Brisa Roché : « J’ai cherché à creuser un filon très spontané, proche de l’improvisation, de l’instantané » (Interview) 0 409

Concertlive : Vous avez commencé à défendre sur scène votre nouvel album « Invisible 1 », avez vous déjà l’impression de voir de nouvelles têtes à vos concerts, du fait de son ouverture vers des climats plus groove ?

Brisa Roché : On pourrait penser cela mais…non, pas pour l’instant. Je vois à peu près les mêmes types de personnes. Je n’ai pas encore vu d’arrivée massive d’adolescents affolés devant moi (rires). On pourrait très bien l’imaginer ceci dit, pourquoi pas, mais ce n’est pas encore le cas.

Concertlive : Est-ce que le processus d’élaboration particulier de ce disque a été plus long que pour les autres albums ?

Brisa Roché : Non, il s’agit d’un travail qui a été globalement plus court, il y a eu un laps de temps où j’étais repartie en Californie mais en fait, comme tout a été virtuel, l’élaboration des chansons en tant que tel a été assez rapide. Finalement, il n’y a eu aucun moment où on a joué en groupe sauf à la fin, sur la dernière « couche » de production, celle qui sonne un peu Michael Jackson et Prince.

Mais cela n’a duré que deux jours. Le reste du temps, c’était assez rapide, on ne faisait que s’échanger des fichiers puisque tout le monde élaborait ses parties chez soi. Cela simplifier quand même l’organisation et la mise en scène financière d’un enregistrement, qui peut parfois sinon se trouver ralentie. C’était plutôt rapide, cela m’a paru assez simple. Mais il y a eu beaucoup d’étapes. 

Concertlive : Les titres un peu plus dansants comme « Disco » ou « Diamond Snake » ont-ils été plus faciles à concevoir que vos chanson folk/rock, ont-ils constitué une récréation pour vous finalement ? 

Brisa Roché : Tout le concept de l’album était à la base une exploration ludique pour moi. Donc c’était certainement récréatif et fun car je n’avais pas forcément au début l’idée d’en faire un album. J’en suis arrivée à emprunter des pistes qui étaient un peu loin de mon univers. Je me suis appropriée d’autres couleurs musicales en cherchant à creuser un filon très spontané, proche de l’improvisation, de l’instantané, quasiment à l’écoute. Avec parfois des enregistrements dès la première prise.

Mais les morceaux uptempo, pop, n’étaient pas plus complexes à aborder que les titres plus profonds, tout a été vécu sur un pied d’égalité dans la gestation, c’est pour moi la même chose, ça s’est élaboré dans l’instantanéité. En revanche, il y a parfois plein de voix sur les titres d’avantage orientés « Disco » , il fallait alors prendre le temps d’élaborer dix-neuf pistes de voix, c’était un peu plus long et complexe même si ça restait toujours ludique.

Concertlive : Du coup, que voit-on sur scène à un concert de Brisa Roché aujourd’hui ? Des boules disco, des paillettes ou une cow-girl au coin du feu ?

Brisa Roché : (Petit rire) En fait je suis quelqu’un d’extrême , cela se reflète dans le coeur de mon travail, dans ma vie. Sur scène, il peut y avoir des moments très intimistes, très émotionnels où je suis en transe.

Et puis désormais aussi cette partie du concert avec un gros son, des machines, qui se rapproche des titres les plus dansants de l’album, ce qui n’était pas le cas auparavant, où tout était adapté pour conserver une certaine homogénéité intimiste sur scène. Là, parfois sur scène, c’est plus explosif, on se rapproche du son de l’album sur les morceaux plus « uptempo », quelque chose de très fort, pas dans le niveau sonore mais l’intensité, avec une dimension groove et machinique. Dans ces moments, je chante et je danse d’une manière beaucoup moins chamanique. Mais c’est toujours intense.

Concertlive : Vous avez joué en première partie de Mickey 3D la semaine dernière à Nantes, vous connaissiez ce groupe ?

Brisa Roché : Je ne connaissais pas Mickey 3D mais on a le même tourneur. Du coup j’ai fait plusieurs premières parties pour lui. Il est très sympa. Son public aussi, c’est d’ailleurs surtout lui que je rencontre quand je fais des premières parties.    

Concertlive : Avec qui avez vous des affinités dans la musique française ?  

Brisa Roché : J’ai eu des connexions avec Bumcello, Poni Hoax, The Chicros. Je collabore avec plein de musiciens qui ont plein de projets que j’apprécie mais c’est vrai que je ne suis pas encore une vraie connaisseuse de la musique française actuelle.

Concertlive : Vous avez néanmoins collaboré avec Marc Collin sur votre dernier album…

Brisa Roché : Oui tout à fait d’ailleurs je voulais faire la première partie de Nouvelle Vague, cela aurait été intéressant. J’aime bien aussi faire des premières parties car c’est une autre approche. Cela se passe en général dans une configuration plus réduite, juste moi et une guitare ou un clavier. On choisit en général d’autres morceaux de l’album, c’est plus proche de la démarche de raconter une histoire, il y a plus d’espace, un peu plus de place pour l’improvisation. C’est un exercice stimulant. 

Concertlive : Comment s’est faite la connexion avec Marc Collin ?

Brisa Roché : La scène musicale parisienne est assez étroite, je l’avais rencontré il y a très longtemps je ne sais plus trop comment. Ce qui est drôle c’est que je lui avais parlé de mon projet à collaborations multiples, avec un foisonnement d’arrangements, étalé sur quarante morceaux, qui a abouti à « Invisible 1 ». Mais il ne semblait pas plus curieux que ça de ce que je voulais faire et de mon côté je n’étais pas du tout en train de le lui proposer, je le connais plus en tant que producteur que directeur de label. Un peu plus tard, j’étais en Californie et il m’a appelée car il cherchait une vocaliste pour Joon Moon car Phoebe Killdeer ne pouvait plus le faire.

Il m’a donc demandé de faire des essais car son copain bassiste Julien Decoret voulait tenter quelque chose avec mes voix. Et il n’a pas du tout aimé mes voix. Du coup, quand je suis venue à Paris, on devait se voir avec Marc Collin, je croyais que c’était pour rigoler ensemble de cet essai avorté. On déjeune ensemble et là il me demande : « T’en est où de ton projet ambitieux aux quarante morceaux ? T’aimerais continuer ? ». Moi je lui réponds : »Oh tu sais non bof je viens d’écrire vingt morceaux mais j’ai plus vraiment la tête à ça maintenant » mais intérieurement je me disais « Mais il est en train de te dire qu’il veut travailler avec toi » donc j’ai fini par enchaîner en lui disant que j’étais à fond dedans. C’était drôle.

Concertlive : Est-ce que cela vous intéresserait de participer en tant que chanteuse aux projets de Marc Collin, que ce soit Nouvelle Vague et ses reprises punk façon bossa ou Bristol et son trip-hop revu à la mode 60’s ?  

Brisa Roché : Bien sûr. Moi je me projette dans tout (rires). Ce qui est attrayant dans ces projets, vu de l’extérieur, c’est l’aspect stimulant que ça peut représenter de travailler dans de grandes équipes. Mais cela a l’air de rester très familial, il s’agit de spectacles avec un aspect un peu kitsch et fun, de jolies lumières qui ne serait pas pour me déplaire. On en avait parlé avec Marc Collin il y a des années et puis j’ai finalement toujours mené mes propres projets. Si un jour il y a un trou, je suis partante (rire léger).

Concertlive : Nouvelle Vague, est-ce que cela vous évoque aussi le cinéma de Jean-Luc Godard, des actrices comme Jean Seberg ou Anna Karina ?

Brisa Roché : Quand j’étais aux Etats-Unis, à l’âge de 16 ans, j’ai suivi un cours de français assez bizarre dans une école autogérée à Seattle, avec une professeure assez brillante mais qui avait toujours les cheveux ébouriffés, des morceaux de craie un peu partout sur ses vêtements, avec des airs de savant fou. Pendant son cours, elle nous faisait écouter des émissions de radio politiques françaises tout en nous faisant regarder des films de la Nouvelle Vague avec du scotch sur les sous-titres. On a fait ça pendant un an. Sans jamais comprendre quoi que ce soit. C’était assez drôle. Cela m’a surement sensibilisé l’oreille et l’oeil d’une façon particulière (rires). Elle nous a fait travailler sur des cinéastes de la Nouvelle Vague et moi j’ai abordé Eric Rohmer. Je me souviens notamment du « Genou de Claire« .

Concertlive : Vous êtes donc plus Rohmer que Godard par la force des choses, malgré tout… 

Brisa Roché : Pour être franche, Rohmer, c’était un peu ardu. Je n’étais pas non plus complètement enchantée par ce cinéma, en tout cas à l’époque. Je me souviens d’après-midi assez hallucinées à essayer de regarder ses films dans ces conditions un peu particulières. Je pense que les grandes scènes des classiques de Godard, bien plus connues, avec cette aura romantique très forte sont plus marquantes et glamour. 

Concertlive : Multiplier les expériences dans le cinéma, ça vous tente ?

Brisa Roché : Je suis déjà active dans le domaine et ce sont à chaque fois des expériences dont je suis ravie. Je fais déjà des musiques pour le cinéma. J’ai réalisé quatre musiques sur commande pour le film « Yves Saint-Laurent » de Jalil Lespert. J’ai joué dans ce film en tant que chanteuse. 

Dernièrement, j’ai planché sur une commande musicale pour le film « Sonar » qui va bientôt sortir. Et j’ai fait les voix off pour ce film. Et là ça a été vraiment passionnant car, n’étant pas actrice, j’ai dû être été guidée par le réalisateur. Mais j’ai été fascinée par ce qu’il parvenait à extraire de moi, qui allait bien au delà de la simple lecture du texte.

J’adorerais refaire ça. C’était confortable de se sentir emmenée quelque part sans avoir à se soucier de son expression physique. De temps en temps, on me sollicite sur des courts-métrages. Les clips, cela participe un peu de tout ça, de cette expérience physique. J’adore écrire et produire de la musique pour le cinéma mais se sentir sculpté en tant qu’acteur, cela reste encore de la découverte pour moi. 

J’avais fait plein de brouillons musicaux pour la BO du film de 2007 de Samuel Benchetrit « J’ai toujours rêvé d’être un gangster ». C’était assez génial, en lisant le scénario de ce film, d’entendre la guitare de quelqu’un avec qui j’avais de la musique quelque chose comme douze ans auparavant. Je me suis dit : « Il faut absolument que je fasse la musique avec lui ». Mais en faisant des recherches sur le web, je me suis aperçu que cette personne, Nick Zinner, était devenu guitariste des Yeah Yeah Yeahs. Et qu’il tournait énormément à cette époque là.

Mais après que je lui ait envoyé un e-mail, il a quand même répondu présent, est venu en studio avec moi pendant trois jours. J’ai nettoyé, j’ai découpé un peu mais au fond ce que je voulais c’était que Samuel Benchetrit me dise quelle direction lui plaisait le plus dans tout ce qu’on avait fait. Mais finalement, il est trop brut je crois, il n’a pas compris le sens de notre démarche, je crois qu’il ne savait pas trop non plus qui était Nick Zinner et du coup, il a choisi une autre direction musicale. Mais au moins cela m’a servi de ciment pour ma future collaboration avec Nick Zinner. Ce qui est bien avec le cinéma, c’est que cela peut te permettre de tenter des choses qui ne se feront peut être pas forcément dans la forme espérée au départ mais qui vont t’emmener dans des directions insoupçonnées, générer des collaborations que tu n’aurais pas imaginé.

Concertlive : Dans un autre registre, celui de la réalité contemporaine, est ce que vous imaginiez que Donald Trump deviendrait président des Etats-Unis ? 

Brisa Roché : Cela m’a complètement surprise. Cela m’a mise sur le cul (rires). J’en reste encore bouche bée. J’avais des amis qui s’inquiétaient beaucoup, je leur disais : « Non mais laisse tomber ça n’arrivera jamais, vous devenez hystériques pour rien ». Alors qu’en fait c’était moi qui n’était pas assez affolée. En fait, si on veut bien commencer à analyser la situation avec un peu de recul, je crois que c’est Bernie Sanders qui a fait perdre Hillary Clinton. 

Concertlive : Comment ça ? Il l’a soutenue, non ?

Brisa Roché : Oui mais franchement, il était tellement le rêve total et la réponse à nos espoirs qu’une fois qu’il a été mis hors du jeu, on a jamais pu se remettre à croire avec autant de ferveur en elle. Elle restait toujours une déception. Alors que s’il n’avait pas été là, peut être que tout le monde aurait été hypnotisé par Hillary Clinton. 

Concertlive : Les Etats-Unis ont beaucoup donné de talents originaux au monde, avez vous peur que la venue d’un Républicain en apparence aussi obtus nivelle la créativité du pays?  

Brisa Roché : Pas du tout. Au contraire. Aux Etats-Unis, la vie d’un artiste n’a rien à voir avec celle qui peut exister en France. L’artiste en France est dans la société. Aux Etats-Unis, il est par définition en dehors de la société. Donc cela ne changera rien du tout. Cela fera peut être même du bien à la création, en faisant naître une espèce d’énergie depuis le fond de la société, une colère humaine, même pas forcément politique mais quelque chose qui aura un besoin souverain de s’exprimer, qui remontera avec puissance des marges du système. L’artiste aux Etats-Unis est déjà en dehors, il est en danger, il doit faire des petits jobs, il est pauvre, il est ridiculisé. Cela va peut être faire du bien aux artistes qui se sentiront fédérés avec plus de gens, tous ceux qui sont ou seront marginalisés dans le pays. Je ne sais pas. On verra bien.

https://youtu.be/LgaOFBZQ98c

Prochains concerts :

  • Vendredi 18 novembre 2016 Théâtre de Poche à Béthune
  • Jeudi 24 novembre 2016 Théâtre Jérôme Savary à Villeneuve-lès-Maguelone
  • Vendredi 25 novembre 2016 Auditorium Jean-Moulin au Thor
  • Samedi 26 novembre 2016 MJC Picaud/Studio 13/La Tangente à Cannes
  • Vendredi 2 décembre 2016 MA scène nationale – Montbéliard
  • Samedi 3 décembre 2016 Docks Lausanne
  • Mercredi 7 décembre 2016 au Flow à Paris
  • Jeudi 8 décembre 2016 Théâtre La Piscine/Le Pédiluve à Chatenay-Malabry
  • Vendredi 3 février 2017 All That Jazz Les Lobis à Blois
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