Kery James : « L’éducation est le nerf de la guerre » (Interview) Commentaires fermés sur Kery James : « L’éducation est le nerf de la guerre » (Interview) 335

Concertlive.fr : Comment et quand est né votre projet A.C.E.S ? 

Kery James : J’ai créé l’association A.C.E.S en 2008, je venais d’écrire la chanson « Banlieusards ». Avec ce titre j’avais voulu écrire un hymne à la réussite pour pousser les jeunes à poursuivre des études et à se battre pour leurs projets.

Même si j’estime que cette chanson était un acte politique et citoyen qui aura toujours plus d’influence et d’impact que cette association, j’ai quand même créé A.C.E.S. Elle a deux objectifs : le soutien scolaire et le financement des études de jeunes issus de quartiers populaires.

Concertlive.fr : Pourquoi se lancer dans cette démarche bien éloignée de votre activité d’artiste ? 

KJ : Parce que je pense que l’éducation est le nerf de la guerre. Sans éducation, il est difficile d’aboutir à une réussite sociale ou à un épanouissement personnel en tant qu’être humain. Beaucoup de jeunes de banlieue se mettent en tête que pour connaître le succès, il faut être acteur, footballeur ou chanteur.

Alors que ce type de réussites individuelles restent des exceptions. Le meilleur moyen de ne pas subir sa vie, c’est de poursuivre ses études.

Concertlive.fr : C’est plutôt à l‘État et à l’Éducation nationale d’encourager les jeunes à poursuivre leurs études, non ? 

KJ : Mais ce n’est pas parce que des gens font des choses bien que ça nous interdit de le faire ! Car dans ce cas, au final, on court le risque que plus personne ne fasse rien.

Moi je constate juste que malgré les bourses étatiques classiques, il demeure une vraie demande en provenance de jeunes issus d’un milieu social économiquement moins avantagé, qui finissent par être bloqués à une étape ou une autre de leur cheminement.

N’ayant pas de parents aisés pour assurer leurs arrières, ils sont obligés de travailler pour financer leurs études supérieures et finissent bien souvent par renoncer. 

Mon approche, c’est de considérer que ce sont ceux qui en viennent qui doivent aider prioritairement la banlieue. Mais il ne s’agit nullement d’une défiance envers l’État, je me contente simplement d’essayer d’apporter ma pierre à l’édifice. 

Concertlive.fr : Est ce que votre démarche s’est inspirée consciemment de l' »edutainment » d’un rappeur américain comme KRS-One (NDLR : auteur avec son premier groupe Boogie Down Productions de « You must learn ») ?

KJ : Indiscutablement, le rap qui m’a influencé, c’est celui de KRS-One ou de Public Enemy, ceux qu’on appelle les rappeurs « conscients ».

Concertlive.fr : Et Omar Sy, qui participe au projet, comment s’est-il impliqué ?  

KJ : Je lui en ai parlé il y a un mois, il a dit oui immédiatement. Il va d’ailleurs lui aussi aider à financer la bourse de 6.000 euros qui sera attribuée à chacun des lauréats du projet A.C.E.S.

Moi, je reverse une partie de mon cachet et, même avec l’aide d’Omar Sy, je vais donner plus que ce que je vais recevoir pour chaque concert. 

Concertlive.fr : Depuis quand connaissez vous Omar Sy ? 

KJ : Quand ma femme avait accouché de ma première fille, il était passé à l’hôpital. On ne se connait pas très très bien mais il y a toujours eu une forme de respect mutuel entre nous.

C’est quelqu’un de très talentueux. Ceci dit, je ne suis pas très « show-business ». Si j’ai envie de faire des choses avec lui, c’est avant tout parce qu’il a les pieds sur terre. 

Concertlive.fr : Vous allez accomplir cette tournée hors de toute actualité discographique puisque vous n’avez pas sorti d’album depuis « Dernier MC » en 2013. Vous avez des nouveaux projets de création musicale pour les mois à venir ?  

KJ : Pour l’instant, je ne sais pas trop ce que je vais faire. Mon idée c’est de ne pas me forcer à faire un disque si je n’en ai pas envie. J’essaie de sortir de la matrice qui veut qu’on sorte régulièrement un album tous les ans pour continuer à exister.

J’écris des textes depuis que j’ai 13-14 ans, j’en ai 37 aujourd’hui, je n’ai pas trop envie de me répéter, j’ai envie d’aller plus loin que le rap, qui reste un genre très codé, qu’on le veuille ou non.

En tout cas, je pense que mon prochain disque ne sera pas un album de rap traditionnel mais plutôt quelque chose porté sur l’acoustique

Concertlive.fr : Un peu un retour aux sources, à ce que vous faisiez sur votre premier album solo « Si c’était à refaire… » ? 

KR : Oui. J’avais d’ailleurs réalisé une tournée acoustique au Théâtre des Bouffes du Nord à Paris. Et la tournée A.C.E.S. se fera aussi dans cet esprit : je ne serais accompagné sur scène que d’un percussionniste et d’un clavier. 

Concerlive.fr : Quelque chose dans l’esprit des premiers rappeurs comme The Last Poets, en somme ? 

KJ : C’est en tout cas vers là que j’ai envie d’aller. Un autre aspect important, c’est qu’en plus d’interpréter les titres les plus emblématiques de mon répertoire, je lirais quelques textes littéraires, d’Aimé Césaire ou de Frantz Fanon

Concertlive : Y-a-t-il d’autres dates de prévues en dehors de celles de Nanterre, le 19 décembre à la Maison de la Musique ou de celle d’Orly le 20 décembre au Centre Culturel Aragon-Triollet ? 

KJ : On jouera aussi le 9 janvier à Cayenne, c’est important pour nous de se produire dans cette partie de la France que sont les départements et territoires d’Outre-Mer. On doit aussi jouer à Fontenay, en mai à Villeneuve-Saint-Georges, au final je pense qu’il y aura dix à vingt dates. 

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