Jean-Christophe Aplincourt du festival Rush à Rouen : « Notre vision, c’est d’aller de l’avant » Commentaires fermés sur Jean-Christophe Aplincourt du festival Rush à Rouen : « Notre vision, c’est d’aller de l’avant » 467

 

Concertlive : Quelle est l’histoire du festival Rush ? Et celle de la structure qui l’a lancé ? Est-ce une sorte d’équivalent à Rouen du 104 à Paris ? 

Jean-Christophe Aplincourt : En fait, on a été inaugurés avant le 104 ! Je suis directeur et programmateur du 106 depuis 2010. Cette histoire de chiffres en 100, cela tient beaucoup au passé portuaire de certaines partie de la ville de Rouen, c’est un code lié aux numéros de hangars de ce port qui pénétrait beaucoup dans la ville auparavant avant de se redéployer vers l’ouest.

Rush a toujours été un festival thématique mais n’existe sous cette appellation stabilisée que depuis 2015. La vraie constante, c’est qu’il y a toujours eu un mélange de performances, lectures, concerts et de projections de films.

En 2011, l’événement s’était nommé « Fast & Furious », avec des références et une série de clins d’oeils à la civilisation de la voiture. En 2012, ce fut No(w) Future, placé sous le signe de l’invention du futur, qui voulait montrer des installations utopiques, de la musique interagissant avec des plantes par exemple, avec beaucoup de musique électronique forcément. L’année suivante, au moment où avait lieu l’Armada, un large rassemblement de grands voiliers organisé à Rouen, nous avons opté pour une formule Cabaret de la dernière chance, avec un côté un peu Muppet Show. Puis 2014 s’est placée sous le signe de Mythomania, avant l’arrivée de Rush pour le centenaire d’Alan Lomax en 2015.

Quand on parle de musiques actuelles, on a toujours l’impression que ces musiques n’ont pas d’histoire. On a voulu montrer le contraire en rendant hommage à Alan Lomax, quelqu’un qui nous passionne. D’où la présence de William Ferris et de la dimension exégète de son travail autour de Lomax. Il y avait aussi Dick Annegarn et sa chaîne YouTube, et puis on avait aussi affrété un train pour les concerts de Bror Gunnar Janssen et Sarah Savoy, celui de Black Yaya et C.W. Stoneking se déroulant en gare de Bourgtheroulde/Thuit-Hébert.

 

Concertlive : Pourquoi cette formule décloisonnée entre les disciplines, qui n’est pas forcément d’un abord facile par rapport aux autres festivals ? 

Jean-Christophe Aplincourt : J’ai été directeur du festival Le Rock dans tous ses états à Evreux pendant 10 ans et je trouvais donc forcément qu’il y avait un grand intérêt à essayer de repousser les frontières du festival classique. On a fait appel cette année à Bertrand Belin, qui est un grand raconteur d’histoires. On a bâti la programmation avec lui, c’est la singularité de cette édition 2016.

Il y aura des choses un peu à contre-emploi comme la poésie sonore de Charles Pennequin ou Damien Schultz. Mais les interventions de Bertrand Belin traverseront vraiment cette édition : sous la forme de son spectacle classique, d’une lecture de son roman « Requin » et d’une interprétation du Journal de Nathan Adler, cet avatar de David Bowie auquel l’exposition à la Philharmonie avait déjà rendu hommage. Le lieu du festival est aussi une source de satisfaction. 

Concertlive : De quel ordre ? 

Jean-Christophe Aplincourt : Le site portuaire de la Presqu’île Rollet se situe sur une pointe qui s’avance dans la Seine, un cadre très bucolique qui a été aménagé il y a quatre ans. On y retrouvera des installations d’art plastique signées Marc Hamandjian qui a scénographié le lieu avec du mobilier urbain détourné. 

Le festival se déploiera sur trois scènes : une grande scène principale, un « dancing » qui s’attachera à reproduire l’esprit des discothèques des campagnes françaises. Et la scène du Haut Parleur. La caractéristique importante du festival étant qu’il est gratuit.

Concertlive : Quel est dès lors l’équilibre économique du projet puisque la programmation à l’année du 106 n’est pas gratuite, elle ? 

Jean-Christophe Aplincourt : L’idée est de créer un endroit où on ne s’ennuie pas. Rush, c’est notre laboratoire, où nous expérimentons de nouvelles esthétiques. Le 106, lui, vit à 50 % de subventions et à 50 % de ses recettes propres. Nous gérons un studio de répétition avec 350 groupes qui gravitent autour de lui. Menons également des actions culturelles en direction des lycées et des prisons. 

Notre vision d’un festival, c’est d’aller de l’avant, de ne pas regarder trop en arrière, vers le passé. 

Concertlive : Combien de groupes sont programmés cette année ? 

Jean-Christophe Aplincourt : Il y a 24 artistes. Par rapport au fait que nous investissons un nouveau site, il y a un peu plus de têtes d’affiche, avec Rover, Har Mar Superstar ou Katerine. Avant, nous avions un peu moins cette obligation là car nous étions davantage proches du centre-ville.

 

Concertlive : De quel aspect de la programmation êtes-vous particulièrement satisfait ?

Jean-Christophe Aplincourt : Comme nous nous réinventons chaque année, nous avons aussi besoin que les gens nous fassent confiance. Mais en même temps, on est là depuis longtemps, on a pas rencontré de difficultés majeures et on ne s’est pas non plus livré à de la surenchère économique comme peuvent le faire certains festivals. On est pas vraiment là pour alimenter la bulle spéculative autour des cachets, de toute façon les artistes qu’on choisit sont des gens sensés.

Moi, ce qui me plait beaucoup, c’est l’amitié qu’on a réussi à nouer avec Bertrand Belin. C’est plutôt rare que ce type d’expérience fonctionne et là c’est le cas. Des groupes comme The Limiñanas sont formidables. Pouvoir donner la possibilité de s’exprimer à Jim Yamouridis ou Pain Noir, ça nous rend aussi fier et ça fait partie de notre vocation car c’est une façon de donner de la visibilité à de projets plus exigeants.

 

Il faut arrêter de suivre aveuglément l’économie de marché. On fait avec, on est pas non plus insulaires. Mais on a aussi l’ambition de ne pas accepter que tout nous soit imposé. De ne pas exister uniquement comme un  résultat de la « world company ».     

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