Marcel et son orchestre: « On a le pouvoir d’appuyer sur le bouton « stop », faisons-le! » (interview vidéo) Commentaires fermés sur Marcel et son orchestre: « On a le pouvoir d’appuyer sur le bouton « stop », faisons-le! » (interview vidéo) 178

Concertlive : Pour comencer, la question que tout le monde se pose : à quand la prochaine nomination aux Victoires de la Musique de Marcel et son orchestre?
Franck :
Bah la dernière fois, c’était en 2002. Normalement, cela devait être pour cette année, en 2012. Mais on a préféré que ce soit Skip the Use pour cette fois-ci. On verra en 2013…
Bouli : D’un autre côté, on se tâte à postuler hors catégorie car ce serait un peu trop facile pour nous. On va laisser la place aux jeunes.

CL : Votre actualité, c’est la sortie d’un ultime album, intitulé « Dans la joie jusqu’au cou… », accompagné d’une tournée d’adieu. Pourquoi arrêter?
Franck
: Parce que cela fait 20 ans que l’on remplit les stades et on s’est demandé ce que nous n’avions pas eu comme mauvaise idée. On s’est dit : « On va arrêter! ». Quand on a monté Marcel et son orchestre, c’était à la base une plaisanterie qui devait durer trois mois.  On a choisi comme nom de groupe Marcel et son orchestre, le nom le plus handicapant de l’Histoire et on s’est dit que l’on allait voir jusqu’où on pouvait pousser le handicap dans ce monde du paraître et de la frime. Puis, ce côté pied de nez, irrévérencieux faisait marrer les copains. On s’est dit alors « bon si vous voulez, on en redonne ». Et puis cela fait 20 ans que l’on fait entre 80 et 120 dates par an, 20 ans que l’on est 200 jours par an sur la route. Il y a faire et faire-savoir. Combien y-a-t-il de groupes qui ont eu 20 ans de carrière ? Combien ont sorti au minimum 7 albums ? Combien ont fait deux fois les Eurockéennes, deux fois les Vieilles Charrues, quatre fois les Francos ? Nous on l’a fait. Et on n’a qu’une vie. On a tous quarante ans passé, et peut-être qu’il y a d’autres choses à mener aussi. Nous ne voulons pas tomber dans la routine. Marcel a cette réputation d’être un putain de groupe de scène alors autant se faire une vraie happy-end, plutôt qu’un truc où les mecs ne veulent pas lâcher l’histoire. On a le pouvoir d’appuyer sur le bouton « stop », faisons-le!

CL : Comment l’appréhendez-vous cette ultime tournée ?
Franck :
On sait que l’on va s’approcher du bord de la falaise et qu’à un moment il va falloir sauter. En même temps, on connaît la saveur que cela va avoir, c’est-à-dire qu’il y a pleins de salles que l’on va fréquenter pour la toute dernière fois alors que l’on en était des habitués. Je pense que ce sera précieux.

CL Vous souvenez-vous de la toute première scène de Marcel ?
Franck:
Nous n’avons pas tous démarré au même moment. La première scène de Bouli je m’en souviens très bien par contre…
Bouli : Celle à la Fnac ? Oui je m’en rappelle aussi ! Deux jours avant, je ne savais pas que j’allais jouer. J’étais aller aux répétitions la semaine précédente mais il n’était pas question de répéter pour un concert du tout. J’avais vu les affiches annonçant le concert de la Fnac et apparemment eux n’étaient même pas au courant. Il y avait comme qui dirait un petit problème de management à cette époque-là! Du coup j’ai dû recevoir un coup de fil deux jours avant cette date, où les mecs me disaient : « bon ben écoute, le bassiste ne peut pas donc c’est toi ou on le fait pas! » Je leur ai dit que je n’avais rien à me mettre et ils m’ont dit qu’ils s’occupaient de tout. Je ne savais pas comment cela marchait mais j’ai vite compris! Ils avaient une sale malle avec que des vêtements qui sentaient la mort. Le jeu était qu’ils ouvraient la malle, chacun se jetait le plus vite possible sur les vêtements qui sentaient le moins. J’étais le dernier arrivé, je ne connaissais pas le jeu, et j’ai récupéré les trucs de merde qui sentaient vraiment la mort !
Franck: Souvent les gens nous demande comment on fait pour avoir autant d’énergie sur scène ? Je leur réponds que l’on met des vêtements qui grattent !

CL Dans la nouvelle génération, y-a-t-il selon vous une relève de la scène punk française ?
Franck:
La compagnie Créole joue encore ! Dans la relève punk, on a aussi Kassav’, Emile et Image mais cela s’est un peu plus hardcore. C’est plus du « blouk », du black zouk tu vois. Il existera toujours une scène un peu rock’n’roll, avec des mecs un peu branleurs, qui font de la musique avant de faire BTS force de vente. J’espère en tout cas que cela va subsister. Or aujourd’hui, un groupe a la popularité qu’il a les moyens financiers de s’acheter. Et cela n’a pas toujours été comme ça. La culture marchande a toujours existé mais aujourd’hui, c’est partout, de la pire variété ou du R’n’B à la scène punk, tout le monde dit la même chose. Avant tu faisais une interview pour l’Express ou Le Point, les mecs te demandaient où tu en étais au niveau des ventes, ce qui est normal pour leur média. Aujourd’hui c’est la première question que te pose le mec d’un fanzine indépendant! Il y a un moment où tu n’as pas envie de te faire chier avec ça. Pour qu’il y est un groupe qui se réclame de la scène indépendante, il faut aussi qu’il y ait un public derrière qui ait une démarche indépendante. Idem pour les médias. Il faut juste que l’on réapprenne à décoder.

CL Un  concert réussi pour Marcel et son orchestre ?
Franck
: C’est un concert où JB vomit à la fin. Plus sérieusement déjà, c’est un concert où il n’y a pas un couvre-feu, où ce n’est pas « timer ».
Bouli : C’est vrai; cela nous permet de rencontrer le public à la fin, chose de plus en plus rare. A la fin d’un concert, il nous faut dix minutes pour que l’on puisse se changer avant d’aller voir les gens. Et souvent lorsqu’on retourne dans la salle, elle est vide.
Franck: Un concert réussi c’est quand même lorsque tu te dis que si tu as envie de jouer trois heures, tu pourras jouer tes trois heures. Après nous sommes « vernis » parce que c’est le public qui a fait l’histoire de Marcel. A l’origine, on ne voulait même pas faire un disque mais les gens voulaient un souvenir palpable. On a lancé une souscription, des gens ont donné pour que l’on puisse rentrer en studio et ces mêmes gens, depuis, n’ont jamais lâcher l’histoire. Notre objectif c’est de retourner l’espace. On a cette image du rock’n’roll des origines, libérateur, un exutoire, avec ce côté « ce soir c’est permis! ». On est dans une société de plus en plus normée, cadrée, lisse, où les gens feraient bien les cons mais n’osent pas. Nous on s’est toujours dit qu’il y a les concerts pour se montrer et chez Marcel, il y a les concerts pour se lâcher. Les gens savent ce qu’ils viennent chercher à un concert de Marcel. Ils viennent se libérer, se lâcher complètement. Il y a déjà tous les ingrédients pour que ce soit un concert réussi parce que tu as face à toi un public désinhibé. Et nous quelque part, on doit juste poser l’énergie pour cela. Ce qui est magnifique, c’est que l’on peut être rincé de fatigue, le public porte tellement le truc qu’il nous renvoie de l’énergie. Et cela fait 20 ans que cela dure!
Bouli : Les gens ne viennent pas à nos concerts en tant qu’auditeurs. Ils viennent participer à la fête et c’est super agréable. Cela nous porte énormément. Il y a une vraie osmose en concert.
Franck: Tu vois, les Clashs sont l’un des plus grands groupes de l’Histoire. Les concerts des Clashs ne sont pas faits pour être réécouter. Ils ont su sortir un live très péniblement longtemps après la mort du groupe. Ce n’était pas fait pour être réécouter. C’était un brûlot d’énergie sur le moment, en instantané. C’était convulsif. Et il y a cette idée là aussi chez Marcel: c’est du live, de l’instantané. Si c’est pour reproduire le disque, cela n’a pas d’intérêt.
Bouli : Moralité: venez mais surtout pas pour nous écouter !
Franck : Nan mais, nous avons cultiver la faute de goût, parce que ce qui est intéressant dans le mauvais goût, c’est que c’est infini. C’est cela la création. Le bon goût c’est l’académisme. Donc on est pas de bon goût.

Propos recueillis par Emilie Leoni

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