Fauve « On avait besoin avec les mots d’aller plus vite que le temps qui passe pour le rattraper » Commentaires fermés sur Fauve « On avait besoin avec les mots d’aller plus vite que le temps qui passe pour le rattraper » 282

  • Concertlive.fr : Comment adaptez-vous votre set au format festival ?
  • Fauve : Il faut savoir qu’on met beaucoup d’énergie sur les concerts et que quand ça dure 1h40, comme ça a été le cas sur la tournée, ça te broie et t’es pressé comme un citron. Même si c’est ce que nous avons choisi. Du coup quand ça dure une heure en festival c’est surement plus frustrant pour la personne qui vient nous voir que pour nous. Nous, on a une heure et là on balance tout et c’est comme un bon gros sprint et ça a un côté moins épuisant. Une heure c’est vraiment un truc où tu dois te dire je rentre dans le trip parce que tu as 15 000 personnes en face de toi et t’es pas chez toi. Une salle tu peux faire ton spectacle, tu fais rentrer les gens, tu peux te balader avant dans la salle, c’est très simple. Tu reçois les gens dans ton univers. Le seul moment où c’est frustrant, c’est au moment des bugs parce que tu n’as pas le temps de te rattraper.
  • CL : Comment le projet Fauve est-il né ?
  • Fauve : Par besoin. On avait nos taffs, nos vies. On avait eu des projets en commun avant. On se rejoignait le soir pour faire quelque chose. Pour taper dans un sac et pour nous ce sac c’était écrire des trucs, essayer de les mettre en music, faire de la vidéo etc… ce projet on a décidé de lui donner un nom qui Fauve. C’est né comme ça. Au début c’était naturel, comme aller à la salle de boxe. Fauve était vraiment un exutoire.
  • CL : Vos textes sonnent d’ailleurs comme une sorte de psychothérapie…
  • Fauve : Oui c’est tout à fait ça ! On encaissait mal la vie. Il y a des gens qui encaissent bien et on est admiratifs de ça. Nos parents, nos amis par exemple. Certaines personnes vont gagner leurs steaks tous les jours dans le cercle métro, boulot, dodo. Ils font ça à leur manière très dignement. Mais nous, à des degrés divers, on y arrivait pas. Cette situation ne nous satisfaisait pas. On fonçait tête baissé dans un truc qui ne nous plaisait pas. On ne voyait pas la lumière. A un moment on s’est dit « Mais merde on est jeunes, on a rien fait de nos vies, on a ce truc avec les copains alors autant le faire bien ». C’est devenu notre métier alors qu’avant c’était notre thérapie de groupe. On a quitté une partie de notre vie pour épouser un projet qui s’appelle « Fauve ». Ca a été un passage très étrange mais c’était grisant.
  • CL: Pouvez-vous nous expliquer cette rage dans vos textes?
  • Fauve: Il y a effectivement une sorte d’urgence et de rage. C’est un sentiment par rapport aux vies qu’on était en train d’emprunté. On se disait que chaque jour de perdu ne serait jamais rendu. On a une vraie peur du temps qui passe, de vieillir trop vite et de ne pas avoir fait ce qu’on a besoin de faire, de ne pas nous être écouté. Ca crée une espèce de tension comme si on avait besoin avec les mots et ce qu’on faisait d’aller plus vite que le temps qui passe pour le rattraper. Le plus drôle c’est qu’on attendait rien de ça. Ce n’était pas comme au lycée quand tu crée ton groupe, tu fais des reprises de Nirvana puis tes compos. A ce moment là tu penses que tu vas devenir les Beatles mais après tu abandonne ça parce qu’il faut se remettre dans les rails. La musique devient juste une sorte d’apaisement. C’est au moment où on a commencé à faire les choses avec détachement et sans compromis qu’il s’est passé quelque chose qu’on a toujours pas compris.
  • CL: Comment vivez-vous l’accueil fait à votre musique?
  • Fauve: Très mal (rires). C’est incroyablement bienveillant et positif. Avec notre public j’ai pas de contre exemple. Pour le coup on a du recul, on a dû passer 50 dates et tout le monde nous dit tout le temps que c’est incroyable. Après les concerts ont reste pour écouter les gens. On se remet touours en questions parce qu’on travaille beaucoup. On est des besogneux parce qu’on veut toujours s’améliorer alors on écoute beaucoup ce qu’on a à nous dire. Par contre en terme d’accueil il y a vraiment une bienveillance et une gratitude. Nous on le fait pour nous et ça marche. On ne triche pas, on ne reprend pas une recette. On parle de choses intimes, de nos vies et il n’y a pas de fiction. En faisant ça, il semblerait que ça aide des gens. C’est un sentiment que je vous souhaite à tous.
  • CL: Comment gérez-vous votre rapport au public?
  • Fauve: On garde l’anonymat puisque FAUVE n’a pas de visage. On est un collectif, on est nombreux. Qui serait FAUVE? Mais d’un autre côté c’est aussi ce qui nous permet d’avoir un rapport saint à ceux qui nous écoute. On peut être plus proche d’eux. Il y a des gens qui nous demandent « On peut prendre une photo » à la sortie des concerts. On ne le fait jamais ou alors on le fait mais on se cache et c’est ridicule et très chiant. Donc on ne fait pas de photos ni d’autographes parce que ça biaise les rapports humains. On leur explique que si on faisait des photos, on ne pourrait pas être là en train de discuter avec eux. Et nous ce qu’on veut c’est pouvoir avoir des rapports normaux avec ces gens là. Une photo, après le mec il se casse.
  • CL: Même pour la personne concernant ça ne lui fait qu’un souvenir visuel mais ça manque de profondeur…
  • FAUVE: Justement certains nous disent c’est pour le souvenir mais nous ont leur dit « La conversation que je suis en train d’avoir avec toi je m’en souviendrai bien plus. » Et parfois ça passe pour de l’ingratitude et du snobisme mais c’est complètement l’inverse. On est que gratitude et c’est pour ça qu’on veut garder cette forme de rapport avec les gens.
  • CL: Vous avez justement des souvenirs marquants de rencontre avec un membre de votre public?
  • FAUVE: On en a tellement. Parfois ça donne naissance à des entrées dans le collectif. Hugo par exemple nous a envoyé un mail en disant « J’adore ce que vous faites ». Il y a une relation qui s’est nouée et très vote on l’a emmené tourner des choses avec nous et maintenant il fait parti de l’équipe. Des histoires comme ça il y a en a beacoup. Sinon il y a pleins de phrases qui sortent à chaque fois après les concerts. Des trucs comme « Bravo, c’était top vous êtes les meilleurs », nous ça ne nous touche pas forcément. On essaie de pas trop relevé. Mais quand quelqu’un passe et qu’il nous reconnait alors qu’on est en train de boire un coup avec des gens et qu’il dit juste « Merci. Longue vie », là t’as un sentiment incroyable. Ca c’est la vraie vie.
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