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Saint Michel : « J’ai trouvé le moyen d’être plus rock mais avec des synthés »

Par Nicolas Mollé le 28/02/2018 - Dernière mise à jour : 19/04/2018

Saint Michel :

Avant une série de concerts à partir de septembre 2018, le projet electro pop Saint Michel, resserré autour de Philippe Thuillier après le départ vers d’autres horizons de Emile Larroche proposera deux dates. D’abord dans le cadre du festival yvelinois Electro Chic le 17 mars 2018. Puis à Paris au Point éphémère le jeudi 29 mars 2018. L’artiste sort un deuxième album « The two of us », plus électronique et qui multiplie les collaborations.

 

 

Concertlive : Quel est votre parcours personnel et musical ?

Philippe Thuillier : J’ai plus de 30 ans, je fais de la musique depuis que j’ai 7, 8 ans. Sans véritable formation de musicien. Mais j’ai par contre une formation d’ingénieur du son. Je suis établi à Versailles après avoir habité à Paris, où je ne pouvais plus vivre. C’est à Versailles que la mairie m’a offert l’opportunité d’installer mes instruments et mes ordinateurs dans une dépendance de la bibliothèque municipale. C’est là, dans un bâtiment classé, dans d’anciens bureaux du 18ème siècle, dans une vaste pièce de 200 m² ayant abrité sous Louis XV le ministère de la marine, avec une vue incroyable sur les jardins de l’orangerie, que j’ai enregistré le deuxième album de Saint Michel, « The two of us« .

 

Concertlive : Un album que vous avez enregistré sans votre complice du premier album Emile Larroche, que devient-il ?

Philippe Thuillier : Il a monté son propre projet avec sa petite amie, qui s’appelle Uto. De mon côté, j’ai multiplié les collaborations pour ce disque.

 

Concertlive : C’est vrai, surtout féminines d’ailleurs, des artistes comme Closegood, Mathilda de After Marianne, Elodie du groupe Holy Two. Est-ce qu’il faut voir le titre « In a girls world » comme une profession de foi ?

Philippe Thuillier : Un peu oui, l’album et la société en général d’ailleurs ne parlent que de ça, dans un sens ou dans l’autre, de la place des femmes. Surtout en occident. Oui j’ai clairement voulu signifier à travers cet album et ce titre en particulier : « Allez y les filles, on est prêts pour le passage de relais ». Ce n’est pas une prise de position ou un truc contestataire, plutôt une manière de relativiser les difficultés actuelles. J’ai eu aussi envie de dire aux filles : « On vous laisse faire les filles, être un homme, c’est un sacré job, c’est pas toujours réussi, certains essaient et se plantent, tombent parfois dans la goujaterie. » L’homme doit apprendre à se remettre en question mais je crois qu’il faut surtout qu’on sorte tous des clichés. Ce n’est pas non plus une critique du féminisme. J’ai juste eu envie de m’amuser avec les stéréotypes. Sur le titre « Church« , je me suis aussi amusé à changer les rôles de chacun. J’adopte un chant très sémillant, lyrique alors que Closegood, mon invité nana, se voit confier le rap, la partie du titre la plus énergique, dominante, masculine d’une certaine façon.

 

Il s’agit de ne tomber ni dans un extrême ni dans un autre. Personne n’a de rôle à jouer. Il faut savoir se moquer un peu de soi et se libérer, se détendre un peu. Cela ne doit pas gêner qu’une femme ait une dégaine masculine et réciproquement. Le titre même de l’album rend compte de cela aussi.

 

Concertlive : De quelle manière précisément ?

 

Philippe Thuillier : « The two of us« , cela renvoie à quelque chose qui est de l’ordre du bébé, c’est un peu comme ça que je considère le disque que je sors. Et dans ce cas là, je me sens comme une femme qui vient de donner naissance à un enfant. Ce genre de sentiments est bien plus habituel qu’on veut bien le faire croire. Tout comme les femmes peuvent être amenées à prendre des décisions, à conduire des voitures, à diriger leur entreprise.

 

 

 

Concertlive : En termes de sons et d’atmosphère, qu’est ce qui différencie principalement « The Two of us » de votre premier album « Making love & climbing » ? Son côté dansant ?

Philippe Thuillier : Je ne sais pas si on peut réellement le considérer comme dansant au sens physique du terme. Il a certainement un côté plus electro du point de vue de la matière que j’ai utilisé. J’ai utilisé, c’est vrai, très peu de guitare sèche. C’est un disque moins pop, plus digital, sans pour autant être techno.

 

Concertlive : En ce sens, vous êtes aujourd’hui plus proche de Daft Punk et de Modjo que de Air ou de Phoenix ?

Philippe Thuillier : Oui ce disque sonne certainement moins pop rock même si, chez Air, les éléments acoustiques sont très encadrés par l’électronique. Mes nouvelles chansons sont moins pop au sens où elles sont peut être moins dans l’archétype des ballades interprétées au cours d’une veillée autour d’un feu au bord d’une plage. Je continue d’écrire des chansons rêveuses et planantes.

 

Concertlive : Etes vous ce qu’on appelle un fan de rock californien dit west coast ou vous situez vous plutôt dans la filiation du yacht rock et de groupes comme Steely Dan ?

Philippe Thuillier : Je ne sais pas trop si on peut qualifier mes influences de californiennes. J’aime la musique acoustique, Nick Drake ou Simon and Garfunkel, Led Zeppelin et Jimi Hendrix pour les artistes plus rock.

 

 

 

Concertlive : Est ce que la scène est pour vous l’occasion de donner un peu plus de rugosité à votre musique d’aspect très propre, millimétré, quasi sans aspérités, ultra produite, avec un côté « plus que parfait » ?

Philippe Thuillier : Oui je vais avoir l’occasion de donner au public quelque chose de plus direct, ce qui est paradoxal car ces enregistrements sonnent moins pop rock. Mais j’ai voulu quelque chose de plus compact et de plus cohérent et un son plus électronique va certainement me le permettre en live. Auparavant, la mise en place des différents titres était très compliquée sur scène. Passer d’un titre à l’autre, d’un environnement sonore axé sur la guitare sèche à quelque chose de plus électrique et enflammé s’est avéré délicat à maîtriser en tournée. Cette fois, j’ai trouvé le moyen d’être plus rock mais avec des synthés. Alors que sur les précédentes dates, l’installation et les réglages complexes avaient tendance à alourdir ma liberté d’interprétation en concert. Pour regagner en liberté de jeu sur scène, j’ai donc veillé à m’autoriser moins d’ouvertures stylistiques concernant les nouvelles compositions.

 

 

 

Concertlive : Par rapport aux concerts que vous pouviez donner en 2014 où vous étiez trois avec un batteur, que verra-t-on sur scène ?

Philippe Thuillier : Nous serons encore trois. Peut être que Paul le précédent batteur jouera sur certaines dates et que Rémi, un autre musicien, se produira sur d’autres. Mais en tout cas, cette fois, il y aura une musicienne aux claviers, à la basse et aux parties vocales. Je ne sais pas encore si ce sera Elisa Jo, qui est présente sur « Caesare Borgia » le titre d’ouverture de « The two of us« . Ou la lyonnaise Elodie du groupe Holy Two qu’on entend sur « Elephant« . Une chose est sûre : je veux éviter le côté princesse, Cendrillon, Belle au Bois Dormant. Je suis fatigué de la féminité icône. Je suis déjà trop souvent obligé, dans mon métier, d’adopter des postures de pure com’, liées à l’image et au visuel, au fait de savoir se vendre.

 

Concertlive : Avant une date au Point éphémère à Paris le 29 mars 2018, vous allez jouer au festival Electro chic qui se déroule les 15, 16 et 17 mars prochains dans les Yvelines, en quoi cette date est-elle signifiante et importante pour vous ?

Philippe Thuillier : Pour Electro Chic, le 17 mars 2018, cela va être un concert assez fou car l’endroit sera hors du commun. Tout comme le serait une vieille salle de concert mythique ou un opéra. Nous allons en effet nous produire dans des anciennes écuries royales, qui existent toujours même si elles ne sont plus utilisées en tant que telles puisqu’elles accueillent l’école Nationale supérieure d’architecture de Versailles. Un endroit chargé en termes d’imaginaire, qui a senti le cuir et la paille. Les écuries, c’était un peu le TGV ou l’Internet de l’époque, le point névralgique d’une période où la communication dépendait énormément des déplacements à cheval. La façon dont ces écuries ont été conçues, le lieu où elles ont été érigées, en face du château, en symétrie par rapport à lui, le montre bien. Dans un registre un peu opposé, jouer dans une salle rock, urbaine, comme le Point éphémère sera très complémentaire. Mais cela peut aussi faire du bien au public parisien de franchir le périphérique et d’assister à un concert dans un environnement un peu inhabituel.

 

 

 

Concertlive : Vous avez joué dans l’Eglise Saint-Eustache à Paris en 2014, êtes vous friand des endroits chargés du poids de l’histoire ?

Philippe Thuillier : Oui j’en garde un bon souvenir, on a aussi joué au Grand Trianon à Versailles dans la galerie du « péristyle », entourés de colonnes en marbre. La dernière fois qu’une artiste s’y était produite, à savoir Nina Simone interprétant du Bach, c’était dans les années 70. Nous avons aussi joué à Arequipa au Pérou dans la cour d’une alliance française. Mais jouer dans une salle rock classique demeure très intéressant en termes de sensations.

 

Concertlive : le nom du groupe est-il une référence à la paroisse de Versailles Saint-Michel ?

Philippe Thuillier : Non pas du tout. Il y a des centaines de lieux-dits qui se nomment Saint-Michel. Et puis, moi même, par période, sous forme de boutade, j’ai tendance à appeler tout le monde Michel. C’est un prénom qui renvoie à une notion de bonne franquette sympathique je trouve. Cela a un côté universel, cela créé une forme de convivialité immédiate. D’ailleurs, quand je trouve des galettes Saint-Michel dans ma loge, je ne le prends absolument pas mal bien au contraire. J’aime bien le lieu de l’Abbaye de Saint-Michel. On a fait quelques recherches et il se trouve que Jules Verne avait un bateau qu’il avait baptisé Saint Michel et qu’il a utilisé pour faire le tour du monde. Et puis, je me suis assez fait vampiriser par l’américanisation pour au moins choisir un nom de groupe français.

 

Concertlive : D’ailleurs, vous chantez en anglais, cela ne vous a jamais tenté de franchir le pas de textes en français comme Sébastien Tellier dont vous avez assuré la première partie ?

Philippe Thuillier : C’est très bien fait dans son cas. Moi j’ai essayé mais je pense que cela ne se fera probablement pas avec Saint Michel, plutôt avec un autre avatar, un genre de projet en français orienté jazz, années 70, imprégné des musiques de film à la Audiard. Cela fonctionnera à mon avis le jour où je trouverais une approche suffisamment légère et sarcastique car la musique de Saint Michel est trop « rose bonbon », « bisounours » pour que ça ne sonne pas ridicule quand je chante en français dessus. Je dois encore trouver le bon axe.

 

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