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Rodolphe Burger artiste en charge de la programmation du festival Rush : « nous cherchons à offrir des programmations plus originales, plus pensées, avec une vraie proposition artistique »

Par Nicolas Mollé le 24/05/2018 - Dernière mise à jour : 25/05/2018

Rodolphe Burger artiste en charge de la programmation du festival Rush :

Rush s’apprête à franchir un cap du 1er au 3 juin 2018. L’évènement émanant du 106 et toujours localisé sur la Presqu’île Rollet de Rouen va en effet passer de gratuit à payant. Imaginé dans des volutes artistiques vaudoues, avec la transe comme fil rouge, il conviera le magnétique Kavinsky remarqué sur la BO de « Drive », les claviers techno consistants d’Arnaud « 120 Battements par minute » Rebotini, le sulfureux Tricky ou le petit maître psyché Ty Segall. Sans oublier Jeanne Added en solo. Les découvertes les plus incandescentes et bouleversantes foisonneront. Et pour cause : la programmation a en partie été confiée au musicien Rodolphe Burger, adepte des rencontres artistiques les plus riches qui cultive l’ouverture comme une sorte de seconde peau philosophique.

 

 

Concertlive : Vous succédez à Hindi Zahra et à Bertrand Belin comme directeur artistique associé du festival Rush aux côtés de Jean-Christophe Aplincourt, le directeur du 106 à Rouen, qu’est-ce qui vous a intéressé dans ce travail ?  

Rodolphe Burger : Je n’appellerais pas ça un travail. Non pas que cela ne m’ait pas pris, bien sûr, du temps mais c’était un plaisir. Je trouve l’idée d’associer un artiste à une programmation formidable. Moi j’ai l’expérience de mon propre festival « C’est dans la vallée » à Saint-Marie-aux-Mines où je suis un peu au four et au moulin, c’est à dire qu’à la fois je joue, je programme et j’organise. Là, cette fois, je suis uniquement dans le rôle qui est le plus agréable finalement, celui de suggérer des groupes. C’est assez formidable. C’est un luxe et un plaisir.

 

Concertlive : Quand avez vous été approché, combien de temps a duré ce processus d’élaboration de la programmation ?

Rodolphe Burger : Vers novembre 2017. Avec une première rencontre de repérage puis une succession de rendez-vous. J’avais entendu parler du festival par Bertrand Belin. Et puis je connaissais évidemment le 106, j’y ai joué. Je connais aussi bien Jean-Christophe Aplincourt, depuis longtemps. Depuis l’époque de Kat Onoma. Il nous avait programmés bien avant le 106.

 

Concertlive : Est-ce que vous pensez qu’ils ont fait appel à vous parce que vous avez fondé le festival « C’est dans la vallée » néanmoins ?

Rodolphe Burger : Je crois pas enfin faudrait leur demander mais je n’ai pas l’impression car ce sont quand même deux festivals très différents. Ce ne sont pas du tout les mêmes types de festival. Le mien n’est pas basé sur un seul site, il est organisé au sein de plusieurs lieux très atypiques, qui vont d’une mine d’argent à un vieux temple du XVIème siècle. Il s’agit souvent dans le cas de « C’est dans la vallée » d’artistes, de musiciens que j’invite individuellement, qui ne vont pas venir avec leurs propositions habituelles mais vont plutôt proposer des choses un peu spéciales et très inspirées par les lieux. C’est encore autre chose. Et puis surtout, dans ce festival que j’ai créé même si je suis évidemment entouré, j’ai une autre responsabilité, c’est un peu comme si je recevais un peu chez moi. Même si je n’y habite plus.

 

 

Concertlive : Est-ce qu’on peut dire que vous avez fait jouer le réseau que vous avez acquis depuis les débuts de « C’est dans la vallée » pour constituer la programmation du festival Rush ?

Rodolphe Burger : Oui évidemment il y a des artistes qui sont présents cette année que je connais bien. Et puis d’autres pas du tout. C’était ça justement qui était formidable, d’inviter par exemple Kokoko!, que je ne connais pas, que je n’ai jamais vus mais dont j’apprécie la musique et que j’ai très envie de voir. Je me réjouis presqu’aussi en tant que spectateur, voyez-vous.

 

 

Concertlive : De quels artistes êtes vous particulièrement satisfait dans cette programmation ?

Rodolphe Burger : Je suis très content de toute la programmation. Quand je suis venu à Rouen rencontrer Jean-Christophe Aplincourt et que j’ai vu le déroulé de la programmation, je me suis dit « Ah ouais, quand même ! ».

 

Si j’étais spectateur, je serais vraiment client, j’imagine. Du fait de la qualité des choix qui ont été faits mais aussi et surtout de cet éclectisme assez formidable. De cette diversité. Les gens vont être parfois très surpris je pense. Et puis le site est génial. Sans oublier le prix, qui est incroyable. Où trouve-t-on un tel festival pour un tel prix ?

 

Concertlive : N’y a-t-il pas néanmoins un artiste qui a été plus difficile à décrocher ? 

Rodolphe Burger : Oui bien sûr il y a même des artistes qu’on a pas pu avoir, pour des raisons d’agenda principalement.

 

Concertlive : Qui cela précisément ?

Rodolphe Burger : On avait pensé à Sleaford Mods par exemple. D’autres fois ce n’était pas une question d’agenda, par rapport à la thématique de la transe, qui n’est pas vraiment un thème, plutôt une thématique sous-jacente, j’avais en tête un groupe comme Young Fathers.

 

C’est resté de toute façon compliqué pour certains par rapport à leur agenda. Tricky joue en Roumanie la veille. Nous n’avons eu la confirmation le concernant qu’après la conférence de presse.

 

Concertlive : C’est un artiste que vous connaissez, qui apprécie aussi votre musique si je ne me trompe pas ?

Rodolphe Burger : Oui j’étais très curieux d’apprendre ça lorsqu’on s’est rencontrés pour la première fois à Paris, un endroit où il a vécu un temps avant de s’installer à Berlin. J’étais même très surpris d’apprendre qu’il connaissait des choses anciennes, de Kat Onoma. On a passé un peu de temps ensemble, je suis ravi de le revoir.

 

Concertlive : Comment avez vous pensé cette thématique sous-jacente de la transe dont vous parliez tout à l’heure ?

Rodolphe Burger : C’était intéressant de proposer des musiques qui sont liées à la transe. Tout en étant extrêmement différentes de par leur provenance, leur type d’instrumentation, leurs cultures, surtout dans le cas de la musique électronique. Par exemple dans le cas de Kokoko ! dont je parlais tout à l’heure, c’est typiquement l’exemple de musiciens imprégnés de musique africaine qui ont été tout à coup influencés par une musique électronique qui se retrouve du coup africanisée par l’instrumentation. Eux ce qu’ils trouvent dans l’electro, c’est justement la dimension de la transe. Dans la transe, il y a la dimension de la répétition, évidemment quelque chose qui est lié à la danse mais pas forcément. Car il existe des transes purement mentales aussi.

 

À ce propos, j’ai rapidement suggéré à Agnès Gayraud, la chanteuse du groupe La Féline qui est aussi philosophe et travaille sur la philosophie de la musique, les esthétiques musicales, de réaliser une conférence. C’est donc ce qu’elle va faire, sur le thème de la musique et de la transe.

 

De mon côté, je vais me produire en ciné-concert le dimanche.

 

Concertlive : Il s’agit d’encore autre chose que de votre prestation sous l’intitulé Rodolphe Burger & Guests…

Rodolphe Burger : Oui je serais tout seul sur scène avec le film. Sera projeté un film incroyable signé Edward Sheriff Curtis, ce photographe qui a photographié les indiens d’Amérique. Ses photos du début du 20ème siècle sont très célèbres, on y aperçoit notamment Géronimo et quelques unes des grandes figures indiennes d’Amérique du Nord, de ces grands visages là. Il a fait en 1914 un film sur une tribu d’indiens, qui sera projeté et que je vais accompagner musicalement. On y voit en noir et blanc des indiens qui effectuent des danses magnifiques, qui sont dans des rituels de, justement, transe. Ce sera une expérience assez étonnante.

Concertlive : Lorsqu’on vous a approché pour vous impliquer dans la programmation de ce festival, quelles étaient vos autres références ?

Rodolphe Burger : Il y a évidemment l’exemple de « All Tomorrow’s parties« , ce festival anglais.

 

Concertlive : Ce festival qui invitait des artistes influents pour élaborer sa programmation c’est cela ?

Rodolphe Burger : Oui cet évènement qui a fait appel à PJ Harvey ou aux Sonic Youth, qui invitaient d’autres artistes, selon le principe d’une sorte de carte blanche.

 

 

Mais concernant Rush ce n’est pas tout à fait pareil. On est vraiment avec Jean-Christophe Aplincourt dans une concertation. On se fait des suggestions, découvrir des choses mutuellement. C’est aussi intéressant comme expérience. Moi j’ai mobilisé ma petite équipe, tout le monde s’y est mis un peu, Michaëlle Roch avec qui je travaille, qui est DJ aussi, qui amène des choses que je ne connais pas forcément. Tout cela s’est fait en lien avec l’équipe de Jean-Christophe Aplincourt, on a vraiment tricoté ça ensemble. C’était vraiment un plaisir, c’était très clair, très fluide, il n’y a pas eu de spasmes.

 

Je trouve que c’est très intéressant de travailler comme ça. Je ne dis pas que ça devrait se généraliser mais c’est en tout cas une bonne idée. Peut être que ça peut permettre aussi aux festivals de se renouveler plus et d’être dans des programmations plus originales, plus aventureuses. Il y a quand même beaucoup de festivals aujourd’hui qui sont surtout des festivals de programmateurs. On pourrait presque les faire avec un algorithme. Vous voyez ce que je veux dire ?

 

Concertlive : Oui tout à fait ce sont aussi des festivals de tourneurs finalement…

Rodolphe Burger : Oui voilà exactement, on voit exactement toujours les mêmes groupes et il y a cette espèce de surenchère sur les cachets, sur les conditions. Il y a une jauge X, la présence d’untel va assurer tel rendement…On est que dans ce calcul. Je ne dis pas qu’il faut complètement négliger ces paramètres, bien sûr qu’il faut y penser. Mais on peut aussi essayer d’être dans d’autres types de propositions, artistiquement plus originales, plus pensées, avec une vraie proposition artistique, qui ne soient pas juste un alignement de groupes qui sont au box-office. Ce n’est pas juste le box-office qui détermine la programmation.

 

Dans cette optique nous ne sommes pas les seuls avec Rush et « Dans ma vallée », c’est aussi le cas du festival Yeah ! de Laurent Garnier à Lourmarin. D’ailleurs je crois que lorsqu’il était venu à la deuxième édition de « C’est dans la vallée » déjà à l’époque cela lui avait donné envie d’en faire un lui même. Cette idée d’inviter d’autres artistes lui avait plu je pense.

 

Concertlive : Mais ne craignez vous pas qu’un festival avec une tonalité trop « artistique » n’attire pas le public en masse ? 

Rodolphe Burger : Non franchement je ne crois pas du tout à ça. Je crois que la masse du public, pas grand monde ne sait ce que ça veut dire. Et puis d’abord il y a des grands noms dans la programmation de Rush.

 

Concertlive : C’est vrai qu’il y a des têtes d’affiche…

Rodolphe Burger : Oui voilà. Et puis, il ne faut pas croire, quand le public est mis en contact avec des propositions, quand il en a l’occasion, ça fonctionne. C’est certain que quand le public est face à des propositions, des choses qu’il ne connait pas, il est totalement ouvert et curieux. Il peut parfaitement se laisser embarquer et convaincre par des propositions relatives à des artistes qu’il ne connait pas. Heureusement.

 

Après il faudra évidemment faire un bilan. Toute innovation comporte aussi des dangers, on ne sait jamais, il faut composer avec tout un tas d’éléments, des risques météorologiques, on est jamais sûrs de rien, cela reste un évènement. Mais de notre côté j’ai l’impression qu’on a eu cette chance de tricoter quelque chose qui nous plait et qui, on l’espère, va plaire au public. On ne fait pas ça pour nous, on ne fait pas ça pour se faire plaisir. Même si, aussi, encore une fois, je me réjouis en tant que spectateur, pas seulement en tant que participant et organisateur. Cela va être un mélange assez incroyable.

Tarifs :

Pass 3 jours : abonné 10€ / tarif réduit 12€ / location 18€ / Guichet 24€
Pass 1 jour : abonné 4€ / tarif réduit 5€ / location 8€ / Guichet 10€
Gratuit moins de 13 ans.

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