General Elektriks: « Je suis maintenant à l’aise derrière le micro » (interview vidéo) Commentaires fermés sur General Elektriks: « Je suis maintenant à l’aise derrière le micro » (interview vidéo) 133

Concertlive : Tu as mis seulement quatre mois pour réaliser ton nouvel album, « Parker Street ». Quatre mois, est-ce long pour toi dans ta façon de travailler ou au contraire tu aimes prendre ton temps d’ordinaire?
RV Salters (General Elektriks) :
Pour moi, faire un disque en quatre mois était quelque chose de nouveau et c’était plutôt court. Je n’avais jamais fait cela, en tout cas pas pour ce projet-là et pas avec un projet de ce genre-là, c’est-à-dire qui mêle différentes esthétiques, différents styles musicaux et différentes manières de fonctionner au niveau du tissu créatif. Jusqu’à maintenant, j’avais fait des disques plus sur la longueur où je mêlais des boucles de batterie que je samplais de vinyles et que je découpais pour faire des paternes qui correspondaient aux morceaux que je voulais faire. Je mêlais cela avec mes claviers. Au fur et à mesure le morceau évoluait, une nouvelle partie naissait. Je laissais les morceaux venir avec le temps, avec le recul en laissant un morceau pour  partir en tournée avec Blackalicious par exemple, revenir, réécouter, te dire « ah bah je vais plutôt faire ça! », etc. Jusque là j’avais plutôt fait cela comme ça et de ce fait, me retrouver à devoir faire un disque en quatre mois c’était nouveau pour moi. Ce n’était pas évident et en même temps assez libérateur car c’est un disque qui est comme un petit instantané au niveau créatif, où j’en suis à ce moment-là. Je sortais d’une expérience discographique assez intense au niveau de l’enregistrement lorsque j’ai fait la musique de la série télé « Les beaux mecs » et donc j’étais dans un mode de fonctionnement où je pouvais aller vite. De là je me suis dit que j’avais une fenêtre de quatre mois pour faire ce disque. Je me suis lancé. Il en est sorti « Parker Street ».

 

CL Il y a une part de hasard dans ce disque et tu y as introduit des sons plus organiques comme un véritable batteur ?
GE
: L’idée de ne pas utiliser de programmation mais un vrai batteur est quelques chose qui est venue de manière empirique et en même temps par une rencontre. C’est aussi que je n’avais pas moyen de faire autrement. La manière dont moi je programme des rythmes est assez méticuleuse, précise. Or là je n’avais pas le temps. J’avais quatre mois pour tout faire, je n’avais quasiment pas écrit de morceaux. Comme pour « Les beaux mecs », j’avais utilisé un batteur et ami, Michael Urbano. Je me suis dit que j’allais faire la même chose vu que cela avait collé avec lui. On a fait deux sessions dans deux studios où je lui donnais les tempos, les idées et paternes que j’avais en tête et je lui disais de se lâcher. On a fait quatre ou cinq prises pour chaque titre. L’idée pour moi était de choper la magie du gars. Après j’ai ramené tout ça à la maison et j’ai re-découpé dedans pour faire les morceaux vu que je ne les avais pas encore à proprement parlé. D’où un mélange d’organique , de « joué lâché » et de moi qui contrôle un minimum l’affaire pour que cela ressemble à du General Elektriks.

CL Il y a une volonté également de mettre en avant ta voix, plus que par le passé en tout cas. Est-ce que tu as franchi un cap ou tu voulais te mettre en danger ?
GE :
Je suis maintenant à l’aise avec l’idée de d’être derrière le micro. Le déclic est venu pendant la tournée de « Good city for dreamers » où j’ai trouvé le moyen de resté moi-même derrière ce micro et en même temps d’être une version un peu exponentielle de moi-même. Quand j’ai attaqué « Parker Street », je savais qu’il n’y avait plus vraiment de lutte par rapport à cela et en même temps il y a des choses que je n’ai pas encore fait avec la voix. Disons que j’ai essayé des choses d’où le fait qu’il y ait plus l’accent aussi sur les performances vocales. Cela vient peut-être aussi des textes, qui sont plus intimistes aussi. Ce sont des choses qui sont plus portées par la performance vocale justement et par le personnage qui les livre. A ce moment-là, me femme et moi nous apprêtions on à quitter la maison dans laquelle on avait habité pendant une dizaine d’année dans la région de Berkeley où j’avais mon studio. C’est un endroit où on a été très heureux. D’où l’état d’esprit que tu as face au départ. Tu es mélancolique de partir et en même temps très excité parce que tu as quelque chose de bien qui va débouler. C’est d’ailleurs pour cela que l’album s’appelle Parker Street. C’est la rue que l’on a quitté.

CL Pour aller où ?
GE :
Actuellement nous sommes un peu dans une année « stand by » où je suis sur Paris ou en Europe et surtout dans le tour bus. Après on va soit retourner dans la baie de San Franbcisco, soit à  Brooklyn. J’aime aussi beaucoup Berlin. J’aime cette idée d’être un peu nomade, de se laisser porter par la vague. On essaie avec Sarah ma femme de « surfer un peu sur la vague ».

CL En concert, les titres de « Parker Street » te permettent d’amener plus de diversité, de tempos différents. Une sorte d’alternance qu’il n’y avait pas avant dans tes sets ?
GE :
Je n’attaque jamais mes disques avec une volonté claire. Je me laisse porté par ce qui vient. J’essaie de jongler avec et de faire en sorte que cela ait du sens, de laisser venir les accidents et prendre un petit peu de recul. On a essayé de voir avec ce nouveau disque quels titres on pourrait mettre, ceux qui colleraient le plus au set que l’on avait développé jusque là notamment avec « good city for dreamers » et en même temps d’intégrer un autre versant de ce que moi je peux faire musicalement. J’aime bien cette idée-là, que de gens soient un peu surpris par un set, d’autres au contraire qui trouvent cela normal finalement. Comme pour la réception du disque d’ailleurs :  certains y ont vu une rupture et d’autres une continuité complètement logique. Cela montre vraiment que les gens viennent en concert avec leurs propres oreilles et leur propre bagage. Moi je trouve cela super, que ma musique soit sujette à interprétation.

CL Tu t’es produit à Rock en Seine en août 2011 pour ton retour scénique ?
GE :
Rock en Seine c’était le premier ou deuxième concert du retour de la formation. C’était super de retrouver les gars, d’avoir de nouveaux morceaux à se mettre sous la dent; il faut que ce soit frais pour nous, qu’il y est une sensation nouvelle. Si ce n’est pas le cas pour nous, cela ne le sera pas non plus pour le public. C’est ce que l’on essaie de faire soir après soir, de ne pas se répéter complètement. C’est pourquoi il y a des plages laissées à l’improvisation dans notre set. Il y a des choses très prévues et d’autres ouvertes à l’imprévu. L’idée est de générer des moments spéciaux, qui ne seront pas répétés.

CL Tu repars en tournée en 2012 avec les fameuses dates à Paris dans quatre salles différentes. Pourquoi avoir préféré quatre petites salles plutôt qu’une seule plus grande ?
GE :
Il s’est avéré très tôt que la Cigale allait être complète. De là on s’est dit qu’il fallait refaire une date parisienne rapidement derrière pour les gens qui n’ont pas pu rentrer à la Cigale et plutôt que de faire une « grosse » salle façon Olympia, je me suis dit que ce serait sympa de retrouver cette sensation de petite salle. C’est toujours la même musique mais dans un cadre différent et les énergies sont gérées différemment dans une petite salle. Je ne dis pas que c’est mieux ou moins bien, c’est juste différent. C’est un peu plus sauvage. Et plutôt que de ne faire qu’une salle au risque qu’elle soit complète on s’est dit que l’on allait en faire quatre d’affilée, comme pour investir Paris. Il y a un invité différent par soir : -M-, Yael Naïm et David Donatien, Vincent Segal aussi. Ils seront avec nous sur scène, on fera deux ou trois morceaux ensemble. C’est juste une manière d’offrir un truc un peu spécial aux gens et puis à nous également pour se mettre un peu en danger. Après on repart début mars jusque fin juillet avant de ré-attaquer à l’automne 2012. Il y aura de l’international aussi pour « répandre la bonne parole » autant que possible. Et surtout continuer à vivre des moments marrants tous ensemble avec les autres musiciens du projet aussi bien dans le tour bus qu’avec les gens sur scène.

CL : D’autres projets à venir ?
GE :
Déjà, il y a la sortie d’un nouveau titre qui s’appelle « Tomorrow We’re leaving ». Après je vais travaillé sur le prochain disque de Pigeon John, dont j’ai réalisé le premier album sorti en France. Sinon, jusqu’à Noël prochain, cela va être surtout du live. Je n’ai pas envie de trop m’éparpiller. Je m’étais assigné pas mal de missions l’année dernière et c’était un peu trop. Je vais lever le pied un peu. Car je ne vais pas essayé de m’assurer que ma carrière musicale mais aussi de réussir tout le reste, ma vie de famille, avoir le temps de voir les copains, etc.

Propos recueillis par Aymeric Val
Retranscription Emilie Leoni

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