort le 30 mars 2018 ? 

Barcella : C’est une sorte de carnet de route un peu différent, un témoignage des tournées des quatre dernières années, notamment à l’étranger, en Suisse, au Canada, en Belgique… Il y a une évolution de mon écriture, j’affine ma sensibilité, petit à petit, je trouve ma « voix ». Cet album, c’est un peu une manière de clôturer un chapitre.

 

Concertlive : Qu’est ce qui le distingue des autres ?

Barcella : C’est probablement davantage un disque de voyageurs car nous avons été très souvent sur la route ces derniers temps. Il a certes été écrit au cours des quatre dernières années mais un peu plus au cours de l’année dernière. Lorsque je suis ailleurs en tournée, j’aime marcher, faire de la randonnée, notamment en montagne. Le disque s’est aussi nourri de cela, de mes rencontres avec des personnes lumineuses sur certains sentiers. Les sommets des montagnes étant des endroits où j’aime bien écrire des chansons même si ça peut paraître un peu surprenant. J’ai échafaudé ainsi mon écriture pour ce disque, à mi-chemin entre les moments de solitude et de partage plus enthousiastes. Il n’y a pas si longtemps on était la haut, on revenait de Chine. À mon sens, plus on a la chance de rencontrer des gens qui ne nous ressemblent pas, plus ça nous enrichit. Ce disque, je l’ai écrit avec le coeur, entouré des gens que j’aime.

 

 

Concertlive : À qui avez vous fait appel pour les invités ?

Barcella : J’ai choisi deux invités, comme pour chaque disque. Sur le précédent, j’avais fait appel à Emily Loizeau et à Leeroy.

 

 

Sur celui-ci, j’ai sollicité Aldebert pour le titre « Les gros mots« , un peu pour le clin d’oeil car il a acquis une certaine notoriété avec des spectacles pour enfants et je venais juste moi même de participer à quelque chose de ce type avec « Tournepouce« .

 

Il y a aussi l’imitateur Michael Gregorio qui est un ami de longue date et qui a de vrais talents de compositeur. Il a participé au titre « Je lève mon verre« . Ce dont je suis particulièrement fier, c’est qu’on y entend sa véritable voix, après tout peu connue du public.

 

À chacune de ces collaborations, j’essaie de révéler quelque chose d’un peu atypique : la voix basse d’Emily Loiseau, le côté Bobby Lapointe propre au Saïan Supa Crew pour Leeroy.

 

Concertlive : Vous allez donner des concerts les 5 et 6 avril 2018 au Café de la Danse à Paris, en tout il y a une vingtaine de dates prévues, lesquelles sont particulièrement importantes à vos yeux ?

Barcella : Pour moi toutes les dates sont importantes. Mais celles du Café de la Danse vont coïncider avec la sortie de l’album et elles prendront donc une résonance particulière. A Paris, on avait déjà fait le Trianon, la Cigale et aussi le Café de la Danse. C’est important de revenir un peu au centre des choses et puis j’adore le public parisien. La première date est déjà complète, on s’applique à remplir la seconde, il doit rester une centaine de places.

 

Mais il est important de signaler qu’en tout, on va faire environ 150 dates sur deux ans. En plus, on va un peu fêter un anniversaire, celui des 10 ans de nos tournées avec mon équipe.

 

 

Concertlive : Est-ce que ce sont exactement les mêmes musiciens ?

Barcella : Il y a eu quelques changements, permutations mais globalement on a gardé la même famille musicale. Je pense que les albums doivent permettre de défendre toute la dynamique humaine qui parvient à vivre sur scène. Car c’est la tournée qui nous permet de nous lancer dans une aventure collective et humaine.

 

 

Concertlive : En parlant de tournée, on parle beaucoup actuellement de celle de Bertrand Cantat, qui a été forcé d’annuler sa participation aux festivals d’été et est actuellement sous pression pour sa tournée française. Cela vous inspire quoi en tant que créateur, en tant qu’homme, féministe ou pas, est-ce qu’il y a deux points de vue qui peuvent être amenés à se frictionner en vous sur ce sujet ?

Barcella : Tout cela est bien malheureux. On récolte ce que l’on sème donc rien ne me surprend dans cette morosité ambiante. Je pense surtout qu’on a davantage besoin de nourrir la joie que la peur. Personnellement, je ne ressens pas l’envie d’aller l’écouter.

 

 

Concertlive : Vous êtes aujourd’hui bien plus qu’un auteur compositeur interprète, avec une activité très diversifiée : écriture et composition pour d’autres, animation d’ateliers d’écriture en milieu scolaire, créateur du Chabada festival à Reims, est-ce que cela a fait de vous un entrepreneur de la chanson ?

Barcella : Moi j’ai plutôt envie d’utiliser le mot militant. Je suis convaincu du pouvoir des mots. S’exprimer est primordial. Utiliser la langue française, c’est pour moi une conviction forte. Je regrette un peu qu’on laisse autant la langue anglaise se faufiler partout, même si j’adore des groupes comme Radiohead. Mais dans ce domaine, on devrait s’autoriser à être un peu chauvins de temps à autre. Tout en restant en phase avec la langue telle qu’elle évolue. Les ados parlent un langage qui leur est propre, avec des sigles en trois lettres comme « MDR », restons à l’écoute de ça, continuer à suivre ces évolutions. Les mots n’ont de sens que s’ils créent du lien avec les gens.

 

Concertlive : Est-ce que la diversification, vous pensez que c’est une voie d’avenir pour le métier d’artiste ? 

Barcella : Oui, il faut être prêt à s’ouvrir. Être prêt à aller vers les autres différemment. Mais pas sous la contrainte. Tout ce que j’entreprends, ça reste avant tout un plaisir. Comme lorsque j’ai parrainé « On souffle dans ton dos« , cette association chargée d’ aider l’accompagnement des enfants autistes à l’école. Encore une fois, je suis passionné par le pouvoir des mots. C’est pour ça que la francophonie c’est important. Il faut éviter de se faire phagocyter par la culture anglophone. On peut trouver un tas de réponses à ses troubles, à ses problèmes dans les textes de Jacques Brel, de Georges Brassens, de Barbara. Sur la solitude. Le rapport au temps qui passe, à l’abandon, à l’enfance.

 

Concertlive : C’est le thème de votre chanson « L’âge d’or« , qui ressemble beaucoup au titre de Renaud, « Mistral Gagnant« . Est-ce qu’il constitue une influence forte ?

Barcella : J’ai énormément d’estime pour Renaud. C’est vrai que ces deux chansons parlent d’enfance. Mais Renaud et moi on a pas eu la même enfance. Et on n’a du coup pas forcément les mêmes références. Moi je vais spontanément être attiré par les chansons de Bourvil, Bobby Lapointe ou Boris Vian. Bourvil, c’est un cultivateur de joie. J’aime aussi les choses nostalgiques. C’est probablement ce que j’apprécie également chez  Coluche, cet enthousiasme allié à une sensibilité exacerbée.

 

Concertlive : Comme Bourvil avec le « Cercle Rouge« , il a prouvé qu’il savait aussi exceller dans un rôle sombre et grave…

Barcella : Coluche, c’était avec « Tchao Pantin« . Bourvil aurait pu passer sa carrière à exploiter le filon du « Petit bal perdu » mais il a préféré aller vers la joie et la légèreté. C’est beaucoup plus difficile à tenir que l’on croit comme position.

 

Prochaines dates :

 

  • 16/03    SAINT-AVÉ (56) Le Dôme
  • 17/03    PLEUBIAN (22) Le Sillon
  • 22/03    GENEVE (CH) Festival Voix de fête
  • 23/03    VITRÉ (35) Centre Culturel Jacques DuhamelC12
  • 05/04    PARIS (75)  Café de la Danse
  • 06/04    PARIS (75)  Café de la Danse
  • 07/04    CAMBRAI (59) Théâtre
  • 13/04    GIGNAC (34) Le Sonambule
  • 16/05    METZ (57) Les Trinitaires
  • 17/05    SELESTAT (67) Les Tanzmatten
  • 20/05    LA FERRIERE (85) Festival Pay’ta Tong
  • 23/05    TOULOUSE (31) Le Metronum
  • 24/05    ONET-LE-CHÂTEAU (12) La Baleine
  • 25/05    CANEJAN (33) Centre Simone Signoret
  • 01/06    LYON (69) Ninkasi Kao
  • 17/06    REIMS (51) La Magnifique Society
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