Soan: « Dans mon métier, on peut chialer sur scène » (interview vidéo) Commentaires fermés sur Soan: « Dans mon métier, on peut chialer sur scène » (interview vidéo) 431

Concertlive: Ton actualité, c’est bien évidemment la sortie d’un nouvel album intitulé « Sous les yeux de Sophie ». Quel a été le point de départ à l’écriture de ce disque ?
Soan:
L’idée de base c’est le concept « Sous les yeux de Sophie » puisque je vis sous ses yeux maintenant qu’elle n’est plus là. Je n’arrivais d’ailleurs pas à intellectualiser quoique ce soit au départ. Mes potes me poussaient en studio à coups de pompes. Il y avait des chansons inachevées que l’on bossait sur place. Cela a vraiment été le chaos ce disque mais avec une volonté d’élégance dans le sens où il s’agit-là d’un hommage qui ne veut pas rien dire. Mais je ne peux pas vraiment te dire comment cela s’est passé parce que cela m’a dépassé.

CL : Les textes ont été écrits majoritairement avant ou après cette disparition ?
Soan:
Il y a les deux. Certains ont vraiment été écrits sous ses yeux. Sophie était une sorte de coach artistique pour moi dans le sens où si elle n’était pas émue par une chanson, c’est que c’était de la merde. C’est le genre de personne qui, lorsqu’elle te disait « t’es beau », tu te sentais vraiment beau d’un coup. Elle avait ce pouvoir-là. Et sans elle, je me suis retrouvé comme un gamin perdu dans un supermarché qui va faire appeler sa mère à la caisse. Sauf que là, personne ne vient te récupérer.

CL L’écriture fut une forme d’exutoire dans ce contexte particulier ?
Soan :
J’ai cherché l’exutoire justement, c’est cela qui était encore plus dur. C’est-à-dire qu’avant même d’avoir droit à l’exutoire j’ai dû le chercher. Cela ne voulait plus sortir. Pour les amis de Sophie j’essayais de tenir bon parce que je me sentais privilégié. Eux se lèvent à 7h du matin et vont bosser et doivent faire bonne figure. Moi dans mon métier, on peut chialer sur scène. Donc je me disais que c’était à moi de les porter et du coup je me suis un peu oublié. Je ne me suis pas complètement retrouver d’ailleurs je crois. C’était cela surtout le problème pour l’écriture de ce disque.

CL Tu t’es entouré de la même équipe de musiciens en studio ?
Soan:
Non je voulais des gens que je ne connaissais pas. Cela dit, sur ce disque, j’ai encore plus fait confiance à Fred Rubens, qui était déjà le réalisateur du premier album. Jamais il n’a trahi quoique ce soit du message que je voulais passer. Et puis, nous ne sommes pas dans un truc d’ego. Nous sommes au service de la meilleure idée. Donc j’avais confiance en ce mec et parce que j’étais encore plus en errance que sur le premier disque au niveau personnel, je me suis laissé « driver » un peu plus. J’ai tenté des autres choses. Mais vraiment je n’ai rien compris à ce qui se passait. Je n’ai toujours pas compris d’ailleurs.

CL Tu te sens prêt à débuter cette nouvelle tournée ?
Soan
: Non. Mais je ne me suis jamais senti prêt. Je crois que je fais de la scène justement parce que c’est le truc qui est le moins adapté à ce que je suis. A chaque fois que je dois monter sur scène, je suis mort de trouille, comme un ado qui va aller embrasser une fille pour la première fois. C’est une peur adolescente qui te retourne…

CL Et cela n’a jamais changé malgré l’expérience ?
Soan :
Non. La preuve, il y a toujours une poubelle à côté de la scène au cas où je vomisse avant d’y aller. Cela peut m’arriver. Parfois je croise Joey Starr en concert et pour le coup, lui il s’en fout. Deux secondes avant de monter sur scène, il fait le con. Moi, avant il ne faut pas me parler.

CL Y-a-t-il quand même un plaisir dans tout cela ?
Soan :
Le plaisir il arrive après deux chansons, c’est-à-dire qu’à ce moment-là, je ne veux plus redescendre de scène. Lorsque je parle de la tournée pour le moment je ne ressens que la trouille. L’envie vient pendant le concert, porté par tes potes qui jouent derrière toi aussi. Je ne sais pas ce qui se passe mais tu y vas.

CL Cette tournée sera-t-elle sombre ?
Soan
: Non. Sophie est morte pendant ma précédente tournée. Lorsque j’ai appris son décès, j’ai quand même voulu faire le concert qui suivait. Je l’ai passé à pleurer en même temps que je chantais. Je me suis rendu compte qu’il y a un vrai respect des gens pour ce genre d’évènement, parce que c’est universel quelque part. Mais je ne peux pas être accablant lorsque je parle de Sophie. C’est elle qui m’a donné des ailes. Et si aujourd’hui j’ai une aile cassée, avant Sophie je n’en avais pas du tout. C’est comme l’album, je ne le trouve pas très sombre. Je le trouve même moins sombre que le premier, qui parlait d’une rupture amoureuse qui a mis près de six ans à guérir. Cette fois-ci, c’était soit j’arrête tout, même moi-même, soit j’avance. J’ai décidé d’avancer d’abord. Je ne pense pas que ce disque soit accablant, vraiment. Du moins je l’espère.

Propos recueillis par la rédaction

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