Bjorn Berge : « J’aime m’amuser avec le public » Commentaires fermés sur Bjorn Berge : « J’aime m’amuser avec le public » 587

Concertlive : Pourquoi jouer en acoustique ?
Bjorn Berge :
Lorsque j’étais plus jeune, je jouais de la guitare électrique, comme Deep Purple. J’ai fais cela pendant des années. Puis je suis tombé sur un vinyle de Robert Johnson, un chanteur de blues. Il jouait en acoustique. Cela m’a intrigué. J’ai commencé à écouter de vieux vinyles. J’ai découvert les premiers disques de Bob Dylan, où il jouait ce genre de musique blues folk avec sa voix amusante et très nasale. C’était fascinant de penser qu’il pouvait être aussi populaire avec une voix si spéciale. C’est ce qui m’a inspiré pour jouer ainsi.

CL : Vous préférez jouer en solo plutôt qu’en groupe…
BB :
La plupart du temps je joue seul en effet. Lorsque je joue ce type de blues, je n’aime pas jouer en groupe, parce que dans ce type de configuration, tout le monde doit jouer le même morceau, de la même manière, à chaque concert. Lorsque je joue solo, je joues comme je le souhaite. Je peux modifier les arrangements, la tonalité, le tempo, je suis totalement libre. Or, je fais partie d’un groupe en Norvège, dans lequel je joue du banjo. C’est plus un hobby qu’autre chose. C’est vrai que ma technique de guitare vient du banjo et parfois je joue fort et rock’n’roll. Mais pour le moment, je préfère jouer seul. C’est comme ça. Peut être que cela changera dans le futur, qui sait ?

CL : Vous avez un véritable talent pour la reprise…
BB :
Dans mon premier album [NDLR : qui n’est pas disponible en Europe], je jouais mes propres chansons. J’ai commencé à jouer des reprises pour voir ce que donnerait des chansons rock jouées en acoustique. La première que j’ai essayé de faire sérieusement était « Give it away » des Red Hot Chili Peppers. Après cela, j’ai commencé à en jouer d’autres. Sur le disque « I’m The Antipop », je n’avais pas de chanson à moi. Ce qui s’est passé en réalité, c’est que je devais sortir un disque en Europe, car ma tournée était bookée. C’était un « deal » avec ma maison de disque. L’album était supposé sortir en Europe. Or, il n’a jamais vu le jour et je n’avais aucune chanson à présenter au public. Je suis donc allé en studio et j’ai dit « ok, je dois faire un disque… maintenant et en trois jours seulement« ! Sur l’album « Fretwork », j’ai eu beaucoup plus de temps pour créer mes propres compositions. J’aime écrire des chansons. Le truc, c’est que parfois, je n’ai pas grand chose à raconter, c’est un peu le problème !

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CL : Comment sélectionnez-vous les chansons que vous revisitez ?
BB :
C’est très simple. Il faut qu’elles correspondent à mon style. « N.I.B. » de Black Sabbath, c’est très facile pour moi à jouer. Ce ne sont pas des chansons qui exigent d’autres instruments pour le rythme. Je joue la basse avec le pouce. D’abord je dois aimer la chanson, ensuite je dois être capable de la jouer avec ma guitare. Mais en général, ce sont des chansons très faciles à jouer pour moi techniquement. Par exemple, sur la chanson « Zebra » de John Butler Trio, qui figure sur l’album « Fretwork », j’ai pensé d’abord à comment j’allais jouer la ligne de basse qui est la plus importante. Alors j’ai tapé du pied pour faire le contre-temps. C’est comme cela que je choisis les chansons que je vais reprendre. Je dois me l’approprier naturellement.

CL : Sur quel type de guitare jouez-vous ? Vous avez un modèle de prédilection ?
BB :
Cela dépend. Je cherche toujours de nouvelles guitares. J’ai eu un deal avec Takamine [NDLR : marque de guitares japonaises], j’ai joué sur leurs modèles pendant des années. J’ai des tas de guitares à la maison : Martin, Taylor, Gibson, ainsi que des banjos et des mandolines. Ces derniers temps, je joue plus du Cole Clark. C’est une guitare australienne. Ça a commencé en 2001. La particularité de cette guitare est qu’elle est faite en « Buena » c’est un arbre qui pousse en Australie. Le bois est spécial. La guitare est très bien faite. Le manche est superbe, les mécaniques sont très jolies. Mais ce qui est intéressant, c’est le système de prise de son. Car le gros problème des guitaristes acoustiques, c’est d’avoir un bon son. Le meilleur moyen d’être amplifié normalement c’est de prendre un micro et de le poser à côté de la guitare. Or, il y a une perte en retour et on n’a pas un son très puissant non plus. Sur la Cole Clark, ils mettent un micro sur la barre transversale de la caisse, mais il y a aussi un micro qui va de bout en bout de la caisse et qui est intégré dans le corps de la guitare. On peut ensuite la mixer directement, et équilibrer les deux micros. Quand j’ai commencé à jouer avec cette guitare, j’ai adoré. Elle joue fort et dynamique. Mais je ne fais pas de la pub, je n’ai aucun contrat avec eux ! J’ai aussi une vieille guitare que j’ai acheté 150 euros sur internet. C’est un combat à chaque fois car c’est une guitare très difficile à jouer, avec un manche très gros. Mais le son est super. Lorsque je suis à Paris, j’aime aller à Pigalle, dans cette rue où il n’y a que des magasins de guitares. Je suis comme un fou ! C’est vrai, j’adore faire les magasins.

CL : On peut dire que vous pratiquez l’humour sur scène. Vous échangez beaucoup avec le public…
BB :
Au début j’arrivais sur scène, je jouais, je disais au revoir à la fin, et puis c’est tout. Puis j’ai compris que les gens venaient au concert pour se détendre, se relaxer. C’est pour cela que j’ai commencé à raconter des petites histoires, et à bien m’amuser sur scène avec le public. Je n’ai pas de plan préparé, ni de mise en scène. Je regarde le public. Certains ne veulent que de la guitare, d’autres veulent le tout. J’essaie d’être drôle de temps à autres. En tout cas j’essaie d’être moi-même. Et cela marche assez bien.

CL : La scène musicale norvégienne est souvent associée au métal. A tort ?
BB :
C’est vrai. A croire que les européens ne savent pas que l’on peut jouer d’autres choses que du black-métal dans ce pays. Nous avons 5 millions de personnes qui vivent en Norvège, et des centaines de club de blues. On joue cette musique partout. Dans tous les cafés, à chaque coin de rue. Les norvégiens jouent de la musique blues traditionnelle, celle des années 50, mais il y a aussi le blues américain, celui des songwriters. Pour ma part, je suis au milieu de tout cela, parce que je joue des chansons de blues plus fortes et plus rapides que la normal. C’est un super pays de musique, de rock et de blues. C’est un bon endroit pour découvrir de la musique.

Propos recueillis par Nathalie Paul
Retranscription Emilie Leoni

A voir également : la session acoustique de Bjorn Berge sur Concertlive.fr

 

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