Revolver: « on a compris ce qu’étaient le groove et la sunshine pop » (interview) Commentaires fermés sur Revolver: « on a compris ce qu’étaient le groove et la sunshine pop » (interview) 195

Concertlive : Trois ans après « Music For A While », vous êtes de retour avec un second disque « Let Go ». Entre temps, vous avez fait énormément de scène. Est-ce que l’expérience du live a eu une influence dans l’élaboration de ce nouvel album ?
Christophe :
Disons que le nouvel album s’est écrit principalement sur la route parce nous ne nous sommes pas beaucoup arrêté pendant les deux ans et demi de tournée. Nous écrivions lorsque nous avions du temps, entre deux concerts. Nous n’avons jamais eu deux-trois mois d’affilée à Paris pour écrire l’album. Forcément, comme il a été écrit sur la route, il y a eu une  influence directe de tous les voyages et de tout ce que l’on a vu pendant ces deux ans. On écrivait dans des chambres d’hôtel ou pendant deux-trois jours à Paris, puis on allait tester les morceaux sur scène assez rapidement. Il y avait comme ça des allers-retours entre la composition et la scène et donc on avait beaucoup plus en tête la scène sur ce disque que sur le premier.
Ambroise : Quand on a enregistré le premier album, nous n’avions quasiment jamais fait de concerts. On ne s’imaginait pas vraiment sur scène d’ailleurs. On a dû adapter nos chansons pour le live quand on a découvert un peu ce que c’était. Et là c’est vrai qu’en écrivant les chansons du deuxième album, on se projetait de suite sur la manière dont on allait les jouer en live.

CL: Vous vous êtes adjoints les services d’un batteur et d’un bassiste par ailleurs. Ce qui est aussi une nouveauté par rapport au premier disque ?
Ambroise
: Oui. Il y a notamment Pino Palladino qui joue de la basse sur le deuxième album. C’est un bassiste excellentissime qui a joué avec énormément de groupes mythiques comme The Who, Herbie Hancock ou Simon & Garfunkel…

CL: Comment s’est faite cette rencontre ?
Jérémie :
Cela s’est fait par le biais de Julien Delfaud, qui a réalisé ce disque ainsi que le premier album. C’est lui qui nous a proposé Pino, que l’on connaissait déjà parce que Maxime notre batteur nous avait fait écouté D’Angelo et l’album « Voodoo », sur lequel Pino jouait de la basse d’une façon très groovy.

CL: C’est quelque chose que vous vouliez développer, le côté dansant ?
Jérémie :
On a eu l’occasion d’aller en Californie, et on a compris ce qu’était le groove et toute cette musique « sunshine pop », qui n’était pas du tout dans notre imaginaire ou que l’on trouvait kitsch au départ.
Ambroise: On avait aussi envie de sortir les harmonies vocales d’un cadre exclusivement folk, intimiste et un peu mélancolique. On voulait vraiment aller vers des chansons dansantes et extraverties. C’est ce que l’on a essayé de faire sur cet album. Il y a encore des chansons intimistes mais on a contrasté avec des chansons très rythmées de l’autre côté.

CL: L’étiquette « pop de chambre » qui vous qualifiait au départ est-elle obsolète aujourd’hui ?
Ambroise :
La pop de chambre est aujourd’hui liée à un certain type de concerts. C’est d’ailleurs d’un concert qu’est née cette expression. A l’époque, c’était notre tout premier concert où l’on jouait juste en acoustique. Aujourd’hui, on continue à jouer comme ça de temps en temps pour certaines occasions mais on ne peut pas dire que le deuxième album soit de la pop de chambre.

CL: Sur le second disque, les guitares sont plus électriques ?
Amnbroise :
Il y a plus d’électrique que sur le premier c’est sûr. Il y a un gros travail de texture de manière générale. Quand on a enregistré le premier album, on était dans une démarche pure, de faire sonner les instruments de manière très naturelle, juste les guitares acoustiques, un violoncelle, un piano. Là, on a vraiment voulu tordre les sons et faire des effets, même sur les voix. On a ajouté aussi pas mal de claviers. Il y a vraiment un plus grand travail sur les textures.

CL: Pour tester les nouveaux titres vous avez utilisé un mode de communication un peu spécial en allant jouer dans des bars, dans différentes villes de France. Pourquoi cette démarche ?
Jérémie :
On a fait cela davantage pour présenter l’album que pour tester les nouveaux morceaux. On a testé les titres plus tôt sur la tournée. En gros, on allait faire écouter le nouveau disque aux gens et c’était l’occasion d’organiser un mini-showcase en formule « pop de chambre » pour le coup.
Ambroise : On aimait vraiment l’idée de revenir du côté des gens, proche du public plutôt que sur une grande scène ou à la télé.

CL Vous avez tourné aux Etats-Unis notamment, où vous jouiez face à un public pas du tout acquis à votre cause. Que retenez-vous de cette expérience ?
Christophe:
C’était un peu le baptême du feu. Cela arrivait en plus en fin de tournée en France où on finissait par jouer dans des salles assez grosses et assez confortables. Du coup, se retrouver aux Etats-Unis et ne jouer que dans des petits clubs, dans lesquels personne ne nous connaissait. Il fallait convaincre tous les soirs, d’autant qu’il y a beaucoup de groupes qui tournent là-bas et beaucoup qui chantent très bien en harmonies vocales. Comme c’était censé être notre spécialité, il y avait de la concurrence. C’était une super expérience, à la fois motivante et exténuante parce que forcément, lorsque tu fais 26 concerts en 28 jours, tu es un peu sur les rotules à la fin.

CL: Le titre de l’album, « Let Go », lâcher prise en français, c’est pour souligner le côté instinctif de votre musique ?
Christophe :
Oui, c’était vraiment une sorte de résumé des deux-trois dernières années. Lorsque tu es sur scène, tu réalises que par moment il faut sortir un peu du contrôle pour retrouver quelque chose de plus instinctif. Ceci n’était pas évident. Après on voulait transposer cela en studio. C’était important d’avoir une autre relation au studio, sachant que sur le premier on était arrivé avec des idées très précises, très claires sur qui allait enregistrer quoi, etc. Cette fois, on avait des morceaux qui n’étaient même pas terminés. On voulait aussi se laisser surprendre en studio par ce qui pouvait se passer.

CL: Quelle est l’histoire du premier single « Wind Song » ?
Ambroise :
« Wind song » est typiquement un morceau qui a été lancé par ce travail des concerts et de la scène. A la base, c’était une ballade folk en guitare-voix. Comme nous étions en tournée lorsque l’on a commencé à la travailler, on s’est dit que ce serait chouette de la jouer sur scène et on s’est dit que ce serait bien aussi de la faire dans une version plus rythmée. On l’a travaillé comme cela et on s’est rendu compte en live que c’est une version qui lui allait mieux finalement que la version folk. Du coup, on a continué dans ce sens-là. On voyait aussi l’effet qu’elle faisait sur les gens. Cela a été l’une des premières chansons que l’on a écrite du deuxième album et elle nous a accompagné quasiment la moitié de la tournée. Donc revenir avec cette chanson en premier single était un peu une façon de faire le lien et de s’adresser aux gens qui nous avaient vu en concert.

CL: Quels souvenirs gardez-vous de ces plus de deux années de tournée ?
Christophe :
On a été très marqué par la première fois où l’on a joué en festival au Art Rock de Saint-Brieuc. C’était la première fois que l’on jouait face à 5000 personnes. C’est très marquant. On ne s’imaginait pas l’énergie que peut provoquer des milliers de personnes ensemble. C’était assez époustouflant d’autant que quelques jours avant on était en tournée en Angleterre où l’on jouait dans des touts petits clubs où personne ne nous connaissait. Et se retrouver le lendemain face à des milliers de personnes était hallucinant.
Jérémie : Les festivals font partie des phases de la première tournée qui nous ont vraiment fait évoluer scéniquement. L’énergie sur scène était portée à une dimension incroyable.

Propos recueillis par la rédaction

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