Hakim de Zebda :  » La culture doit être au centre de la démocratie » (interview) Commentaires fermés sur Hakim de Zebda :  » La culture doit être au centre de la démocratie » (interview) 243

Cl: Zebda revient avec un nouvel album, très novateur par rapport à votre travail précédent. Zebda n’a pas changé, rassurez-nous !

Hakim (chanteur de Zebda) : L’esprit est toujours le même : de la musique dansante et des textes forts. « Comme des Cherokees » est l’album qu’on a mis le moins de temps à faire. Il a gardé un esprit zebdalien. C’est à dire qu’on met du sens dans ce qu’on à dire. La fête est plus belle quand elle a du sens !

Vous restez d’attentifs observateurs de la société…
Les textes sont du des thèmes sociétaux. On voit bien l’évolution de la société et est peut pas ne rien dire. Cela fait 20 ans qu’on fait cela, mais là musicalement on est allé plus loin.

Pourquoi avoir fait un break ?
Zebda s’est mis en standby de 2003 à 2011. Pendant le 1er chapitre de Zebda, de 1989 à 2003 on a fait plein de projets : Zebda, motivé et 100% collegues etc. Après on a fait  un break, qui nous a permis à chacun de faire des projets différents : Mouss et moi avec Origines Contrôlées, entre autres… on a tous pris le large. C’était un besoin sous la pression de Zebda. Qu’on le veuille ou non, c’est toujours une pression.

L’ombre de Zebda planait toujours sur vous…
Pendant huit ans, on a fait cache cache avec Zebda au dessus de nos têtes. Pendant huit ans on avait cette demande permanentes, même pendant Origines Contrôlées.  Les gens sur Zebda étaient très demandeurs. Du coup on est reparti, pour un an et demi de tournée sur le 2e tour. On a fait 200 dates. L’évidence après cela était qu’on revienne rapidement.

Comment est venue l’idée de refaire un album ?
Quand on a fini la tournée, après 15 jours un mois on s’est remis au travail, dans la foulée. C’est le plus rapide des albums qu’on est fait, mais ça ne s’est pas fait si rapidement que cela !

Avez-vous retrouvé facilement vos automatismes ?
Notre manière de fonctionner est restée la même : Magyd Cherfy apporte les textes, et Mouss et moi nous rappons dessus, à la manière du hip-hop pour trouver des rythmes et mélodies, puis on travaille avec les musiciens.  En tout l’album nous a pris 13 mois de préparation.

 

La grande nouveauté, c’est l’arrivée de Yarol Poupau de FFF à la production exécutive…
Yarol Poupaud, le guitariste de FFF, a produit le son. Il a influencé la tonalité de l’album. Yarol dresse les guitares comme on dresse son chien. C’est immense guitariste. Sur tous les titres, on est reparti à la base. Il nous a pris en live, et s’est mis à jouer sur les musique. C’est là 1ere fois qu’on travaillais avec un français pour produire un album. Jusqu’à présent on a toujours travaillé avec Nicholas Sansano.
On est reparti du live : d’abord de la musque puis la voix. Le tout donne un album plus rock et plus funk.

Qu’est ce qui a changé techniquement avec l’arrivée de Yarol ?
On est plus dans un truc analogique que dans la production numérique. On aime bien travailler avec des samples mais d’abord on a travaillé sur la base : guitare, basse, batterie et clavier.
Yarol a apporté ce côté rock et funk. Il proposé d’autres choses.

Comment est venue l’idée de travailler avec le guitariste de FFF ?
C’est une proposition de notre directeur artistique. De notre côté, on le connaissait de FFF, car on s’est souvent croisés en festivals pendant des années. On est de la même génération. On le connaissait en tant que musicien, et on avait plus d’affinité avec lui.

Vous aviez plutôt l’habitude de travailler avec Nicholas Sansano… qui ne parle pas français !
Oui travailler avec un Français facilite la compréhension des textes, les subtilités… ça paraît évident, mais avec Nicholas,  c’est plus dur  de faire passer les jeux de mots, parfois on bloquait  sur des verbes pour bien se faire comprendre, sur des thèmes comme les clandestins ou les immigrés. La il n’y a pas à expliquer, ça marche directement.

Les thèmes : l’immigration, l’injustice sociale… on a l’impression que l’histoire se répète à chaque album !
Les gens de de notre génération sont les petits enfants d’immigrés, et sont toujours considérés comme des immigrés. On est des fils d’algérien ouvriers.Ce sont des gens qui ont voulu voter : nos parents sont des indigènes en Algérie partis en France pour travailler. On ne quitte pas son pays pour le plaisir. C’est toujours un traumatisme.

Que pensez-vous du débat sur l’intégration ?
On est contre l’échec d’intégration. On a la chance d’habiter la France, c’est pas pour  cela qu’on va se taire.
C’est vrai que tous ces thèmes sont récurrents : il y a quelques années on avait déjà abordé la clandestinité, la laïcité… Nous sommes des laïques mais on trouve injuste que la laïcité soit focalisée sur une seule religion.

La chanson « Les petits pas de danse », nous voulons aussi être légers. La logique de pas de danse, on danse, on est des fêtards, on ne pas nous enlever ça. C’est une force de lutte. En Afrique du sud, c’était un mode de protestation, du temps des esclave au Brésil, les esclaves ont inventé la capoeira c’est un sport de combat qui a été camouflé en danse pour pouvoir exister.

Votre album sort en pleine crise économique, sociale et politique. Que vous inspirent les déboires du gouvernement Valls ?
La crise : on est tombé en plein dedans avec notre album, qui est sorti le jour du remaniement ministériel ! On a voté pour le PS au 2e tour car on espérait « le changement ». Dire qu’on est déçu… le mot est faible.
Ca fait longtemps qu’on est déçu par la gauche au pouvoir. Elle n’a jamais réussi à nous satisfaire. Les patrons et la finance, ce sont eux qui font la politique.

Nous on a toujours voté utile en votant PS au second tour. Mais je n’ai jamais voté PS au premier tour. Aujourd’hui quand ils gagnent c’est pas grâce à nous, mais ils perdent c’est parce que les quartiers ne votent pas. 

L’avenir vous inquiète ?
En tant qu’ artiste j’ai pas le droit d’être désespéré. Mais en tant que citoyen militant c’est autre chose. Pour moi ,l’avenir de notre jeunesse et du pays passe par l’éducation. Il faut qu’on instruise les jeunes pour qu’ils puissent comprendre le monde. La culture doit être au centre de la démocratie.

Il faut qu’il y ait moins d’échec scolaire avec l’éducation, la laïcité et la culture.
Pour le sport c’est fait, il a 53 terrains de foot pour une cité… Mais pour la culture, c’est pas pour nous. Dans les Cités, il n’y a pas une seule école de musique ni de théâtre. Il y a des tas de Djamel Debouze dans les cités qui n’attendent que leur chance pour s’exprimer. Il n’y a pas que des Zidane !

Trouvez-vous que la société regresse vis-à-vis du racisme ?
Avec Zebda, ça fait  30 ans qu’on se bat contre le racisme. On a fait la marchede 1985 avant cela il y avait 300 crimes racistes par an. De ce coté là ça a totalement évolué, en bien. Mais le problème c’est que la parole raciste a été libérée. Alors si on devait faire une chanson comme « Le bruit et l’odeur » sur les propos des politiques, on ferait un triple album.

Que vous inspire le communautarisme, en plein essors ?
Le communautarisme est contraire à la république. La France n’est pas un pays de communautarisme, comme les pays anglo saxons.

La scène reste centrale pour Zebda dans ce ce combat…
Sur scène, on est pas là pour faire un meeting politique. Les concerts sont des moment festifs. On a un répertoire, alors on s’en sert. Mais pour la nouvelle tournée on va jouer un maximum de chansons du nouvel album. Après il faut voir selon l’ambiance et la couleur du concert, pour mettre en place une setlist. C’est un exercice très difficile de choisir les morceaux qu’on va jouer en concert. Notre concert à Toulouse sera un peu spécial car c’est un concert le 12 octobre en l’honneur des sapeurs pompiers. On reviendra sans doute après…

Zebda est bel et bien de retour ?
Zebda est désormais de nouveau sur les rails, et ça restera le fil rouge de notre parcours, même si on fait de nouveaux projets en parallèle. C’est le chapitre 2 de Zebda qui s’ouvre à présent !

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