Glenn Hughes (Deep Purple): « Je veux qu’on se souvienne de ma voix » Commentaires fermés sur Glenn Hughes (Deep Purple): « Je veux qu’on se souvienne de ma voix » 696

CL : Vous sortez un album en tant que chanteur et bassiste d’un « super groupe » nommé Black Country Communion avec Joe Bonamassa à la guitare, Jason Bonham à la batterie et  Derek Sherinian au clavier, comment en êtes vous arrivés à jouer ensemble ?

GH : Je travaillais, enfin je trainais surtout avec Joe (Bonamassa, ndlr) ces trois dernières années, il est passé à la maison, on a jammé ensemble puis on s’est mis à écrire. On jouait de plus en plus fort. A ce stade il est devenu évident que Joe est un grand guitariste de rock en plus d’être un grand guitariste de blues. Tout est vraiment parti d’un concert au House of Live où il m’a invité: «Tu veux venir ce soir jouer quelques chansons ? » Bien sûr, j’ai dis oui. On est arrivé là-bas, l’après-midi on a fait une balance rapide et le soir on a joué ensemble « Mistreated » (de Deep Purple, ndlr) et « Medusa » (de Trapeze, ndlr). Le public est devenu dingue. Mon ami Kevin Shirley, producteur de l’album, était présent on s’est retrouvés après le spectacle et on s’est dit: « Formons un groupe », juste comme ça. Et là, on s’est demandé qui pourrait jouer la batterie et on a pensé à Jason Bonham et j’ai aussi appelé Derek Sherinian le lendemain matin. Tous les deux on dit oui immédiatement. Six semaines plus tard on se retrouve en studio, sans avoir jamais répété… J’avais quelques chansons qu’on avait commencées avec Joe, on s’est tous demandé si c’était la bonne direction. Mais oui, c’était la bonne. Donc, sans jamais avoir répété on s’est enfermés en studio et on a tout enregistré d’une traite en live. Je leur jouais la chanson, tout le monde écoutait, et après on les jouait ensemble. Je n’ai pas écrit tout l’album bien sûr, j’ai ramené beaucoup de choses mais là c’était d’un groupe qu’il s’agissait, donc tout le monde a participé. J’ai déjà une carrière solo donc le but était de travailler le tout vraiment ensemble. Au final, on peut dire qu’on a co-écrit des chansons avec Joe.

CL : Quel est le sens du nom « Black Country Communion » ?

GH : Ce qu’on appelle « Black country » en Angleterre (le pays noir) c’est le centre du pays, c’est de là que viennent Led Zeppelin, Judas Priest, Deep Purple. C’est une sorte d’immense zone où l’industrie anglaise était concentrée depuis le 19ème siècle. En fait c’est là que le Hard Rock est né. C’est là que tout a commencé. Les Beatles ont démarré à Liverpool, mais le Rock en général a émergé de cette région, le « pays noir », donc je trouvais que c’était une bonne idée d’appeler le groupe de cette façon en hommage à cette région. J’adore ce nom, je le trouve magique.

CL : Comment définiriez-vous la musique de Black Country Communion ?

GH : Comment définir ça? Ces chansons ont été écrites avec de grands musiciens qui pourraient jouer absolument toutes sortes de rock. Là il s’agit de rock anglais « traditionnel ». J’aimerais qu’on range Black Country communion entre The Who, Led Zeppelin, Deep Purple, Free… qu’on nous mette dans le même tiroir. Je pense que l’album est de ce niveau. Désolé, ça a l’air prétentieux mais l’album est vraiment très fort. J’y crois vraiment à ce point là, on ne pourrait pas me payer pour dire ça : c’est juste ce que je ressens.

CL : Vous aviez joué avec John Bonham ? (batteur de Led Zeppelin, décédé en 1980). Quel effet cela fait-il de jouer à présent avec son fils Jason ?

GH : C’est assez formidable. La chanson que John préférait de Trapeze (dont Glenn Hughes était bassiste et chanteur, ndlr) était « Medusa ». Jason était bébé à cette époque, pour lui c’est un souvenir d’enfance. Et quand Kevin Shirley a lancé, avant d’écrire des chansons: « Pourquoi on ne commencerait pas par jouer « Medusa » juste pour se sentir bien ? » Jason s’est retrouvé à jouer une des chansons favorites de son père. C’est quelque chose de très personnel pour Jason et je suis heureux de l’avoir jouée pour lui et pour John que je regrette énormément.

CL : De tous les batteurs avec lesquels vous avez eu la chance de jouer, en tant que bassiste, lequel aurait une place spéciale dans votre mémoire?

GH : J’ai joué avec tant de batteurs, avec Steve Gadd, Chad Smith, des gens d’horizons très différents, Ian Paice, Bill Ward, Dave Holland, Carmine et Vinny Appice, Jeff Porcaro… Je pourrais continuer pendant des heures j’ai joué avec tous et ils étaient tous différents. Actuellement je m’éclate à jouer avec Jason, c’est génial, il a ce truc qui fait qu’il entre dans la musique. Chad Smith a ça aussi, ces deux-là sont des animaux !

CL : Avez-vous prévu de tourner avec le groupe ?

GH : Je passe en France en octobre, ça c’est sûr, mais en solo. J’adorerais que ce soit avec Black Country mais Joe est coincé jusqu’en décembre et je ne voulais pas rester les bras croisés. Je veux rassurer les fans français : il y aura des dates mais il nous reste à organiser tout ça. Cela arrivera! Il y a intérêt sinon je serai très déçu ! On a fait tout l’album pour qu’il soit joué live, on a enregistré toutes ces chansons d’une traite comme si c’était un concert. Un album pour moi c’est une carte postale. Le moment du show est le plus important, c’est là que ça se passe : pendant 22h je suis une personne et puis pendant les deux heures du concert je suis quelqu’un d’autre.

CL : On ne vous a pas vu depuis longtemps en France…

GH : C’était il y a trois ans lors d’un festival. J’adore jouer en France, mais le plus dur c’est de trouver des dates. J’ai dû dire à mon agent que ne peux plus venir en Europe sans jouer en France. Mais par contre je ne voulais plus jouer à la Locomotive, à Paris. Les concerts sont programmés très tard et les gens sont crevés. Mais bon, l’endroit a fermé et je reviens avec quelque chose de très bon. Donc ça veut dire de meilleurs concerts à venir…, peut-être même jouer plus d’un concert à Paris. J’aimerais au moins faire trois concerts en France hors de Paris. La France est un bon marché pour le rock.

CL : Vous souvenez vous de votre premier concert ?

GH : Oui, j’avais quatorze ans, c’était au Station Hôtel à Brownhills, mes parents m’avaient amené là c’était un Pub, je m’en souviens très bien.

CL : Pouviez-vous imaginer tout ce qui se passerait après, c’était un rêve étant gamin ?

GH : (très ému) Non, je ne pensais pas que ça irai aussi loin, c’était il y a 44 ans, c’est dingue c’était il y a vraiment longtemps, j’ai eu une vie formidable.

CL : Et si vous pouviez changer quelque chose dans votre carrière ?

GH : Je ne changerai rien. J’ai eu des hauts et des bas, mais je ne regrette rien. Par exemple, Gene Simmons est un ami, et j’adore Kiss, mais leur carrière est… ça n’a rien à voir avec la musique c’est juste du business. Ma carrière n’a qu’un point d’ancrage : la musique. Il n’y a rien d’autre. Le plus important c’est ce qui se passe en live. Les gens m’appellent « la voix du rock », il doit bien y avoir une raison… Mon ambition est d’être le meilleur chanteur en live. Tous les soirs, je veux que les gens repartent en se disant «c’est le meilleur chanteur que j’ai jamais entendu ». Je me sens plus chanteur que bassiste, il y a plein de gens qui parlent de ma voix donc… Enfin il y a aussi plein de gens qui parlent de mon jeu de basse et j’aime ça, mais je veux surtout qu’on se souvienne de ma voix !

Propos recueillis par Jean-Lionel Parot

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