Mademoiselle K : «  J’ai mis toutes mes économies dans cet album » Commentaires fermés sur Mademoiselle K : «  J’ai mis toutes mes économies dans cet album » 407

C’est dans un café parisien que Mademoiselle K a donné rendez-vous à Concert Live pour parler de son nouvel opus auto-produit « Hungry Dirty Baby ». La chanteuse bavarde, s’intéresse à tout, fascine et puise son inspiration tant dans l’univers qui l’entoure qu’au grès de ses lectures. Elle se raconte à Concertlive sans langue de bois.

 

  • Concertlive : Comment décrirais-tu ton nouvel album ?

Mademoiselle K : A la fois très rock et très sensible. Pour faire simple. Et en anglais aussi mais ça j’en ai beaucoup parlé. Mais j’ai surtout envie qu’on ne se dise pas ‘Tiens Mademoiselle K’ chante en anglais mais qu’on écoute les chansons et qu’on les apprécie telles qu’elles sont. Dans l’idéal j’aimerai qu’on l’écoute sans à priori et qu’on se dise simplement ce qu’on aime ou pas.

  • CL : Je sais que tu as beaucoup parlé de ce choix de l’anglais mais ça reste un changement marquant pour cet album. Pourquoi avoir fait ce choix ?

MK : Le désir de parler anglais parce que j’aime cette langue mais aussi le désir de changement. J’avais l’impression que j’allais me répéter si je restais sur le français. J’avais besoin de ce changement fort pour me renouveler. L’anglais m’a permis de travailler les mélodies différemment puisque se sont des images différentes, des intonations différentes et bien sûr une prononciation différente. C’est un son tellement différent, comme si ça avait un nouveau goût, une nouvelle odeur. J’associe cette langue à un nouvel instrument. De la même manière que j’ai fait beaucoup de basse sur cet album, j’ai composé mes titres en faisant des bass/ voix, l’anglais était une nouvelle manière de s’exprimer.

  • CL : Tu as dû laisser tomber ta maison de disque pour aller au bout de ce projet d’album en anglais. Comment t’es tu lancée seule dans cette aventure ?

MK : Ma maison de disque m’a dit on ne produit pas ton album si tu n’as pas au moins une bonne moitié en français. Pour eux je suis Mademoiselle K, l’artiste féminine rock qui chante en français, si tu fais ça tu vas perdre ton public. Sauf que ça faisait des mois que je leur faisais écouter des maquettes et puis j’ai déjà trois albums en français, je n’ai pas besoin d’en ajouter. Il ne me manque pas de titres en français. Si je fais cet album en anglais c’est parce que c’est tout une nouvelle tournure musicale, comme un nouvel instrument. L’anglais c’est vraiment la couleur de cet album. C’est eux qui m’ont dit ‘on ne te produit pas’ donc à partir de là, je me suis organisée, j’ai monté mon label qui s’appelle Kravache. J’ai mis toutes mes économies dans cet album. Je savais que ça allait être compliqué. Mais artistiquement je n’ai eu aucuns doutes.

  • CL : As-tu été cherché de nouvelles inspirations pour pouvoir composer dans cette langue ?

MK : Bizarrement j’écoute beaucoup de de musique mais mon inspiration vient toujours du vécu. Là ça a été évident parce que je suis allée vivre plusieurs mois à New-York puis à Londres. C’était mon Erasmus auto financé (rires). Dans les deux villes je prenais des cours de langue. Mon inspiration m’est venu de ce que j’ai vécu là-bas, des rencontres et des lectures que j’ai faites. Les livres et les films m’inspirent beaucoup que se soit pour leurs thèmes ou leurs esthétique.

  • CL : Tu as des films ou des livres qui t’ont particulièrement marqués pendant la création de cet opus ?

MK : Par exemple la chanson « Love Robot » a été écrite après avoir lu le livre « Fahrenheit 451» de Ray Bradburry. On est dans un futur proche où les livres sont interdits puisqu’on veut que les gens soient tout le temps divertis. On est et c’est très intéressant, dans une société d’entertainement où l’on veut que les gens sortent, se marrent… On y a interdit les livres parce qu’on ne veut pas que les gens se mettent à réfléchir. Du coup les livres sont censurés et brûlés. Les pompiers sont d’ailleurs là pour brûler des livres. Et à un moment un pompier a une prise de conscience en réalisant qu’il y a des résistants qui cachent des livres. Il devient lui même résistant et ce qui m’a passionnée c’est qu’il rencontre une communauté de personne consciente qu’il n’y aura bientôt plus de livres. Chaque personne de cette communauté est un auteur. Il apprennent par chœur l’œuvre d’un écrivain et chacun doit en connaître l’intégralité. Ils deviennent ainsi des livres humains. Ce passage m’a fasciné. Moi dans ma chanson il y a des robots vampires. Ce sont des robots qui sont donc parfait mais qui sucent tout ce qui est possible de l’humain dont le sang. Et il y a un couplet où je dis ‘on a pas besoin de livre. On peut te raconter ce qu’on veut de la voix de qui on veut’. Ce morceau m’a aussi été inspiré par le film « Her » avec Joachim Phoenix.

  • CL : Et pour ce qui est de ton titre « Hungry Dirty Baby » ?

MK : Pour ce titre là, c’est « La Vie d’Adèle » qui m’a inspirée. Ce qui m’a marquée c’est le passage où elle mange des spaghettis. Le réalisateur fait un très long gros plan où on voit la morve qui coule en même temps qu’elle mange et elle ne s’essuie jamais. Le réalisateur grossi le trait et on s’en souvient parce que c’est dégueu mais on aime regarder ce genre de choses qui fascinent. Et c’est ce principe que j’ai utilisé dans ‘Hungry Dirty Baby ». J’avais envie de grossir le trait, qu’il y aie un truc sale dans cette chanson, sexuel et régressif. Je voulais que le rendu soit primaire avec un fond de romantisme sur le manque. Je dis dans la chanson « I want to fuck you, where are you ? » ( ‘je veux te baiser. Où es-tu ?’) et je trouvais ça intéressant de le dire en étant une fille. C’est un acte un peu féministe.

  • CL : Tu te sens proche du féminise ?

MK : Je ne me revendiquerai pas féministe mais je suis pour l’égalité des sexes. Il y a déjà beaucoup de travail à faire là-dessus.  Je ne suis pas pour la supériorité des femmes mais je suis pour qu’elles aient autant de droits et les mêmes salaires que les hommes. Une femme peut être ‘femme ‘ en mettant un pantalon. Les codes vestimentaires pour être associé à son genre je trouve ça un peu con. Je suis sensible à ça, il ne faut pas cloisonner les choses. Je sais qu’il y a eu des débats sur le genre ces derniers temps mais il faut faire attention. Je pense qu’on est déjà dans une société qui est très « sexualisée » où on oriente les gens. Par exemple avec les jouets dès l’enfance. Je pense que l’être humain est plus complexe que ça. Moi j’étais un garçon manqué quand j’étais petite, c’est le cas d’autres de mes amis et finalement ça ne veut rien dire de notre sexualité. Certains sont devenus hétéro, d’autres homosexuels.Il n’y a pas de règles. Ça me fascine.

  • CL : C’est quelque chose que tu évoques dans ton album ?

MK : Oui je le dis dans un de mes morceaux ‘j’ai envie de casser les règles du genre’. J’ai pas envie que toutes les filles ressemblent à des mecs ou inversement attention. Mais il serait bon de sortir du cloisonnement. Moi par exemple, on me prend parfois pour un mec. Je suis consciente de mon côté androgyne qui fait parti de moi. En plus il faut dire que je suis grande et assez carrée d’épaules, du coup parfois j’entre dans une boulangerie, les gens me regardent à moitié et ils disent ‘bonjour monsieur, ah non madame’ et qui corrigent. Alors qu’il m’est aussi arrivé de croiser des gens qui ne corrigent même pas. Je me dis que ces gens là ont une vision très manichéenne. Du coup dans cette vision je ne pourrai pas être fille. Une fille ne pourrait pas être trop grand, trop carré ou s’habiller comme je m’habille ou même se raser sur le côté. C’est réducteur et je pense qu’il faut être plus ouverts à toute cette diversité qu’il y a autour de nous.

A noter que Mademoiselle K sera en concert dans toute la France au mois de février et mars 2015. Les places sont déjà disponibles. Pour ne rien manquer de son actualité concerts, abonnez-vous à ses alertes.

 

 

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