Bruit Noir : « J’aime quand ça réagit, je n’aime pas les choses confortables » (Interview) 1 1131

Une boucle bouclée. À la manière des fameux trébuchements rythmiques empruntés au « Disorder » de Joy Division avec lesquels Bruit Noir attira notre attention sur son premier album « I/III ». En donnant à Nantes la dernière date de sa tournée, le duo composé de Pascal Bouaziz et Jean-Michel Pire a signifié à la ville tout ce qu’il lui devait. Car Mendelson, le groupe qui lança Pascal Bouaziz, y joua régulièrement, notamment à la grande époque de l’Olympic. Toute une école de rock littéraire a aussi été enfantée par le label nantais Lithium, de Dominique A à Diabologum en passant par Mendelson, donc. Pascal Bouaziz vient même de publier un premier album solo aux « haïkus » ciselés. Ainsi qu’un recueil de textes aux éditions Le Mot et le Reste. En concert, l’auteur, pour ponctuer des titres à la musicalité exsangue, a inventé une forme unique de « stand up » grinçant, entre hilarité et laconisme. Seul moyen de préparer en douceur, en clôture, à la radicalité quasi punitive d’« Adieu », évocation de la perte de son enfance par Pascal Bouaziz, jadis abandonné par le monde des adultes. Un titre qui laisse son interprète, pourtant narquois l’instant d’avant, les yeux brillants, frémissant. Nous avons rencontré dans leurs loges dans le moment qui précédait le concert de Perio au Festival Soy à Nantes les deux artisans de Bruit Noir. Un projet aux tessitures sonores opaques, qui existe avant tout par sa réinvention du langage, logorrhée poignante, dans un verbe rêche, aux sentences murmurées en boucle pour en attiser le mordant. Avec un débit à la gorge serrée, comme hypnotisé. Une interview où nous avons parlé avec eux de « La Province », de prémonitions, de Joe Dassin, d’Alan Vega et de…Metallica.

 

Concertlive : Ce disque de Bruit Noir, est-ce que c’est une façon pour un nouveau Pascal Bouaziz d’envoyer promener l’ancien ?

Pascal Bouaziz : Non, l’ancien est toujours là mais sans filtre. Cette fois, dans ce disque, il y a tout qui passe. D’habitude, je polis, j’élague et cela me prend beaucoup de temps d’écrire. Là, j’ai tout laissé, même les bouts pas jolis. L’idée, c’est de ne rien couper, rien censurer. C’est bien pour cela que cela s’appelle Bruit Noir et pas « joli bruit dans ma tête ».

Est-ce que vous pensez réellement tout ce que vous avez écrit pour ce disque ?

Pascal Bouaziz : Oui, je pense tout mais à toutes les heures de la journée. Quelquefois je peux me sentir pas bien, en colère ou être de très mauvaise foi. Ce que j’écris, ce n’est pas un tract de parti politique, c’est plein de contradictions, de mauvaise foi, c’est plus que du « off » émanant d’un politicien. De toute façon, même leur « off » à eux est calibré.

 

Concertlive : Cela va même tellement loin que sur le titre « Joy division », vous enchaînez un sarcasme un peu bouffon sur Lou Reed et Metallica avec l’évocation des camps de concentration et de Primo Levi. Le procédé fonctionne in extremis. Est-ce que c’est un passage que vous auriez pu supprimer ?

Pascal Bouaziz : Non, pas celui-là. Des raccourcis, il s’en forme tout le temps dans la tête. Un peu comme quand on apprend qu’il y a eu un tremblement de terre en Italie (NDLR : il y en aura un, ressenti jusqu’à Rome le lendemain de cette interview) et qu’on se dit « tiens je me ferais bien des pâtes ce midi ». Ce texte, ce n’est pas un mausolée sur l’holocauste, c’est vraiment un truc réel sur l’amour de la musique, comment ça irrigue tout le quotidien et les pensées. La référence à Lou Reed, c’est de la faute de Jean-Michel, c’est lui qui m’a obligée à l’inclure (sourire pincé).

Jean-Michel Pires : Moi, ce disque que Lou Reed a fait avec Metallica, ça m’a choqué. Cela me fait quand même bizarre de me dire que c’est le dernier disque qu’il a sorti de son vivant.

Pascal Bouaziz (avec une moue blasée, ironique) : Les grands disques sont toujours en avance.

Jean-Michel Pires : Metallica faut encore que je trouve la porte. Leur album « Master of puppets » par exemple, j’ai beau avoir essayé, j’ai du mal.

Pascal Bouaziz (sec, définitif) : Moi, ça ne me concerne pas.

Concertlive : Musicalement, en quoi le disque de Bruit Noir a été une rupture pour vous ?

Jean-Michel Pires : Tout le concept est nouveau. Personnellement, c’est la première fois que je m’occupe entièrement des musiques pour un disque. Je voulais juste de la batterie, des percussions et des cuivres. Pour l’élaborer, j’ai beaucoup écouté « Flowers of romance » de Pil où ils se livrent à une sorte d’épuration de l’instrument rock, font du rock sans guitares. J’aime les productions de la période 78-82, la façon dont se déploie la batterie sur la « Metal Box » de Pil, ce côté froid et métallique, le travail du producteur Martin Hannett. L’instrumental de « Joy Division » a d’ailleurs été conçu avant le texte de Pascal mais ce n’était pas une commande de sa part.

 

Concertlive : Est-ce que vous êtes conscient qu’en écrivant une chanson comme « La province », vous courrez le risque d’engendrer en réaction des titres tels que « La Parisienne » de Christophe Maé ?

Pascal Bouaziz : Si ça débouche sur des titres supérieurs, je trouve ça très bien. Bon, évidemment, une chanson de Christophe Maé n’est pas la meilleure chose qui peut arriver. Mais on n’est pas responsable des effets secondaires qu’on provoque. Sauf quand on travaille dans les médicaments. Moi j’aime quand ça réagit, je n’aime pas les choses confortables. Cette chanson, elle exagère d’un certain point de vue. Mais elle est aussi très vraie. Même ici, à Nantes, tout à l’heure on a marché pendant vingt-cinq minutes, il n’y avait rien, pas un tabac. Ceci dit, j’aimerais bien aussi écrire bientôt un texte sur Paris et l’art contemporain, la Nuit Blanche…

Concertlive : « La province », vous l’avez jouée aussi à Reims ou à Cannes ? Comment est-ce que les gens la reçoivent ?

Pascal Bouaziz : On la joue partout. Les gens l’adorent car ils savent très bien de quoi je parle. Il n’y a qu’à Paris qu’elle est sifflée car là-bas il y a beaucoup d’anciens provinciaux qui ont honte et n’assument pas.

Concertlive : Vous avez donné une douzaine de dates. Avez-vous élaboré le concept scénique longtemps avant ?

Jean-Michel Pires : Cela s’est rodé en cours de route. Il fallait trouver comment gérer ça de A à Z, avec ce compromis qui consistait à jouer avec les cuivres sur bande sans que ça dénature le rendu d’ensemble. Aujourd’hui, on assume cette contrainte, je ne pense pas que cela pourra être mieux.

 

Concertlive : « La manifestation », c’est une chanson où vous manifestez tous seuls pour le droit à ne pas travailler, à ne pas avoir d’idée ?

Pascal Bouaziz : C’est une manifestation à deux.

Concertlive : N’était-ce pas étrange de constater que le simulacre que vous mettiez en scène dans la vidéo de ce titre, une manifestation qui tourne en rond Place de la Bastille, s’est transposé dans la réalité le 23 juin 2016 lors d’une manifestation contre la loi Travail ?

Jean-Michel Pires : Nous n’avons que des chansons prémonitoires de toute façon. « Low Cost », on l’avait écrit avant le crash de la Germanwings dans les Alpes-de-Haute-Provence. « L’usine » est née juste avant le scandale de l’abattoir d’Alès.

Pascal Bouaziz : On se fait l’écho du monde dans lequel on vit, comme tous les artistes.

Vous êtes des sortes d’oracles. Suicide et Alan Vega, c’est une référence qui vous parle ?

Pascal Bouaziz : Leur musique est magnifique, Alan Vega était un très grand chanteur. C’était tellement surprenant de les voir tous les deux, lui et Martin Rev tellement déterminés à faire ce qu’ils font, tu as l’impression qu’ils sentaient qu’ils avaient raison contre le monde entier. Comme si Alan Vega savait que 40 ans plus tard, il ferait la tournée des plus grands festivals du monde, que tout le monde serait à ses pieds à le flatter. De plus, ils ont fait des disques superbes et très émouvants. Ce sont aussi pour cela des modèles.

 

Concertlive : Le dernier titre, « Adieu », est tellement difficile qu’on se dit après en avoir entendu la dernière seconde qu’on ne réécoutera plus jamais le disque. Pourquoi l’avoir placé à la fin ?

Pascal Bouaziz : Pour que les gens aillent jusqu’au bout. C’est un titre qui a été personnellement difficile à écrire et je suis hyper heureux d’y être arrivé. C’est un coming-out.

 

Concertlive : Dans « Requiem », vous vous projetez dans un Pascal Bouaziz qui change de prénom pour Max et qui vit en Nouvelle-Calédonie. Cela renvoie au titre suivant « Joe Dassin », qui est lui-même mort dans les Dom-Tom, à Papeete. Pourquoi cette référence à Joe Dassin, bien loin de l’univers de Bruit Noir ?

Pascal Bouaziz : Joe Dassin a écrit des chansons vraiment très très belles comme « Salut les amoureux » avec des paroles comme « On était pas faits pour vivre ensemble ». Mais « Requiem », c’est un titre qui fait référence à tous les autres chanteurs, à Hervé Cristiani aussi, il s’intègre dans une sorte d’usine à fantasmes, tout est concassé pour faire une sorte de délire sur le fait que j’écris moi-même mon propre épitaphe.

Concertlive : Qui est Sylvain Champion que vous remerciez pour l’ensemble de son œuvre dans les notes de pochette ?

Pascal Bouaziz : Quelqu’un qui m’a offert du calva. Notre ingénieur du son. On travaille avec lui depuis le début. Quelquefois, c’est important de remercier.

Dans quelle direction s’oriente le processus de production pour le prochain album ? Est-ce que ce sera plus minimal ? Cela paraît difficile.

Jean-Michel Pires : C’est en cours de réflexion. Il n’y aura pas de cuivres, ça c’est sûr. On conservera le même principe d’instrumentaux réalisés en amont puis envoyés à Pascal avant l’écriture des textes.

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Steven Wilson : « Si on veut que la musique continue à avancer, on doit oublier cette notion bien caractéristique de « genres » » 0 330

 

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Concertlive : Est-ce que c’est la première fois que vous allez jouer, demain soir vendredi 22 juin 2018, au Hellfest ? Quels sont vos sentiments à l’égard de ce festival ? 

Steven Wilson : J’y ai déjà joué il y a plusieurs années, avec un de mes groupes précédents, Porcupine Tree. Je crois que nous y avons joué en 2008, il y a dix ans mais j’ai l’impression que le festival a beaucoup évolué depuis, sa programmation s’est beaucoup diversifiée. Et c’est devenu un bien plus important festival en termes de taille.

En fait je crois que j’ai une légère inquiétude parce que je ne suis pas du tout ce que vous appelleriez un artiste « metal ». Alors j’ai un peu de mal à me projeter dans ce  que cela va représenter ma musique à un festival metal. Mais en même temps je sais que les fans de metal sont des gens très ouverts d’esprit. Alors oui je suis assez impatient de donner ce concert, sans être totalement serein sur comment ça va se passer.

 

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Concertlive : Que verra-t-on sur scène ? Combien de musiciens ? Quels types de scénographies ?

Steven Wilson : J’ai un groupe de cinq musiciens. Ils sont très doués. J’ai prévu aussi beaucoup d’effets visuels. Concernant mon dernier et cinquième album « To the bone« , j’ai créé des images spécifiques avec l’aide de grands réalisateurs. Il y aura une ambiance très cinématique, avec également un son en quadriphonie. Des enceintes en face du public mais aussi derrière. Pour que ce concert s’impose comme une expérience particulièrement immersive.

Concertlive : Revendiquez vous d’avoir pris un relatif virage artistique, évoluant d’un rock progressif vers quelque chose de plus pop et mainstream, en particulier sur votre titre « Permanenting« , qu’on peut comparer à « Get Lucky » des Daft Punk ou au groupe français Phoenix ?

Steven Wilson : C’est vrai d’une certaine manière mais c’est aussi un peu plus compliqué que cela. J’ai envie de dire qu’il y a toujours eu une forte sensibilité pop dans ma musique. Et même, dans « To the bone » il y a toujours aussi des structures plus complexes que vous aurez envie de labelliser « musique rock conceptuelle ». Alors je pense que c’est une vision assez simplifiée de l’évolution de ma musique. Mais en même temps, j’accepte tout à fait ce que vous décrivez.

 

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Concertlive : Du coup, était-ce difficile de transposer cet aspect plus direct de votre travail récent sur scène ?

Steven Wilson : Je pense en fait que ce n’est jamais facile de s’emparer d’une musique qui a été créée pour le studio et de lui faire passer la rampe d’un environnement « live », de trouver le moyen de la faire exister dans un contexte de concert.

Mais j’ai la grande chance d’avoir un groupe fantastique. C’est un point primordial. De plus je crois qu’un des aspects qui se révèle fructueux par rapport à ça, c’est le fait que le dernier album est très orienté sur les chansons. Les titres sont plus directs, la musique est un petit peu plus accessible. Et les visuels jouent aussi un rôle. Mais je pense que quand je fais entrer ces chansons au contact des ambiances de mon répertoire plus ancien, de ce fond plus axé « musique rock conceptuelle » comme je disais, en fait cela créé vraiment des belles turbulences, très troublantes, au sein du spectacle. Quelque chose qui n’existait pas forcément auparavant. Désormais il y a quelque chose qui s’apparente à quelque chose de « réarrangé » dans mes concerts et ça les rend meilleurs, plus intéressants.

Concertlive : Est-ce que c’est difficile pour un musicien comme vous d’apprendre à « jouer moins » pour avoir sur son public un effet pop, direct plus prononcé ? Ou alors « qui peut le plus peut le moins » comme on est souvent tenté de dire ?

Steven Wilson : (Il rit) Ce n’est pas difficile pour moi parce que j’ai toujours été très fan de ce qui est simple et direct en termes d’approche. Alors bien sûr, j’aime une certaine forme de virtuosité musicale. Mais il faut aussi avoir en tête le fait que la première musique que j’ai entendue quand j’étais un gamin, c’était ce qu’écoutait souvent mon père, l’album « Dark Side of The Moon » de Pink Floyd. J’étais alors très jeune. Or Pink Floyd est un groupe pour qui la simplicité représente tout.

David Gilmour en particulier s’est imposé comme un guitariste capable de ne jouer parfois que une ou deux notes, tout en étant capable de transmettre un pouvoir émotionnel incroyable à cette démarche. En fait, je crois qu’en ce qui me concerne, j’ai toujours énormément apprécié la simplicité des approches et la simplicité en musique. Je pense en revanche que c’est une idée pour certains de mes musiciens qui serait un petit peu plus difficile à accepter.

Parce que certains d’entre eux ont été amenés à croire qu’ils doivent faire l’exhibition de leurs capacités techniques à chaque occasion qui se présente. Alors c’est vrai que c’est parfois difficile de convaincre ce type de musiciens virtuoses que la simplicité peut être aussi puissante et parfois même plus puissante que la complexité technique.

Concertlive : Vous venez d’évoquer Pink Floyd qui s’est aussi singularisé parfois par la mise en scène de thématiques politiques, vous considérez-vous vous même comme un artiste engagé ?

Steven Wilson : C’est une question difficile, à laquelle il est un peu compliqué de répondre. Ce que je veux dire c’est que d’une certaine façon je suis engagé parce que j’ai l’ambition de parler vraiment du monde dans lequel nous vivons. Et concerné par les problèmes qui se posent autour de nous. Mais d’un autre côté, je n’écris pas depuis une perspective politique plus large. Ce que j’essaie de faire, et je crois que c’est là où je réussis le mieux, c’est d’écrire l’histoire d’individus qui se retrouvent dans tel type de situation. Par exemple, sur le nouvel album, il y a une chanson qui évoque la crise des réfugiés, « Refuge« . Mais je n’écris pas directement d’une façon politique.

 

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Ce que je fais c’est que je créé un personnage, une individualité, qui se trouve dans un camp de réfugiés. Et j’écris à partir de cela une histoire très personnelle, une histoire très émotionnelle, avec une perspective très individuelle, unique. Je crois que cela fait de moi d’avantage un conteur (NDLR : « Storyteller » dans le texte) qu’un politicien. J’ai trouvé cette façon de parler des problèmes du monde dans lequel nous vivons.

Concertlive : Que pensez du fait qu’aux Etats-Unis des bébés et des tous-petits d’origine immigrée aient été envoyés dans des « abris pour le jeune âge » ? Est-ce que la réalité n’est pas parfois plus apocalyptique que les représentations artistiques les plus extrêmes ?

Steven Wilson : Oui c’est vrai qu’on en arrive presqu’au point aujourd’hui où les artistes, les cinéastes les musiciens, les gens comme moi qui créons des situations extraordinaires, des récits de fiction sont un peu dépassés par les aspects les plus bizarres et irréels du monde, qui le deviennent de fait bien plus que ce que nous pourrions imaginer. Mais je vis pourtant dans cette époque, c’est notre cas à tous. Cela devient presque hallucinant, ce qu’on voit dans les journaux télévisés. Malheureusement, je crois aussi que cette situation a aussi été beaucoup encouragée et développée par le web et l’avènement des « fake news », de la désinformation ou de la mauvaise information qui semble voyager à travers le globe chaque jour.

Il y a aussi le fait que des gens comme Donald Trump utilisent Twitter pour répandre leurs pensées et leurs idées. Je suis un peu préoccupé par la façon dont Internet, le monde numérique, ont changé l’espèce humaine et la façon dont s’est engagé là dessus le mouvement au niveau planétaire. Dans un laps de temps incroyablement court. La race humaine a plus évolué, je pense, au cours des 20 dernières années qu’elle ne l’a fait pendant les 100 années précédentes. C’est très préoccupant. Surtout en ce qui concerne la façon dont ça affecte les plus jeunes générations. Et je ne pense pas qu’on réalise vraiment exactement comment cela affecte les jeunes générations.

Concertlive : Vous m’avez dit que vous étiez un peu anxieux parce que pas du tout dans la musique metal et que vous alliez vous produire au Hellfest mais le genre semble beaucoup évoluer ces derniers temps, si on compare la période actuelle au sommet de la vague « heavy metal ». Il y a des groupes « rap metal« , ce qui n’est pas nouveau mais aussi des formations comme Carpenter Brut pas très loin du « metal electro techno » et vous qui n’êtes pas metal mais évoluez en lisière de l’univers hard-progressif avec une touche pop, pensez vous qu’on entre dans une sorte de nouvel âge d’or pour tout ce qui est « fusion » ?

Steven Wilson : Je pense qu’une des choses qui est vraiment importante aujourd’hui, si on veut que la musique continue à avancer, c’est qu’on doit presque quelque part oublier cette notion bien caractéristique de « genres ». Il n’y a plus vraiment besoin de groupes de metal génériques. Pas plus qu’il n’y a besoin de groupes hip-hop classiques, pas d’avantage besoin de groupes ancrés dans la country traditionnelle. Il y a déjà trop de musique générique dans le monde. Alors je pense que le futur réside vraiment dans les gens qui assemblent simplement des éléments musicaux et ne pensent pas à être des artistes « génériques ».

Je pense que ce type de fusions qui se développent spontanément dans différents pays et assemblent des éléments très différents sans même penser si ils devraient ou ne devraient pas le faire sont par contre une des conséquences positives d’Internet. Et vous pourriez bien avoir raison quand vous dites qu’on entre dans un âge d’or à cet égard. L’une des choses vraiment passionnantes avec Internet, c’est que ça rend la musique universelle. Que ça la rend massivement disponible. Les gosses ont accès à un catalogue incroyable de musiques du passé et du présent. Et ils peuvent être inspirés par cet ensemble de choses. Les assembler d’une façon vraiment intéressante, fraîche, de manière unique.

 

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Mais je pense que la chose la plus importante, dont on doit se rappeler toujours, en matière de musique, c’est la personnalité. La force de la personnalité. On peut assembler toutes les musiques qu’on aime entre elles mais l’ingrédient fondamental, c’est la personnalité. Et la qualité de l’investissement émotionnel que vous y mettez pour la rendre unique. Or je pense que c’est quelque chose qui fait défaut depuis longtemps. On n’a plus de personnalités fortes, en particulier dans le domaine de la musique rock.

Si on revient aux années 70 et même aux années 80, il y avait toutes ces personnalités incroyablement fortes qui faisaient de la musique rock and roll. Et je pense qu’elles manquent et ont manqué toutes ces personnalités ultra fortes, en particulier au cours des dernières années. Mais j’aime aussi imaginer qu’elles sont dans leur chambre à coucher actuellement et travaillent déjà pour incarner la relève, la prochaine génération qui fera de la super musique rock and roll.

 

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Concertlive : Peter Gabriel semble être une sorte de modèle artistique pour vous, on peut l’entendre sur des titres comme « Refuge » ou « Song of I », est il aussi un « guide » pour la façon de mener ses affaires en tant qu’artiste et d’être indépendant ?

Steven Wilson : Oui certainement. Il entre exactement dans le cas de figure des artistes dont je parlais à l’instant. Il n’a jamais trop semblé intéressé par le fait de s’aligner sur ce qui définit un genre précis, préférant créer son propre univers musical. On peut aussi citer Kate Bush ou David Bowie ainsi que Prince, Frank Zappa. Tous ces individus merveilleux dans l’histoire de la pop music. Ils ont créé leur propres mondes musicaux. Si quelqu’un vous demande quel est le type de musique de Peter Gabriel et bien vous savez quoi ? C’est très difficile de répondre. C’est juste une musique qui est le fruit des composants qu’a assemblés Peter Gabriel, tout comme Kate Bush ou David Bowie. Ils font du « Peter Gabriel« , du « Kate Bush« , du « David Bowie« .

Les gens qui créent leurs propres univers musicaux ont toujours été pour moi une inspiration. Et j’aime créer à ma façon mes propres univers musicaux. De manière à ce que les gens puissent écouter n’importe quel titre de mon album et se dire, toujours, que j’ai créé mon propre son « à la Steven Wilson ». L’univers musical de Steven Wilson. Oui tous les gens que je vous ai cités sont de grandes influences pour moi, non pas parce que je veux copier leur musique mais parce que j’aime la façon dont ils ont créé leur propre façon d’être. Y compris, vous l’évoquiez pour Peter Gabriel, la façon de structurer la vente de leur musique. Et ça c’est quelque chose de tout à fait important pour moi.

Concertlive : J’ai lu quelque part que vous aviez beaucoup écouté Prince récemment honnêtement pensez-vous qu’on peut l’entendre sur un titre comme « Permanenting » ? 

Steven Wilson : Je ne sais pas. Un des aspects qui caractérise le fait que je fais des disques depuis si longtemps maintenant, cela fait plus de 25 ans en fait, c’est que j’ai du mal à distinguer les choses qui influencent ma musique. Car à chaque fois que je fais un nouveau disque, je suis juste étonné que cela sonne simplement comme moi. Et je pense que c’est une bonne chose. Mais j’arrive aussi à voir comment certaines choses m’influencent en cours de route. J’ai écrit une nouvelle chanson, que je n’ai pas encore enregistrée et qui, pour moi, est probablement influencée par Prince. Si je vous la fait écouter, cela ne vous paraîtra probablement pas flagrant et vous trouverez surtout qu’elle ressemble à du Steven Wilson. C’est comme se regarder dans le miroir, on ne se voit jamais comme les autres personnes vous voient de leur côté. Mais Prince a incontestablement été une influence majeure pour moi.

 

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Tournée française :
 
  • 22/06/2018 – Clisson / Hellfest – COMPLET
  • 01/07/2018 – Tilloloy / Festival Retro C Trop
  • 07/07/2018 – Paris – Olympia

 

 

Dinos : « Le rap représente un mode de vie ainsi que tout un contexte social » 0 277

 

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Concertlive : Tu as abandonné ton pseudonyme Dinos Punchlinovic pour Dinos ? Est-ce ta culture des mots, toi qui sais ce qu’est un aphorisme, qui t’as amené à délaisser cet anglicisme ?

Dinos : Punchlinovic, je trouvais ça gamin, ça représentait une époque où je commençais à rapper, c’était le début de la post-adolescence, je voulais que cette époque là soit terminée. C’est pour cela qu’on a enlevé le « Punchlinovic » c’est une ancienne époque, cela ne me plaisait plus. Même le concept de la punchline je trouve que c’est révolu, tout le monde parle de punchline par ci par là, personne n’en fait vraiment au final. C’est pour cela que je l’ai enlevé. Et puis, c’était trop dur à prononcer aussi.

 

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Concertlive : Est-ce que tu te vis comme un artiste de scène ou un artiste de studio, qui peaufine les choses, comme on a pu le voir avec les trois ans que tu as consacrés à ton album ?

Dinos : Je dirais que je suis les deux. Je vais prendre plaisir ce soir à jouer, j’espère que tu seras là, que tu resteras pour voir. Mais en studio aussi je prends plaisir à enregistrer. Tu sais, quand tu as une passion, il y a en général plusieurs dimensions. Certains joueurs de football vont apprécier l’entraînement mais aussi les matchs. Lors de l’entraînement, tu peux essayer des trucs, tester des gestes techniques tandis qu’en match tu peux observer si ces mêmes procédés fonctionnent. Et bien c’est pareil en studio, tu testes des chansons et tu regardes ce qui fonctionne en live. C’est aussi simple que cela.

 

Concertlive : En parlant de références au football, dans quelle mesure te parle la Coupe du Monde, qui bat son plein actuellement ?

Dinos : Cela parle à tout le monde je pense, même ceux qui ne regardent pas le football doivent regarder de loin. De plus, moi j’ai fait du football pendant assez longtemps lorsque j’étais petit. Donc j’observe cela de près, de loin, en arrivant à Nantes, je suivais le match à la radio, hier j’ai regardé aussi. En fait je te dis que je peux suivre ça de loin mais même les matchs pas intéressants, je les ai regardés (petit rire).

 

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Concertlive : N’est-ce pourtant pas un peu dommage que les jeunes « issus de quartiers » n’aient souvent que cet horizon-là, le football ou le rap ? Quelle est ta position sur le sujet, toi qui étais plutôt bon à l’école, comme j’ai pu le voir dans plusieurs interviews ?

Dinos : Il y a un morceau de Booba sur l’album « Temps Mort », « Indépendants », qui dit : « Pour eux, si t’es black, d’une cité ou d’une baraque, t’iras pas loin, c’est vends du crack ou tir à 3-points ». On veut nous faire croire qu’on est conditionnés pour ça mais aujourd’hui, en réalité, si tu regardes les quartiers, tu te rends compte qu’il y a plein de gens qui font de longues études, il y a des gens qui ont des trajectoires très différentes. Certains virent mal d’autres non mais nous ne sommes pas uniquement axés sur le rap et le football, ce n’est pas vrai, c’est un mensonge. Cela n’existe pas. Moi je pense que cela fait partie des fantasmes que les gens ont sur les quartiers.

Certes, il y a là bas beaucoup de rappeurs et beaucoup de gens qui veulent être footballeurs mais c’est l’environnement dans lequel on grandit et c’est ce qu’on voit à la télévision, donc on se dit : « les footballeurs ou les rappeurs, wow, c’est trop bien ». Je vais te dire une bêtise mais quelqu’un qui vit à Nantes par exemple, dans un environnement un peu plus huppé, si ça se trouve il va vouloir être littéraire, être tennisman. C’est une question d’environnement. Nous sommes juste les produits de notre environnement. Le rap représente un mode de vie ainsi que tout un contexte social. C’est le nôtre.

 

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Il est donc normal qu’on écoute ça dès la naissance. Et tout aussi normal qu’on soit amenés à vouloir essayer d’être rappeur, à réussir ou ne pas réussir mais en tout cas à tenter de le faire. On grandit dans ça, on naît dans ça aujourd’hui. Les petits qui grandissent, ils poussent avec ça aujourd’hui, c’est la musique du peuple. Il est facile de dire que les jeunes de quartier veulent à tout prix être rappeurs mais même aujourd’hui, les caucasiens, appelle ça comme tu veux, qui grandissent en province qui deviennent rappeurs sont parfois même plus forts que les mecs de quartiers. Le rap, c’est juste l’expression d’un mode de vie. Et c’est notre mode de vie à nous, c’est aussi simple que cela.

 

Concertlive : Qu’en est-il de toi en particulier, qui manie les références littéraires, qui convoque, dans un très bon titre d’ailleurs, Rimbaud ?

Dinos : Pas Rimbaud, Baudelaire.

 

Concertlive : Exact ! Au temps pour moi (rire). Baudelaire, oui, dans « Les pleurs du mal ».

Dinos : Rimbaud c’est dans le prochain album. Si tout se passe comme prévu. Je vais parler de Rimbaud et de Verlaine. Car personne ne savait que les deux sortaient ensemble (rire).

 

Concertlive : J’ai lu que tu as lu « l’Alchimiste » de Paulo Coelho à l’âge de 14 ans, quel est ton dernier choc littéraire ?

Dinos : Malheureusement, je ne l’ai pas fini, je l’ai oublié à Marseille : « Sapiens, une brève histoire de l’humanité » de Yuval Noah Harari. Mais ce n’est pas un ouvrage à portée littéraire, c’est plus de la sociologie, de l’anthropologie.

 

Concertlive : Tu aimes donc aussi les essais ?

Dinos : Oui. Cela peut être du lourd, un essai, quand l’auteur parvient à rendre ça intéressant, oui. J’ai lu un livre il y a peu de temps, dont je ne me souviens plus du nom de l’auteur, « Le jeu de la vie ». Là, je viens de commencer « Les quatre accords toltèques » de Miguel Ruiz, il m’attend dans ma chambre d’hôtel. Mais mon mode de vie actuel, toujours sur les routes, à donner des concerts, en tournée, ne me permet pas de lire comme j’aimerais le faire. En fait, je ne me considère pas comme un fan de lecture ou un littéraire, j’aime bien juste lire, cela me plaît mais je n’ai pas de prétention par rapport à ça.

 

Concertlive : Que penses-tu des rappeurs qui écrivent des livres comme la Rumeur, Joey Starr, Abd Al Malik, Gaël Faye, dans des registres très différents, il est vrai ? Est-ce que ça te tente pour l’avenir ?

Dinos : J’ai des idées oui. Je commence à savoir ce que je pourrais écrire. Mais je préfère garder ça pour plus tard. J’ai deux trois bonnes idées oui qui pourraient faire un livre. Je me dis que je me lancerais peut être si j’arrête le rap un jour. Dans cinq ans, quatre ans. J’essaierais d’écrire quelque chose.

 

Concertlive : Tu as d’ailleurs parlé de cette possibilité d’arrêter le rap dans l’intervention que tu as pu faire à « Rentre dans le Cercle ».

 

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Dinos : « Si le rap ça marche pas j’arrête je fais un bac + 5 » ?

 

Concertlive : Exactement. Pourquoi as-tu dit cela ? Parce que cela ne se passe pas comme tu le rêvais ?

Dinos : C’est de l’ego-trip. C’est une façon de me comparer aux autres rappeurs, de dire : « Moi si le rap ça ne marche pas je retourne faire des études puisque je suis fort à l’école ». Après c’est pas dit que j’ai envie de retourner à l’école. C’est juste de l’ego-trip.

 

Concertlive : Est-ce que cette émission « Rentre dans le Cercle » à laquelle tu as participé n’a pas un peu remplacé les rap contenders qui t’avaient lancé ? Est-ce que ça n’en est pas une version modernisée, actualisée ?

Dinos : On peut voir ça comme ça. On le peut, ceci dit « Rentre dans le Cercle » est surtout un bon moyen d’expression, un bon moyen pour obtenir de la visibilité mais ce n’est pas « Le Cercle » qui me lance ou quoi que ce soit. L’avantage des rap contenders c’est qu’ils ont permis aux gens de me connaître. Maintenant la comparaison que tu fais je trouve qu’elle est intéressante dans le sens où « Le Cercle », c’est le programme urbain qui rassemble des gens et qui fait découvrir de nouveaux talents, dans ce cas là je suis d’accord avec toi. Même si ça n’a rien à voir en termes d’idée et de concept initial.

 

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Concertlive : Entre ce moment des rap contenders et celui du « Cercle », il y a pas mal de temps qui a passé, le rap a beaucoup évolué, aujourd’hui on est presque quasi systématiquement dans une mouvance drill, trap qui inonde les ondes…

Dinos : La drill c’est un peu obsolète, non ?

 

Concertlive : Ce que je veux dire c’est que ces sonorités caractéristiques ont modelé le rap français d’aujourd’hui.

Dinos : La trap ça ne peut pas mourir. Tant qu’il y aura des bandos (NDLR : maison abandonnée) à Atlanta elle sera là. La trap c’est aussi l’expression d’un mode de vie donc tant qu’il y aura des mecs en tee-shirt blanc sur les coins de rue à Atlanta, tant qu’il y a aura des bandos, tant qu’ils seront pauvres à faire des soirées dans des maisons abandonnées, la trap sera forte. C’est un mode de vie la trap. Ce n’est pas juste une musique. Les gens ont tendance à l’oublier. Aujourd’hui il n’y a plus beaucoup de taggeurs parce qu’au fond, réellement, le hip-hop est quasiment mort. Le hip-hop englobait beaucoup de choses, la danse, les tags. Aujourd’hui l’esprit hip-hop n’existe quasiment plus. Les jeunes tu peux leur parler des pionniers, des vieilles références, ils ne connaissent pas. Il faut savoir que ces musiques là sont avant tout des modes de vie. D’ailleurs c’est valable pour d’autres choses : la variété française, la valse, ça meurt parce que les gens ne le vivent plus, ne dansent plus comme avant. On va valser avec qui ? La salsa existe toujours en Amérique latine parce qu’il y a toujours ce mode de vie qui va avec de faire la fête, de manger, de boire, d’aller dans des clubs, de fumer des cigares etc. C’est une culture.

 

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Et la trap, ça ne va pas mourir maintenant. La drill, encore, s’est faîte phagocyter par la trap car on parle moins de Chicago qu’avant. Et au final la drill existe encore un peu mais au final la trap est le style qui est parvenu à le plus s’exporter. Ce mode de vie d’Atlanta irradie énormément et il y a plein de rappeurs très fort à Atlanta : Migos, Childish Gambino, Young Thug, Gucci Mane. Il y a énormément de rappeurs en Georgie.

 

Concertlive : Justement cela a beaucoup modelé ce qui se fait en France aujourd’hui n’es tu pas en ce qui te concerne un peu à contre-courant, dans une forme somme toute assez classique, souvent « boom bap« , avec des beats assez carrés, des mélodies, des boucles de piano ?

Dinos : Tu sais je n’ai jamais fait de musique qui colle à la mode du moment.

 

Concertlive : Et tu rappes de façon assez orthodoxe, très technique mais dans des canons assez classiques…

Dinos : Classique oh je suis pas forcément d’accord des fois je tente aussi des choses différentes sur « Flashé« , « Havana & Malibu« , « Notifications« , « Sophistiqué » etc…Moi mon but c’est de trouver le juste milieu entre toutes les tendances actuelles, de réussir à être le fruit de mon époque sans toutefois suivre la tendance. C’est aussi simple que ça. Je suis un jeune de mon époque, je m’habille comme tel, j’aime bien la mode et bien musicalement c’est pareil sauf que même dans ma manière de m’habiller je ne vais pas faire exactement comme les autres. Je vais prendre des choses de mon époque et les faire à ma manière.

 

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Concertlive : Pourquoi as-tu mis autant de temps à sortir ton premier album, est-ce que c’est parce que tu l’as peaufiné au niveau des textes ou d’autres choses t’ont ralenti ?

Dinos : Il y a un peu de tout. Un peu de haine, un peu de joie (il s’amuse, rit de la référence à son titre « Spleen« ). Mais le point d’orgue, c’est la musicalité, je n’étais pas satisfait de mon album. Ni musicalement ni au niveau des textes. J’ai donc mis du temps. Au final, j’ai sorti un album dont je suis extrêmement fier.

 

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Concertlive : Les textes sont très sophistiqués, très écrits, passes-tu beaucoup de temps sur chaque texte ?

Dinos : Cela dépend. Il y a des titres compliqués que j’écris facilement. Des titres simples que je mets beaucoup de temps à finaliser. Cela dépend de toi et de ton inspiration. Hier j’ai fait trois titres. Mais si ça se trouve, dans une semaine, cela va représenter de grandes difficultés pour moi d’écrire un simple couplet.

 

Concertlive : Quel est le morceau qui a été le plus compliqué à écrire ?

Dinos : Il n’y en a pas dans cet album. J’avais de l’inspiration.

 

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Concertlive : Est-ce qu’il n’y a pas chez toi cette tentation de provoquer de façon un peu abrupte qui peut survenir dans un texte très littéraire, très ciselé, je pense au refrain de « Les Pleurs du Mal » qui fait pourtant référence à un poète ?

Dinos : Je fais juste ce que je pense, je n’ai pas d’arrière pensée, c’est toi qui interprète à ta manière. Moi je te donne juste ce que j’ai sur le coeur et tu fais ce que tu veux avec les informations qu’il y a dans ma musique. Après on parle de Baudelaire mais ce n’était pas non plus le poète avec les textes les plus policés.

 

Concertlive : C’est vrai.

Dinos : Et si on doit parler de figure de style, je ne pense pas que ce que j’ai fait sur ce texte soit réellement oxymorique au fond.

 

Concertlive : Et que signifie ta référence à « La Haine »/Vincent Kassel lors de ton improvisation du « Cercle » ?

Dinos : C’est de l’ego-trip encore une fois, une façon de me comparer à mes contemporains sur un mode sarcastique. Pour moi il y a tout un ensemble de rimes éculées qui devraient être interdites. Des rimes que même moi j’ai pu faire. Bon j’ai pu aussi pondre des rimes pas terribles. Mais « Terminer-déterminé », « Benzema/Eczéma » et faire rimer la Haine avec Vincent Kassel, bof (rire). C’est comme de dire « j’ai un bleu » et de faire une rime avec Zahia comme cela pouvait se faire à l’époque. Schtroumpf, bleu, Zahia, tout ça, ceci cela, ce sont des rimes qu’on entend tout le temps.

 

Concertlive : Sauf que « La Haine » et Vincent Kassel ça ne rime pas, non ?

Dinos : « J’ai la Haine comme Vincent Kassel« , c’est aussi simple que ça. En plus tu as une assonance en « é », La Haine, Vincent Kassel, c’est même possible comme ça, tu peux la faire la rime tirée par les cheveux (rires).

 

Concerts à venir

Médine : « Pour les quartiers comprendre l’importance de descendre dans les rues et de manifester va prendre une génération » 0 477

 

Concertlive : La dernière fois que vous êtes venu jouer à Nantes, à l’époque du « Démineur Tour » en septembre 2015 je crois, cela s’est déroulé à l’arrière d’un camion, est-ce que vous l’aviez fait un peu contraint et forcé, dans une période polémique ?

Médine : Non, pas du tout. C’était vraiment conçu dans un état d’esprit d’innovation, je voulais présenter différemment ma musique et mon projet en général. J’avais déjà bien bourlingué dans pas mal de salles de concert depuis 2007. Et je voulais un peu me diversifier en amenant une autre forme de spectacle vivant directement dans la quartier des gens, dans la rue parfois.

 

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Concertlive : Est-ce que l’idée était aussi de revenir à une forme plus brute, plus clandestine, plus sauvage et bricolée, dans l’esprit des débuts du hip-hop ?

Médine : Oui. Ramener le rap là où il est né, à savoir dans les milieux populaires, dans la rue, là où il a fait ses premières armes. Avant d’être parmi les musiques les plus écoutées aujourd’hui, avec les artistes parmi les plus vendeurs, les plus compétitifs du marché, le rap a vu son existence forgée dans les plus petites ruelles de nos villes.

Et donc cette tournée en camion, c’était un peu un clin d’oeil à cela, en pleine polémique sur la liberté d’expression. Ce n’était pas une manière de répondre directement au contexte politique du moment, celui de 2015 mais c’est vrai que ça lui faisait écho.

 

Concertlive : Votre nouvel album va vous amener à jouer à deux reprises au Bataclan, les 19 et 20 octobre 2018, le samedi 20 octobre étant déjà complet. Est-ce que c’est un symbole fort, au regard du très beau titre qui porte le nom de la salle ?

Médine : Oui c’est un symbole pour moi de me produire au Bataclan, de pouvoir y jouer aussi ce titre en particulier. Je n’y évoque d’ailleurs à aucun moment les événements de 2015. Ma volonté, c’était de me réapproprier l’histoire du Bataclan. Du moins d’évoquer le Bataclan autrement que de la façon dont on en a parlé récemment, à savoir à la lumière de faits particulièrement dramatiques.

En l’occurrence, me concernant, cette chanson parle simplement d’un rapport à la scène, d’un amour pour le spectacle vivant, pour un temple hédoniste, celui de la musique, de la chanson française et peut être même du rap en particulier parce que c’est aussi une salle mythique pour les rappeurs et je voulais donc lui rendre hommage à ma façon.

 

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Concertlive : Ce qui est assez étonnant dans ce titre, c’est qu’on sent comme une pudeur et un retrait de votre part, vous évoquez assez peu directement Le Bataclan. Vous parlez même plus à la limite d’une salle concurrente, l’Elysée-Montmartre, une salle qui a accueilli longtemps des combats de boxe, votre famille étant très liée à ce sport. Est-ce que c’est parce que vous étiez en terrain plus connu, le Bataclan étant quelque chose de l’ordre du mythique pour vous ?

Médine : On a idéalisé le Bataclan quand nous étions jeunes. On en faisait des refrains, des titres dans lesquels nous affirmions haut et fort que notre but c’était de faire Le Bataclan. Étrangement le destin nous a amenés à plus fréquenter la salle de l’Elysée-Montmartre où de nombreux concerts de rap se sont déroulés. D’ailleurs, je me suis déjà produit à l’Élysée Montmartre, j’ai failli y jouer une seconde fois, c’était juste avant que la salle ne parte en fumée, lors du fameux incendie qui l’a embrasée.

J’ai toujours un pincement au cœur lorsqu’il arrive quelque chose à une salle culturelle, à un temple de la musique. Là en l’occurrence, les deux histoires se faisaient écho pour moi. Même si leurs histoires ne sont pas les mêmes, au final, le résultat ça a été qu’une salle de concert a été dénigrée ou emportée par un fait d’actualité.

 

Concertlive : Parlons de votre dernier album « Storyteller », c’est un disque qui tient d’un bloc, y avez vous mis beaucoup de vécu personnel et moins d’apostrophes dénonciatrices inspirées par l’actualité ?

Médine : Oui c’est vrai qu’il s’agit là plus des petites lignes de mon histoire que des grandes lignes de l’histoire, celle avec un grand h, pour le coup. Parce que je pense que les anecdotes peuvent parfois faire résonner un contexte. On peut parler par son histoire. La mienne, cela a été les années 90 dans une ville de région, au Havre.

Mettre en relief un contexte d’époque, c’est observer ce qui a évolué ou ce qui n’a pas évolué depuis cette période là, ce qui s’est envenimé, ce qui parfois s’est amélioré. Ou pas. C’est intéressant de regarder à la lumière du temps une anecdote, une histoire personnelle et d’en tirer des conclusions qui peuvent servir l’histoire avec un grand h.

 

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Concertlive : Cette histoire avec un grand h, c’est celle aussi qu’on retrouve dans le cycle « Enfant du destin », qui se met au service d’une prise de recul géopolitique. D’ailleurs le titre de votre album, « Storyteller » ne pourrait-il pas résumer à lui seul cette série de compositions à la narration très construite et sophistiquée ?

Médine : « Enfant du destin », c’est la pierre angulaire de tous mes albums dans la volonté d’utiliser l’histoire pour mieux comprendre l’actualité. Sur ce dernier album, je m’intéresse avec le titre « Ataï » à la Nouvelle-Calédonie, territoire qui va être sollicité encore une fois à travers le référendum qui va avoir lieu cette année. Au delà de tout cela, au delà du point précis de la chronologie néo-calédonienne, il y a une question intéressante pour tous les français, celle de notre rapport à l’histoire. Comment arrive-t-on à se construire avec un passé douloureux, comment arrive-t-on à le dépasser, comment parvient-on à s’ancrer et à s’enraciner dans un pays qui porte cette histoire là ?

Je trouve que c’est intéressant à poser, à travers justement des histoires, des faits qui se sont déroulés il y a parfois des centaines d’années, parfois il y a quelques dizaines d’années, cela dépend du contexte de chaque morceau de ce cycle « Enfant du destin ». Mais il y a toujours une question qui résonne avec l’actualité : quel est notre rapport à l’enracinement dans un pays qui porte une histoire lourde et douloureuse ?

 

Concertlive : Entendra-t-on un jour un titre « Enfant du destin » dédié à la guerre d’Algérie ou à la décennie noire ou bien est-ce que ce serait trop convenu à votre goût ?

Médine : Certainement. Je choisis les titres « Enfant du destin » afin que ça puisse avoir un écho avec l’actualité. J’ai déjà traité le sujet de la guerre d’Algérie sous différentes formes. Au sein de deux titres. L’un s’appelait « 17 octobre », qui est d’ailleurs dans les manuels scolaires aujourd’hui ou tout du moins dans un manuel scolaire, celui de Nathan. Les terminales et les premières peuvent étudier justement ce passage de l’histoire avec mon titre.

Et puis il y a une autre de mes compositions intitulée « Alger Pleure », qui essaie de raconter ce que c’est qu’être franco-algérien aujourd’hui. C’est une sorte de triptyque avec la vision d’un franco-algérien du point de vue français et la vision du franco-algérien du point de vue algérien, aujourd’hui. Je trouve intéressant aussi de développer les mêmes phénomènes, de travailler sur les mêmes enseignements mais pas forcément sous la forme d’un storytelling.

 

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Concertlive : Sur cet album, on a le sentiment que vous maîtrisez tellement bien aujourd’hui la scansion sur des instrus typés « drill » ou « trap » que vous pouvez tenter une épure pop. Et rebondir comme sur les titres « Bromance » ou « Normal Zup » avec des onomatopées balancées entre les temps. Pas très loin d’ailleurs de ce qui faisait le sel de « Comic Strip » de Serge Gainsbourg par exemple. Est-ce que c’est une influence consciente, revendiquée ?

Médine : Je ne pense pas à tous ces qualificatifs ou à tous ces ingrédients lorsque je me mets devant un instru pour pouvoir écrire (rire). Il n’y a pas de calcul aussi précis de ma part. Je fonctionne d’avantage sur du ressenti de « vibes » en général. J’essaie de m’inspirer en fait d’une tendance actuelle dont je trouve qu’elle apporte beaucoup de modernité au rap en général. Sans cette vague de la « drill », de la « trap » qui est arrivée plutôt dans les années 2010 j’ai l’impression que le rap aurait rencontré des difficultés pour se moderniser.

Je pense que cela amène beaucoup de belles sonorités, cela nous oblige aussi à synthétiser notre propos. Certains parleraient d’appauvrissement du langage moi je parlerais plutôt de synthèse. L’esprit de synthèse est la forme d’intelligence la plus précise et cette vague musicale le permet. Si on peut synthétiser encore notre musique, le rap, ce sera utile pour le confort d’écoute, cela nous permettra de gagner en popularité. Evitons d’être indigeste, le maximum de personnes doivent pouvoir se reconnaître dans cette musique.

 

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Concertlive : On retrouve aussi un titre signé La Ligue, « PLMV » une véritable petite bombe tant dans la forme que dans le fond comme le précédent « Contre nous ». Comment avez vous travaillé avec Kery James et Youssoupha pour élaborer ces titres ? Comment avance le projet d’album en commun, combien d’autres titres sont prêts ?

Médine : On s’est réunis en studio pour travailler quelques titres ensemble, qui ne paraîtront pas forcément sur un album officiel de La Ligue car nous ne sommes même pas un groupe existant. On existe simplement sur les albums respectifs des uns et des autres. Parfois quelques instants en concert quand on joue un set de morceaux que l’on a en commun, ce n’est vraiment pas un groupe officiel encore. Mais, par contre, on a la volonté de créer des titres ensemble, cela peut être des ébauches, des maquettes. On a ouvert pas mal de dossiers mais on ne les a pas encore fermés pour pouvoir dire que ce sont des titres à part entière.

En tout cas, l’idée est d’essayer d’être un espèce d’incubateur à idées au moment du studio pour que tout le monde puisse récupérer de la matière pour ses propres albums, du morceau entier au couplet, avec la possibilité de faire exister certains titres de façon inédite sur scène aussi. On ne sait pas encore où va ce projet de La Ligue mais en tout cas il continue d’exister dans les albums respectifs des uns et des autres en tout cas. Et moi je suis assez content des choses qui ont vu le jour car il y a toujours une espèce d’émulation qui fait que ça fonctionne. Même en concert, il y a vraiment quelque chose de très électrique quand on joue ces morceaux.

 

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Concertlive : Est-ce que ce nom, La Ligue, fait référence à une super équipe de super héros comme Avengers ou X-Men ?

Médine : Non même si l’idée est un peu là quand même (petit rire). Ce n’est même pas calculé, c’était un délire en studio lorsque nous écrivions le titre « Contre Nous » avec Kery James pour son album « Dernier MC » il y a quatre cinq ans déjà. C’était plus une sorte de boutade qui a fini par nous coller à la peau de façon un peu plus sérieuse. Du coup on s’est un peu pris au jeu derrière et on s’est dit « « Allez on continue, on voit ce que ça peut donner, soufflons sur les braises de quelque chose qui n’était qu’un délire au début et qui va devenir un peu plus sérieux le jour où on sortira un album ensemble ».

 

Concertlive : Cela peut aussi faire référence à la Ligue communiste révolutionnaire (rire) ?

Médine : Ni l’un ni l’autre (rire). Ni les communistes ni Marvel.

 

Concertlive : Par contre concernant Marvel, vous vous y référez assez souvent, notamment sur le le premier titre « Bangerang » : « Comme un Marvel j’arrive toujours à la fin du générique », « Cette année je fête mes dix ans au Wakanda ». Vous appuyez vous consciemment sur le marketing Marvel ? Est-ce que ce n’est pas un peu contradictoire de vous servir du divertissement mondialisé façon Disney alors que vous avez une image « consciente », politisée ?

Médine : Avant d’être un espèce de prisme capitaliste mondialiste, Marvel, c’est aussi et surtout de très belles histoires. Et un univers très intéressant. Au départ, les histoires révèlent les êtres humains, dans leurs rapports sociaux, leurs façons d’être, leur psychologie aussi. C’est ce qui m’intéresse le plus, sans regarder justement le caractère mercantile de la chose, je m’intéresse aux histoires, aux personnages, que j’utilise dans mes titres. Ce sera Bane (NDLR : plutôt DC Comics que Marvel dans ce cas) pour la saga Batman, Venom plus récemment.

 

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Tous ces personnages viennent d’un monde social défavorisé et réussissent au final, à la force de leur savoir ou de leurs connaissances, à gravir les échelons, que ce soit Bane ou Venom, qui est un journaliste, au passage. Ils finissent par devenir les anti-héros tout en ayant une dimension très humaine dans leur façon de combattre les héros. Hypers froids et méchants ils sont en réalité de très bons anti-héros. Ce n’est pas contradictoire selon moi avec mon image d’artiste engagé.

 

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Concertlive : En parlant d’engagement, quel bilan tirez vous de la manifestation du 26 mai 2018 à Paris avec le comité « Vérité et justice pour Adama » qui a défilé en tête de cortège ?

Médine : En tant qu’artiste aujourd’hui on ne peut qu’insuffler certains cris de ralliement. Là, en l’occurrence la banderole en tête de cortège affichait « C’est nous on braque Paris, c’est nous le grand Paris ». C’est la reprise d’un gimmick de mon avant-dernier album sur le titre « Grand Paris ».

 

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Ce n’est qu’une illustration du soutien qui peut exister entre différents mondes : un monde militant, un monde de travailleurs sociaux et donc un monde de terrain. Et un monde plus philosophique, plus culturel, que l’on peut représenter nous en tant qu’artistes. Donc on porte les mouvements à travers nos paroles, l’un et l’autre s’appuient mutuellement. Certains pour nourrir leurs textes, d’autres pour nourrir leurs luttes. Je trouve que c’est une belle illustration de ce qu’on appelle, maladroitement ou bien adroitement, cela dépend des points de vue, la convergence des luttes aujourd’hui.

Je trouve ça intéressant et je ne peux que saluer la démarche de ceux qui continuent à se battre dans ce contexte d’injustice. En particulier le comité Adama qui était en tête de cortège pour faire entendre la cause des violences policières, des violences qui se répètent continuellement chaque année dans les quartiers populaires.

 

Concertlive : N’est-il pas problématique qu’en dehors d’une petite avant-garde, les jeunes de quartiers n’aient pas été très présents ce jour là ? Alors qu’ils l’étaient à Bobigny en soutien à Théo ? Comment l’interprétez vous ?

Médine : On est face à un manque de mobilisation qui n’est pas lié exclusivement à la nature de ces manifestations. La culture de la manifestation est très peu présente dans les quartiers. C’est un procédé très syndicaliste, ouvrier, qui vient du monde du travail. Mais culturellement la mobilisation sur le terrain ne fait pas partie des quartiers aujourd’hui. Il y a une forme de revendication qui est différente, qui s’exprime différemment. Les artistes de rap s’inscrivent dans ce processus. Ce genre de revendication est bien mieux comprise culturellement par les quartiers. Je pense que c’est avant-tout une histoire culturelle. Comprendre l’importance de descendre dans les rues et de manifester, cela va prendre, je pense, une génération.

 

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Concertlive : Aujourd’hui que les classes moyennes sont menacées, avec des blessés graves en manifestation depuis 2016, des altermondialistes tués ou mutilés à Sivens ou NDDL, pensez-vous que les habitants des quartiers prennent leur temps pour réagir parce qu’ils veulent aussi dire « Maintenant que vous vivez ce cycle de violence à votre tour ne croyez pas qu’on va vous rejoindre tout de suite parce que nous on le vit depuis des dizaines d’années » ?

Médine : Oui il y a une période d’observation. Et aussi une appréhension des quartiers à converger avec l’ensemble des luttes sociales aujourd’hui sur le terrain. Ce sont des questionnements qui existent depuis longtemps parce qu’il y a eu beaucoup de vexations, beaucoup de paternalisme et de peurs par certains côtés. Il n’y a aujourd’hui pas d’institution qui engage le dialogue sereinement et respecte la parole des uns et des autres. Parfois la façon dont certains militants viennent et tentent de ranger derrière leur ligne idéologique et politique est très prétentieuse. Ils s’adressent à un certain nombre de personnes qui sont là avant tout pour améliorer leurs conditions de vie. Se ranger derrière une ligne politique pour améliorer ses conditions de vie ? Ce discours là n’est pas entendu dans les quartiers. Peut être par manque de bagage, par manque de formation politique, clairement. Il y a donc comme un désintéressement et surtout une importante forme d’appréhension, qui éloigne les gens de cette convergence.

 

Concertlive : Vous avez grandi au Havre une ville qui a longtemps été dirigée par les communistes et qui a fait émerger l’actuel premier ministre, quel regard vous jetez sur chacun de ces camps politiques, vous qui avez d’ailleurs aussi joué à la Fête de l’Humanité ?

Médine : J’ai toujours été optimiste dans ma façon de travailler avec les politiques, avec les élus, avec l’administration ici au Havre. Je ne suis pas qu’un rappeur, je suis aussi président d’association sportive, de boxe anglaise précisément, on forme des champions, on a une triple championne de France dans nos rangs.

 

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Je suis amené à avoir aussi des relations avec les bureaux municipaux successifs donc je vais de l’avant. Il y a toujours des éléments dans l’équipe de la mairie qui sont motivés, qui veulent vraiment travailler et j’arrive toujours à miser sur le lien social, l’humain, au delà de l’appareil politique qui apparaît devant moi. J’essaie vraiment de tisser des liens avec les gens, plus que de me focaliser sur leur « encartement » ou leurs chapelles respectives.

J’ai toujours réussi à naviguer avec le dialogue. Tout cela, c’est une histoire de terrain encore une fois. Je pourrais, de but en blanc, mettre en face le bilan des communistes et celui d’Edouard Philippe et les opposer, les faire batailler l’un contre l’autre comme chaque chapelle fait à chaque fois pour se valoriser mais moi mon vécu, c’est le terrain, le relationnel, je ne suis pas dans le clientélisme ou une vision binaire des choses, forcément toutes noires ou toutes blanches. Il y a toujours des membres au sein des équipes qui sont intéressés, passionnés, qui veulent vraiment changer le quotidien des gens et il faut savoir dialoguer, rester ouvert sur l’échange pour essayer d’améliorer le quotidien soit des sportifs, soit des étudiants. Moi en l’occurrence ce sont les mondes sportifs et culturels dans ma ville du Havre qui m’importent avant tout.

 

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Concertlive : Par rapport à quand vous avez commencé en 2002 le métier de musicien, d’artiste a considérablement évolué, les ventes de disques ont été réduites à peau de chagrin, les revenus du numérique ne sont-ils pas encore très incertains ?

Médine : Cela ne l’est plus maintenant. Il y a eu une période de crise dans cette musique avec la crise du téléchargement illégal, avec l’arrivée des plate-formes de streaming. On a vu tous les professionnels paniquer, avec des budgets d’albums qui se réduisaient, de moins en moins de signatures. Tout cela c’est terminé, depuis quelque temps je trouve que les professionnels de la musique ont pris le sujet à bras le corps pour trouver justement des alternatives et s’adapter aux nouvelles façons de consommer. Aujourd’hui, grâce au streaming, et je dis bien grâce à lui, je pèse mes mots, il y a des types de musiques qui arrivent à exister, des types de carrières qui sont redevenues possibles.

Vraiment pour tout le monde. Pour tous les goûts et tous les genres. C’est le côté positif de la modernisation de cette musique. On est plus dans une période de crise je trouve même qu’on est dans un nouvel âge d’or du rap. Aussi bien sur le plan du marché que sur le plan de la créativité. Et les choses vont de pair pour moi. En tant qu’artiste, j’ai vu le hip-hop connaître un second souffle au moment où l’économie de la musique reprenait du poil de la bête. Alors moi je lie ces deux événements.

Je pense que grâce aux nouveaux marchés, aux nouvelles plate-formes, aux nouveaux moyens d’écouter et de consommer de la musique les artistes peuvent espérer exister même en ne vendant pas des mille et des cent physiquement. On restera loin des niveaux de ventes de CD tels que ceux qu’on voyait dans les années 90-2000 mais les artistes pourront quand même espérer avoir une véritable carrière, mettre en place des tournées, exister sans vendre physiquement un CD mais en commercialisant la musique de façon dématérialisée, en ayant une existence sur les plate-formes de streaming et de téléchargement. Légaux, s’entend.

 

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Concertlive : Mais du coup est ce que ça n’oblige pas à adopter des rythmes très éprouvants en termes scéniques, est ce que les artistes n’ont pas plus de difficultés à se poser pour enregistrer ?

Médine : Oui le rythme s’intensifie c’est sûr. C’est un peu plus corsé qu’il y a quelques années. Certains artistes prenaient quatre cinq ans avant de revenir avec un nouvel album, aujourd’hui s’il n’y a pas un album tous les ans dans les bacs du fait justement de la multitude d’artistes qui existent, on risque d’être oublié, c’est une réalité de notre musique. Mais le rock ou l’electro sont tout autant concernés par ce phénomène. Il y a désormais cette obligation d’être productif.

Certains diront malheureusement. Moi j’ai envie de dire heureusement pour le coup car je trouve que cela pousse à la créativité. Cela créé de nouveaux métiers, des métiers périphériques à cette musique, des métiers autour de la web community, qui sont liés aussi à la vidéo. Bon nombre de vidéastes ont trouvé leur vocation grâce à la productivité qu’on exigeait désormais de cette musique. Bon nombre de médias également, les street médias, les médias urbains, les médias spécialistes se sont développés et ont gagné en audience grâce à la productivité et à la multiplicité de ces artistes. Je vois ça d’un œil très positif.

 

Concertlive : Plutôt le verre à moitié plein donc ?

Médine : Exactement. D’autres pessimistes vous diront l’inverse en vous rappelant que le rap est devenu un magasin de dentifrice où il faut toujours vendre, être toujours productif, où la créativité n’a plus sa place, on est soumis au rendement… Certains auront ce discours là et cela peut aussi s’expliquer rationnellement. Moi j’ai choisi de ne pas voir le verre à moitié vide et je trouve que cette musique est aujourd’hui parmi les plus populaires parce qu’il y a eu ce cycle de crise et maintenant une sorte de nouvel age d’or qui permet une productivité et d’être tout le temps créatif.

 

Concertlive : Vous même cela vous a amené à signer des titres un peu inédits dans l’inspiration, avec une couleur très différente sur le dernier album, par exemple le titre « Tellement je t’m », « Papeti », même « Madara » constituent des prises de risques pour vous, non ?

Médine : Clairement. J’essaie de faire ce que j’aime avant tout et ce que j’aime ce sont beaucoup de sonorités très modernes et cela m’amène à prendre des risques et à tester des choses dont je n’ai pas l’habitude de faire. Et je trouve que c’est ça aussi être un artiste. Cela n’est pas de se contenter d’une base de fans et de se contenter de servir la même soupe que l’on a servie il y a une dizaine d’années. Sous prétexte qu’on est assuré d’avoir un public qui va nous suivre, qui nous aime pour ce qu’on a été et qui continuera à le faire envers et contre tout. Or être un artiste je pense que c’est traverser les époques avant tout, plus que d’avoir une légion, une armée qui vous suit depuis vos débuts jusqu’à la fin de votre carrière. Je pense que traverser les époques cela demandes des sacrifices, cela demande de prendre des risques et cela demande surtout d’être tout le temps moderne dans son approche, de rester ouvert.

 

Concertlive : Est-ce que « Tellement je t’m » dont on parlait à l’instant est un clin d’oeil au « Tellement n’brick » du petit prince du raï Faudel Belloua ?

Médine : (Il s’esclaffe) On m’a fait cette remarque beaucoup de fois mais ce n’est absolument pas un clin d’oeil.

 

Concertlive : Quel est votre rapport au raï et à la musique algérienne ? Réel, lointain, distant, inexistant ?

Médine : Parlons surtout déjà de l’apport du raï au rap aujourd’hui. On peut remercier les chanteurs de raï d’avoir amené ce qui est aujourd’hui l’instrument de prédilection des rappeurs, le fameux « auto-tune », le fameux vocoder. Les raï men l’ont utilisé bien avant que le fasse T-Pain, bien avant toute cette vague d’artistes qui utilisent le vocoder aujourd’hui. Et le fait que de mauvais chanteurs puissent devenir de très bons chanteurs, cela a aussi rendu possible de nouvelles mélodies.

C’est le cas de vraiment beaucoup d’artistes raï, de Cheb Mami, de Cheb Khaled, de Cheb Hasni qui ont eu un impact dans le rap du fait de l’utilisation de ces vocodeurs. Et on le voit aujourd’hui clairement à travers des artistes tels que Soolking, qui apparaît sur mon titre « Madara » et qui a des « vibes » très raï dans sa trap et dans son rap en général.

 

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Concertlive : C’est vrai. Vous avez une réflexion très affûtée sur l’apport du raï au rap et pourtant vous n’utilisez pas vous même de vocoder…

Médine : Non parce que je ne suis pas un gros consommateur de raï, je suis plus un fan de ce qu’on appelle le chaâbi, un autre type de musique algéroise. Un style moins lyrique, plus porté sur la musique et l’ambiance.

 

Concertlive : Dans les photos du livret de votre album, on vous voit dans un environnement urbain étrange et monumental. Quel est-il ?

Médine : C’est ma ville du Havre, ce sont les spots qui me sont chers ici. La couverture de l’album a été photographiée sur le port du Havre, sur un monument qu’on appelle le « brise vent », c’est ce qui accueille tous les navires qui arrivent de partout, aussi bien d’Asie que d’Amérique. Je trouvais intéressant de m’asseoir sur ce mur, sur ce « brise-vent » qui est un peu l’équivalent du panneau de lettrage Hollywood à Los Angeles, ici au Havre.

 

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Concertlive : Sauf que là vous posez aussi à côté d’un tag « Anarchie », est-ce totalement fortuit ?

Médine : Il était déjà là, il était déjà là. Oui c’est un joli clin d’oeil. C’est une tradition politique moi qui m’interpelle. Pas forcément dans la dimension violente, radicale qu’elle peut revêtir. C’est assez fascinant d’étudier un positionnement qui est nihiliste, qui est en rupture, ça m’intrigue. Il ne s’agit pas de l’épouser mais de l’étudier, d’en apprendre.

 

Concertlive : Voire pourquoi pas dialoguer avec un anarchiste agnostique comme Philippe Corcuff, qui vient d’ailleurs de le faire avec le musulman Hahoues Seniguer dans « Spiritualités et engagements dans la cité », un ouvrage qui vient de paraître aux éditions du bord de l’eau ?

Médine : Je ne connaissais pas cette référence, c’est intéressant.

 

Concertlive : Puisqu’on vient de parler d’Islam, Alain Jacubowicz, qui a été président de la Licra et a été l’avocat de Benzema, considère que « l’islamophobie est une imposture à combattre » ? Qu’en pensez-vous ?

Médine : J’ai un peu arrêté d’y réfléchir parce qu’on ne me permet pas d’y réfléchir. Donc plutôt que de réfléchir aux causes de cette islamophobie dont je pense bien sûr qu’elle existe, à une échelle parfois institutionnelle et parfois même sur un registre de l’islamophobie ordinaire, sur un large spectre de valeurs donc, j’ai décidé de stopper toute considération publique sur ce sujet. Mon rôle d’artiste me permet justement de transcender ces concepts, de les dépasser, de parfois aller vers la pure provocation pour voir comment réagissent soi les détracteurs, soit les sympathisants d’une idéologie. J’ai donc arrêté d’y réfléchir frontalement. J’ai envie de proposer une autre façon de s’ancrer dans ce pays en tant que musulman. Plus que de réagir aux énièmes provocations qui peuvent exister et qui sont réelles, aussi bien dans le champ médiatique que dans le champ intellectuel, plutôt que de réagir j’ai envie de transgresser et de proposer une autre façon d’être musulman aujourd’hui.

Et une façon d’être musulman c’est parler d’enracinement dans ce pays. Et de comment moi j’ai réussi à m’enraciner, comment moi j’ai réussi à bricoler cet état d’esprit et bien c’est grâce à la langue française. Grâce à la langue française et même à ses auteurs de classiques. Et si moi je peux arriver à me retrouver et à me sentir français à travers le monde culturel, à travers les auteurs classiques, et bien c’est déjà un point commun même avec les détracteurs du mot « islamophobie ». Même avec les gens qui s’inscrivent justement en rupture avec tout ce qui pourrait être musulman dans ce pays, j’ai envie qu’ils sachent qu’on a un point en commun. Et ce point commun, c’est la langue française, ce sont les auteurs de classiques, Victor Hugo, qui a été une des figures sur mon avant-dernier album, qui est présent dans pas mal des « punchlines » que j’utilise.

 

Concertlive : Ou Verlaine, ou Rimbaud.

Médine : Exactement.

 

Concertlive : Lorsque vous dites qu’on vous empêche de le faire, est-ce qu’on vous a fait payer le fait que vous ayez voulu débattre en tant que musulman dans une posture autre qu’un silence gêné ou la « désolidarisation » ?

Médine : Oui en fait ce que je suis parle tellement fort qu’on en oubliera ce que j’ai à dire. Je m’appelle Médine, je suis issu des quartiers populaires, mes parents sont issus de l’immigration algérienne. Je représente tellement de choses et de symboles aujourd’hui que je ne peux pas avoir ce débat et cette discussion. J’ai donc arrêté d’en parler. Mais concrètement, dans ma vie au quotidien, dans mon activité professionnelle, dans mes morceaux je parle surtout des points communs que je peux avoir même avec ceux qui sont mes propres détracteurs.

(Crédit photo : ©Koria)

Rodolphe Burger artiste en charge de la programmation du festival Rush : « nous cherchons à offrir des programmations plus originales, plus pensées, avec une vraie proposition artistique » 0 236

 

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Concertlive : Vous succédez à Hindi Zahra et à Bertrand Belin comme directeur artistique associé du festival Rush aux côtés de Jean-Christophe Aplincourt, le directeur du 106 à Rouen, qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce travail ?  

Rodolphe Burger : Je n’appellerais pas ça un travail. Non pas que cela ne m’ait pas pris, bien sûr, du temps mais c’était un plaisir. Je trouve l’idée d’associer un artiste à une programmation formidable. Moi j’ai l’expérience de mon propre festival « C’est dans la vallée » à Saint-Marie-aux-Mines où je suis un peu au four et au moulin, c’est à dire qu’à la fois je joue, je programme et j’organise. Là, cette fois, je suis uniquement dans le rôle qui est le plus agréable finalement, celui de suggérer des groupes. C’est assez formidable. C’est un luxe et un plaisir.

 

Concertlive : Quand avez vous été approché, combien de temps a duré ce processus d’élaboration de la programmation ?

Rodolphe Burger : Vers novembre 2017. Avec une première rencontre de repérage puis une succession de rendez-vous. J’avais entendu parler du festival par Bertrand Belin. Et puis je connaissais évidemment le 106, j’y ai joué. Je connais aussi bien Jean-Christophe Aplincourt, depuis longtemps. Depuis l’époque de Kat Onoma. Il nous avait programmés bien avant le 106.

 

Concertlive : Est-ce que vous pensez qu’ils ont fait appel à vous parce que vous avez fondé le festival « C’est dans la vallée » néanmoins ?

Rodolphe Burger : Je crois pas enfin faudrait leur demander mais je n’ai pas l’impression car ce sont quand même deux festivals très différents. Ce ne sont pas du tout les mêmes types de festival. Le mien n’est pas basé sur un seul site, il est organisé au sein de plusieurs lieux très atypiques, qui vont d’une mine d’argent à un vieux temple du XVIème siècle. Il s’agit souvent dans le cas de « C’est dans la vallée » d’artistes, de musiciens que j’invite individuellement, qui ne vont pas venir avec leurs propositions habituelles mais vont plutôt proposer des choses un peu spéciales et très inspirées par les lieux. C’est encore autre chose. Et puis surtout, dans ce festival que j’ai créé même si je suis évidemment entouré, j’ai une autre responsabilité, c’est un peu comme si je recevais un peu chez moi. Même si je n’y habite plus.

 

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Concertlive : Est-ce qu’on peut dire que vous avez fait jouer le réseau que vous avez acquis depuis les débuts de « C’est dans la vallée » pour constituer la programmation du festival Rush ?

Rodolphe Burger : Oui évidemment il y a des artistes qui sont présents cette année que je connais bien. Et puis d’autres pas du tout. C’était ça justement qui était formidable, d’inviter par exemple Kokoko!, que je ne connais pas, que je n’ai jamais vus mais dont j’apprécie la musique et que j’ai très envie de voir. Je me réjouis presqu’aussi en tant que spectateur, voyez-vous.

 

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Concertlive : De quels artistes êtes vous particulièrement satisfait dans cette programmation ?

Rodolphe Burger : Je suis très content de toute la programmation. Quand je suis venu à Rouen rencontrer Jean-Christophe Aplincourt et que j’ai vu le déroulé de la programmation, je me suis dit « Ah ouais, quand même ! ».

 

Si j’étais spectateur, je serais vraiment client, j’imagine. Du fait de la qualité des choix qui ont été faits mais aussi et surtout de cet éclectisme assez formidable. De cette diversité. Les gens vont être parfois très surpris je pense. Et puis le site est génial. Sans oublier le prix, qui est incroyable. Où trouve-t-on un tel festival pour un tel prix ?

 

Concertlive : N’y a-t-il pas néanmoins un artiste qui a été plus difficile à décrocher ? 

Rodolphe Burger : Oui bien sûr il y a même des artistes qu’on a pas pu avoir, pour des raisons d’agenda principalement.

 

Concertlive : Qui cela précisément ?

Rodolphe Burger : On avait pensé à Sleaford Mods par exemple. D’autres fois ce n’était pas une question d’agenda, par rapport à la thématique de la transe, qui n’est pas vraiment un thème, plutôt une thématique sous-jacente, j’avais en tête un groupe comme Young Fathers.

 

C’est resté de toute façon compliqué pour certains par rapport à leur agenda. Tricky joue en Roumanie la veille. Nous n’avons eu la confirmation le concernant qu’après la conférence de presse.

 

Concertlive : C’est un artiste que vous connaissez, qui apprécie aussi votre musique si je ne me trompe pas ?

Rodolphe Burger : Oui j’étais très curieux d’apprendre ça lorsqu’on s’est rencontrés pour la première fois à Paris, un endroit où il a vécu un temps avant de s’installer à Berlin. J’étais même très surpris d’apprendre qu’il connaissait des choses anciennes, de Kat Onoma. On a passé un peu de temps ensemble, je suis ravi de le revoir.

 

Concertlive : Comment avez vous pensé cette thématique sous-jacente de la transe dont vous parliez tout à l’heure ?

Rodolphe Burger : C’était intéressant de proposer des musiques qui sont liées à la transe. Tout en étant extrêmement différentes de par leur provenance, leur type d’instrumentation, leurs cultures, surtout dans le cas de la musique électronique. Par exemple dans le cas de Kokoko ! dont je parlais tout à l’heure, c’est typiquement l’exemple de musiciens imprégnés de musique africaine qui ont été tout à coup influencés par une musique électronique qui se retrouve du coup africanisée par l’instrumentation. Eux ce qu’ils trouvent dans l’electro, c’est justement la dimension de la transe. Dans la transe, il y a la dimension de la répétition, évidemment quelque chose qui est lié à la danse mais pas forcément. Car il existe des transes purement mentales aussi.

 

À ce propos, j’ai rapidement suggéré à Agnès Gayraud, la chanteuse du groupe La Féline qui est aussi philosophe et travaille sur la philosophie de la musique, les esthétiques musicales, de réaliser une conférence. C’est donc ce qu’elle va faire, sur le thème de la musique et de la transe.

 

De mon côté, je vais me produire en ciné-concert le dimanche.

 

Concertlive : Il s’agit d’encore autre chose que de votre prestation sous l’intitulé Rodolphe Burger & Guests…

Rodolphe Burger : Oui je serais tout seul sur scène avec le film. Sera projeté un film incroyable signé Edward Sheriff Curtis, ce photographe qui a photographié les indiens d’Amérique. Ses photos du début du 20ème siècle sont très célèbres, on y aperçoit notamment Géronimo et quelques unes des grandes figures indiennes d’Amérique du Nord, de ces grands visages là. Il a fait en 1914 un film sur une tribu d’indiens, qui sera projeté et que je vais accompagner musicalement. On y voit en noir et blanc des indiens qui effectuent des danses magnifiques, qui sont dans des rituels de, justement, transe. Ce sera une expérience assez étonnante.

Concertlive : Lorsqu’on vous a approché pour vous impliquer dans la programmation de ce festival, quelles étaient vos autres références ?

Rodolphe Burger : Il y a évidemment l’exemple de « All Tomorrow’s parties« , ce festival anglais.

 

Concertlive : Ce festival qui invitait des artistes influents pour élaborer sa programmation c’est cela ?

Rodolphe Burger : Oui cet évènement qui a fait appel à PJ Harvey ou aux Sonic Youth, qui invitaient d’autres artistes, selon le principe d’une sorte de carte blanche.

 

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Mais concernant Rush ce n’est pas tout à fait pareil. On est vraiment avec Jean-Christophe Aplincourt dans une concertation. On se fait des suggestions, découvrir des choses mutuellement. C’est aussi intéressant comme expérience. Moi j’ai mobilisé ma petite équipe, tout le monde s’y est mis un peu, Michaëlle Roch avec qui je travaille, qui est DJ aussi, qui amène des choses que je ne connais pas forcément. Tout cela s’est fait en lien avec l’équipe de Jean-Christophe Aplincourt, on a vraiment tricoté ça ensemble. C’était vraiment un plaisir, c’était très clair, très fluide, il n’y a pas eu de spasmes.

 

Je trouve que c’est très intéressant de travailler comme ça. Je ne dis pas que ça devrait se généraliser mais c’est en tout cas une bonne idée. Peut être que ça peut permettre aussi aux festivals de se renouveler plus et d’être dans des programmations plus originales, plus aventureuses. Il y a quand même beaucoup de festivals aujourd’hui qui sont surtout des festivals de programmateurs. On pourrait presque les faire avec un algorithme. Vous voyez ce que je veux dire ?

 

Concertlive : Oui tout à fait ce sont aussi des festivals de tourneurs finalement…

Rodolphe Burger : Oui voilà exactement, on voit exactement toujours les mêmes groupes et il y a cette espèce de surenchère sur les cachets, sur les conditions. Il y a une jauge X, la présence d’untel va assurer tel rendement…On est que dans ce calcul. Je ne dis pas qu’il faut complètement négliger ces paramètres, bien sûr qu’il faut y penser. Mais on peut aussi essayer d’être dans d’autres types de propositions, artistiquement plus originales, plus pensées, avec une vraie proposition artistique, qui ne soient pas juste un alignement de groupes qui sont au box-office. Ce n’est pas juste le box-office qui détermine la programmation.

 

Dans cette optique nous ne sommes pas les seuls avec Rush et « Dans ma vallée », c’est aussi le cas du festival Yeah ! de Laurent Garnier à Lourmarin. D’ailleurs je crois que lorsqu’il était venu à la deuxième édition de « C’est dans la vallée » déjà à l’époque cela lui avait donné envie d’en faire un lui même. Cette idée d’inviter d’autres artistes lui avait plu je pense.

 

Concertlive : Mais ne craignez vous pas qu’un festival avec une tonalité trop « artistique » n’attire pas le public en masse ? 

Rodolphe Burger : Non franchement je ne crois pas du tout à ça. Je crois que la masse du public, pas grand monde ne sait ce que ça veut dire. Et puis d’abord il y a des grands noms dans la programmation de Rush.

 

Concertlive : C’est vrai qu’il y a des têtes d’affiche…

Rodolphe Burger : Oui voilà. Et puis, il ne faut pas croire, quand le public est mis en contact avec des propositions, quand il en a l’occasion, ça fonctionne. C’est certain que quand le public est face à des propositions, des choses qu’il ne connait pas, il est totalement ouvert et curieux. Il peut parfaitement se laisser embarquer et convaincre par des propositions relatives à des artistes qu’il ne connait pas. Heureusement.

 

Après il faudra évidemment faire un bilan. Toute innovation comporte aussi des dangers, on ne sait jamais, il faut composer avec tout un tas d’éléments, des risques météorologiques, on est jamais sûrs de rien, cela reste un évènement. Mais de notre côté j’ai l’impression qu’on a eu cette chance de tricoter quelque chose qui nous plait et qui, on l’espère, va plaire au public. On ne fait pas ça pour nous, on ne fait pas ça pour se faire plaisir. Même si, aussi, encore une fois, je me réjouis en tant que spectateur, pas seulement en tant que participant et organisateur. Cela va être un mélange assez incroyable.

Tarifs :

Pass 3 jours : abonné 10€ / tarif réduit 12€ / location 18€ / Guichet 24€
Pass 1 jour : abonné 4€ / tarif réduit 5€ / location 8€ / Guichet 10€
Gratuit moins de 13 ans.

Redemption: Ils ont gagné le tremplin Voice of Hell du Hellfest 2018 0 278

Le groupe familial Redemption a remporté le tremplin Voice of Hell By Riffx organisé par le Hellfest 2018. Composé de trois membres d’une même famille, dont le plus jeune Rod à la batterie n’a que 10 ans, le groupe de métal lorrain a séduit le jury du Hellfest, qui dit avoir eu un véritable coup de coeur.

Le festival accueillera le groupe sur la scène principale le 23 juin. Interview.

 

Vous avez gagné le tremplin Voice Of Hell : quel est votre sentiment?
Rod: c’est un rêve qui devient réalité
Mat: nous avons le sentiment d’avoir franchi une sacrée étape dans notre jeune carrière. Participer au HELLFEST, c’est notre rêve et celui de beaucoup d’autres groupes en France.

Comment avez-vous eu l’idée de participer à ce concours?
Rod et Mat: c’est notre père qui a eu l’idée pour nous et qui nous a fait la surprise un soir de rentrer à la maison en nous disant: « les gars, je nous ai inscrits au tremplin THE VOICE OF HELL ». Honnêtement, on ne pensait pas passer ainsi successivement les étapes.

Que représente le Hellfest pour vous?
Rod: pour nous, ça représente comme pour tout le monde un des plus gros festival de Hard d’Europe. Je me souviens de vidéos de MINISTRY et de GOGIRA au HELLFEST que j’ai adorées.
Mat: c’est un lieu mythique. Quand j’étais plus petit, j’attendais avec impatience l’été pour recevoir les magazines de Hard, édition spéciale HELLFEST

Vous avez un groupe familial : comment est composé le groupe?
Rod: je suis le batteur et j’ai 10 ans, enfin bientôt 11 cet été. Je suis le « foufou » je crois dans notre famille! Mon frère Mat a 16 ans et il est le chanteur-guitariste, il écrit nos morceaux. J’adore son style.Mat: Et notre père est le bassiste et nous aide beaucoup par son sérieux et son expérience.

Jouer en famille du métal, c’est un peu particulier, non?
Rod: je préfère jouer avec ma famille. Et comme dirait notre père: c’est plus facile pour répéter!
Mat: une passion familiale, ce n’est pas si rare. Il y a des familles branchées sport, cinéma, musique. Nous, on est la famille du Rock!

Comment est venue cette idée/ce projet de jouer en famille?
Rod: un jour, quand j’avais 6 ans, j’ai eu l’occasion de jouer de la batterie, pour rigoler. Ca m’a plu tout de suite.
Mat: l’idée est venue progressivement. J’ai commencé par jouer de la guitare vers 10 ou 11 ans. Mon frère a appris ensuite la batterie et s’est mis à jouer avec moi. Mon père nous regardait de loin jusqu’au jour où il nous a rejoints et grâce à lui on a pu faire des progrès fulgurants.

Quels sont les groupes qui vous inspirent ?
Rod: Slayer, Korn, Megadeth, Metallica, Deez Nuts, Suicidal Tendances, Ozzy Osbourne et Rammstein
Mat: Slayer, Airbourne, Black Sabath, Cancer Bats, Lion Hart, GBH et surtout Motorhead, le groupe fétiche de notre famille.

Quels sont vos projets artistiques (CD, concerts…)
Rod: j’aimerais bien qu’on se lance dans le merchandising, qu’on fasse plein de t-shirts différents!
Mat: nous espérons que cette aventure du HELLFEST nous permettra d’envisager une tournée et un passage en studio pour le début de l’année prochaine.

 

Retrouvez les tremplins qui peuvent booster votre carrière de groupe indépendant.

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