Matmatah : « Il y a beaucoup de nombrilisme dans les groupes de rock actuels » Commentaires fermés sur Matmatah : « Il y a beaucoup de nombrilisme dans les groupes de rock actuels » 324

  • CL : Vous avez sorti un Best off cette année, quelle est sa genèse?

Tristan Nihouarn : C’est une envie qu’on avait depuis longtemps. Après la fin du groupe, Barclay avait sorti un Best-Off qui était un peu le Top 15 des chansons les plus vues sur Deezer. On ne pouvait pas s’y opposer mais on s’était dit « Un jour on fera un truc un peu plus classe ». Cette année, c’était les 20 ans de la création du groupe donc on s’est dit tiens c’est le moment. Du coup on a regardé dans les cartons, les disques durs. Il y avaient plein de choses inachevées.

Eric Digaire : Ça partait de l’envie de reprendre la main sur ce que le groupe représentait à travers nos yeux et prendre la main sur le choix des chansons.

  • CL : Qu’est ce que le groupe représentait pour vous et que représentait-il pour le public également ?

ED : On a tellement joué et on a toujours pensé que c’était un cheminement normal quand tout se passe bien. On a jamais pris le recul de savoir ce qu’on représentait pour les gens. Par la force des choses, on l’a eu quand le groupe s’est arrêté fin 2008. On a toujours souhaité ne pas avoir d’étiquette et ne pas être rangés dans des cases. Et puis c’est en faisant notre coffret qu’on s’est rendu compte qu’on existe encore. En faisant des télé ou des radios, on a bien vu que nos interlocuteurs ne resituaient pas le groupe.

TN : A l’époque, on l’a vécu comme une aventure musicale et humaine. On était une bande de potes et c’était pas vraiment du casting, ou alors, faut voir la gueule du casting. (rires) Je crois que les gens le voyaient de la même façon, une bande de potes qui faisaient de la musique, qui étaient ce qu’ils étaient, qui faisaient ce qu’ils pouvaient mais ça plaisait.

  • CL : Ça vous a donné l’envie de reprendre ensemble ce travail ?

ED : C’était simple. Après 2008, on a tous continuer à faire de la musique, que ce soit professionnellement ou en dilettante. Mais on s’est retrouvé comme si la vieille on avait passé du temps ensemble. Finaliser les deux inédits pour les mettre dans le coffret nous a par exemple paru comme une évidence.

TN : On a des automatismes, des évidences ensemble.Et on a pris du plaisir.

  • CL : Une tournée réunion c’est une question qui se pose aujourd’hui ?

TN : On en a parlé mais il n’y a rien de concret.

ED : En ce qui concerne le live on a toujours dit qu’on ne remonterait pas sur scène pour jouer nos anciennes chansons et on n’a pas de nouvelle chansons à jouer en ce moment. On ne deviendra pas un groupe de bal de nos propres morceaux. C’est redoutable à faire.

 

« Aujourd’hui, on écoute plus la musique, on la regarde sur Youtube »-Tristan Nihouarn

  • CL : Comment appréhendez vous la période musicale actuelle ?

TN : Il y a toujours des cycles. Il y a des musiques modernes qui peuvent sortir. Mais finalement qu’est-ce qu’une musique moderne ? C’est une réaction contre un passé proche. Les années 2000 c’est ringard maintenant, avant c’était les années 90. Maintenant elles deviennent vintage et bientôt elles vont devenir modernes. C’est une boucle. On recrée la modernité avec ce qui s’est fait 20 ans en arrière. Aujourd’hui on arrive à faire des choses très modernes avec des claviers très 80’s. Dans les années 90 il n’y avait pas plus ringard. Je pense que bientôt les grosses guitares vont revenir mais différemment. En ré-ecoutant « Nevermind » de Nirvana on se dit que c’est quand même un peu ringard mais dans 5 ans, ça sera de nouveau à la mode. La modernité c’est une réaction contre un passé proche qui va s’inspirer d’un passé plus lointain finalement.

  • CL : La mode est un éternelle recommencement…

TN : Oui et puis tu vas voir on va ressortir des cassettes. Ça va redevenir hype.

ED : Ça l’est déjà mais pour les gens qui ne les ont pas connues parce que quelle emmerde ces cassettes. (rires) Mais même dans les tenues vestimentaires, mes enfants achètent des tenues qui se faisaient au début des années 90. Finalement il y a eu des gros succès M, Stromae, mais en terme de groupes ce qui se passe en ce moment n’est pas anodin. Il y en a beaucoup qui reviennent : Louise Attaque, Téléphone, Dionysos, Matmatah qui sort un coffret… Mais finalement le vecteur qui fait que tout ça revient ce sont les chansons. Nos chansons par exemple n’ont jamais arrêté d’être passé en boite de nuit.

TN : Il suffit aussi de regarder sur Deezer, on a deux chansons qui ne sont pas sorties du Top 20 depuis quasiment l’invention de Deezer. « L’Apologie » qui n’est jamais passée à la radio n’est jamais sortie de ce top. J’appelle ça un groupe générationnel parce qu’on a vraiment collé à une génération. A cette époque il y avait une vraie symbiose entre le public et les artistes.

  • CL : Vous aviez eu des problèmes au moment de la sortie de « L’Apologie ». qui parle de cannabis. Vous pensez qu’aujourd’hui, vous n’auriez pas eu les mêmes soucis et qu’on peut dire plus de chose ?

ED : On peut dire moins de choses aujourd’hui.

TN : En même temps, si on devait écrire un texte comme « L’Apologie » aujourd’hui on l’écrirait différemment parce qu’on ne parle plus des mêmes produits aussi.

ED : A l’époque celui qui arrivait en soirée étudiante avec quelque chose à fumer, c’était rare et c’était léger.

TN : Après si on peut dire des choses, mais ce qui me gêne en ce moment c’est qu’il n’y a pas grand chose de dit dans les chansons. Il y a beaucoup d’égocentrisme, de nombrilisme et ça m’emmerde un peu. Sans aller jusqu’à être donneur de leçons bien sûre. Mais le rock aujourd’hui c’est plus de la pause, une attitude. Certains groupes ont appris le rock en regardant MTV donc ils ont l’attitude, le matos, mais la première chose à faire finalement c’est de faire des chansons.  Il faut avoir un propos. Monter sur scène, c’est comme lever le doigts dans une assemblée : il faut avoir quelque chose à dire. Il ne faut pas juste dire « tu me manques trop » ou « j’ai bien ciré mes chaussures ce matin ». Mais bon aujourd’hui, on écoute plus la musique, on la regarde sur Youtube, c’est quand même pas pareil que d’écouter un disque.

  • CL : C’est un phénomène français selon vous?

ED : Oui parce que finalement dans la culture anglo-saxone les textes sont moins importants. Ce qui me mettait en aversion quand j’ai découvert les Beatles, c’est que je me disais qu’ils ne parlaient de rien.

TN : Il faut dire qu’en France, on se fout toujours une pression littéraire pour écrire des chansons.

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