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Luc Arbogast: « avant la musique médiévale, j’avais une crête sur la tête » (interview)

Par Nathalie Paul le 13/08/2013 - Dernière mise à jour : 21/02/2018

Luc Arbogast:

Ancien punk, amoureux de la nature et défenseur de la cause des animaux, Luc Arbogast s’est fait connaître du grand public grâce à l’émission The Voice sur TF1. Pas question pour autant d’oublier ses convictions et de faire des concession vis-à-vis de la musique. Un personnage au caractère bien trempé et à la générosité palpable, à découvrir en interview.

Concertlive.fr: Ton look tatoué et piercé peut surprendre à l’écoute de votre style musical classique et traditionnel. D’où vient ce contraste? 

Cela vient de mon adolescence. J’écoutais du punk et du rock, façon les Béruriers Noirs, et du métal. J’ai commencé dans des groupes de punk-rock, et j’avais une crête sur la tête, les rangers… Bref tout l’attirail de l’apprenti punk total, avec de vraies convictions anarchistes. Le hasard de la vie m’a orienté vers la musique médiévale et le classique. J’ai passé le cap rebelle de l’adolescence mais j’étais déjà en contact avec  cette culture médiévale et traditionnelle à travers ce qu’écoutaient mes parents, ou ce que j’ai connu en tant que scout. J’ai suivi le mouvement et vers les 18-20 ans je me suis rendu compte que je passais beaucoup de temps dans la forêt, à écouter la musique d’Ange, Malicorne… Au final, la musique métal qui est très esthétique n’est pas incompatible avec l’univers de musique traditionnelle. En concert, je garde mon côté punk, par mes attitudes, mes gestuelles, mes regards. 

Tu restes un punk malgré tout? 

Non, je me suis assagi sinon je serais tout seul à jouer dans les Cévennes. D’ailleurs si j’ai signé un contrat de disques avec une Major (Universal/Mercury, ndlr) c’est un peu la preuve que je ne suis plus dans la rébellion. Mais j’avais tout de même une exigence: qu’on me laisse faire ce que je veux, de la manière dont je l’entends, et que je puisse faire passer mon message. 

On lit que « Odysseus » est ton premier album, pourtant c’est loin d’être le cas…

Oui c’est une erreur, j’ai sorti mon premier album d’inspiration scandinave et vicking en 2003, qui s’intitulait « Fjall-d’Yr Vinur », puis en 2005 « Domus », en 2007 « Hortus Dei » et en 2009 « Aux portes de Sananda », un album qui a bien marché avec deux ou trois hits. En 2011 j’ai sorti « Canticum In Terra ». Au final, il y a une vraie continuité dans mon travail, et on ne peut pas se dire que « Odysseus » n’a rien à voir avec ce que je faisais auparavant. Sur « Odysseus » je suis très heureux d’avoir pu travaillé avec Christophe Voisin, grand spécialiste de musique traditionnelle. Et je voudrais que le prochain album soit réalisé par lui. 

Comment s’est déroulé ton passage à l’émission The Voice, qui t’a fait connaître du grand public? 

J’ai accepté de faire partie du casting de The Voice, après avoir été contacté par d’autres émissions de type « télécrochet », comme La France a un incroyable talent. J’ai finalement accepté de participer à The Voice, après que mon manager m’a travaillé au corps et a fait tomber une à une les barrières pour me convaincre. J’avais un peu peur du côté « casse pipe » de ce type d’émission, où ils contactent parfois beaucoup de monde. Je regarde très peu la télé et je connais mal ce type de programme. J’ai été vraiment convaincu et étonné quand j’ai vu sur les réseaux sociaux que des gens qui n’avaient jamais entendu ma musique l’appréciaient: jusqu’à présent j’étais peu confronté à ce nouveau regard, et le public qui me suit depuis longtemps me soutenait déjà, c’était un peu un acquis. En assistant en direct aux interventions du public sur Internet j’ai été touché par des réactions du public, comme cette dame qui disait qu’à l’écoute de ma musique elle avait réussi à faire le deuil de son mari décédé. Ca m’a vraiment touché et j’ai eu envie de continuer. Mon but, c’est que les gens renouent avec leurs émotions. J’ai pour philosophie de vie et un idéal de foi qui ne doit pas laisser de place aux mauvaises choses. A l’inverse, on m’a aussi beaucoup critiqué, sur ma manière de chanter… Je suis très sensible et j’ai du mal à vivre certaines critiques. 

Les critiques sont aussi des moteurs pour avancer…

Je travaille pour faire plaisir à ceux qui perçoivent ce que je fais. 

La musique traditionnelle, médiévale et classique peut toucher le public au delà des frontières…

J’ai toujours travaillé à l’échelle européenne, et je fais une carrière internationale, et je suis passé en Allemagne, en Russie. J’ai été contacté par un Dj américain pour faire un remix..

Le partage de ta musique passe toujours par la scène…

J’ai donné un concert devant plusieurs milliers de personnes à Saint Antoine l’Abbaye et je me paye le luxe de jouer à Saint Germain des Fossés sans sono, seul avec ma voix et mes grelots. Je ne crache pas sur l’idée de jouer à Strasbourg devant le parvis de la cathédrale, mais désormais, depuis The Voice, mon problème c’est la gestion du public. 

C’est à dire? 

L’affluence devient difficile à gérer depuis mon passage à The Voice. Et puis mon clip passe tous les jours (Nausicaa, ndlr) sur TF1. A partir de là, tu ne peux plus contrôler le public. J’ai vraiment envie de faire plaisir à tout le monde, mais désormais je ne peux plus imaginer faire des spectacles de rue comme je le faisais auparavant. J’aimerais pouvoir le faire, mais il faudrait que les gens acceptent de jouer le jeu et que je ne passe pas plus de temps à signer des papiers qu’à jouer.

En ce moment, je chante deux chansons et le reste du temps je signe des autographes. J’ai de la peine à refuser, mais quand je suis de mauvais poil, si je sors des toilettes, ou si j’ai la tête sous le capot de la voiture pour faire les niveaux, ça me gène qu’on me demande de prendre une photo, tu vois. A côté de cela, je suis très heureux de pouvoir toucher le plus de gens possible par la musique. Mon but de mon existence c’est que tout se passe bien à mon échelle, autour de moi et de mes proches.

Je veux que tout le monde soit heureux. Et dire « non » aux gens, comme j’y suis parfois obligé, ça me fait de la peine.  Quand on est un artiste, on veut de la reconnaissance, que le monde partage ce qu’on fait. Mais si on se compare aux sportifs, ils ont besoin de souffler et de se reposer. J’ai pas mal pensé à une phrase qu’une dame m’a lancée, quand je lui ai demandé de ne pas me prendre en photo à la sortie des toilettes: « vous n’aviez qu’à pas être connu ». Ca mérite réflexion. 

L’effervescence autour de « The Voice » va sans doute se calmer et le public pourra davantage se concentrer sur le fond…

Je ne pense pas que ça se calme. Pour ma part je me prépare psychologiquement à passer de plus en plus à la télé… Tant mieux car j’ai des choses à dire d’ailleurs! Je suis très concerné par certaines causes, dont le respect des animaux. Mais je veux attendre le bon moment pour faire part de mes convictions. Je ne vais pas sauter sur les gens comme ça, ça fait Brigitte Bardot. Que Tryo se permette de passer des messages antinucléaire, ça me paraît légitime. Mais en ce qui me concerne, il faut d’abord qu’on m’assimile en tant qu’artiste et pas en tant que candidat de The Voice. Mon travail, c’est montrer ma musique et pas m’intégrer à un programme télé. 

Tu as une voix de contre-ténor. As-tu reçu une formation classique? 

Pas du tout, je n’ai aucune prétention de ce côté-là. Ce qui compte pour moi c’est que la musique que je fais soit bien balancée, et je crois que c’est le cas sur l’album « Odysseus ». Je vais de la vulgarisation de musique classique ou traditionnelle, c’est de la musique pour le peuple et pas pour les élites. Moi on m’a dit que j’étais contre-ténor. Moi je n’en sais rien, je veux juste être considéré comme un artiste qui chante. Mon seul barème, c’est que cela produit de l’émotion à celui qui l’écoute. Il n’y a rien de plus à chercher dans mon travail, c’est très simple en fait. Ma technique de chant est sans doute discutable et pas académique. Je n’ai pas la prétention de dire que suis bon, mais je peux dire que je suis généreux. Tant pis pour les mauvaises langues. 

As-tu des projets et des rêves particuliers pour la scène? 

J’aime beaucoup chanter dans les églises, mais mon rêve absolu c’est de jouer dans des Théâtres Romains, comme à Fourvière par exemple. Mais je ne vais pas arriver comme ça en disant « bonjour, je suis Luc Arbogast, je veux jouer dans un cirque romain ». Personne ne m’attend, je ne sais pas comment accéder à ce rêve. J’aimerais trouver la quintescence des lieux historiques avec une résonance acoustique et telluriques comme ceux-là. Pourquoi pas jouer dans des sites grandioses comme la Muraille de Chine ou Stone Age? Les choses se feront au fur et à mesure. Pour le moment, j’ai autour de moi une petite équipe, et nous avançons à notre rythme. Je laisse faire les choses. A l’heure qu’il est , je veux toucher un public le plus vaste possible pour que ma mission en tant qu’artiste soit remplie. 

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