The Stranglers: « Pour qu’un groupe écrive 17 albums, il faut qu’il ait un certain talent » (interview vidéo) Commentaires fermés sur The Stranglers: « Pour qu’un groupe écrive 17 albums, il faut qu’il ait un certain talent » (interview vidéo) 253

Concertlive : Vous sortez votre 17ème album, « Giants », et cela a pris 6 ans pour l’enregistrer, ça a été dur ?
Baz Warne :
Non. On n’a pas senti de pression, aucune maison de disques ne venait nous titiller pour qu’on le fasse, on tournait en même temps. On a pris notre temps parce qu’on l’avait. On voulait le meilleur. C’est pour ça que ce disque est fantastique!

CL : Vous avez été quatre, puis cinq il y a huit ans, vous êtes revenus à quatre membres au sein de The Stranglers. C’est la bonne formule finalement ?
Jean-Jacques Burnel :
Cela marche mieux pour nous en tout cas. Je pense que les Stranglers sont meilleurs à cinq, non pardon à quatre.
Baz Warne : C’était il y a six ans et je m’en souviens bien vu que je suis devenu l’un des chanteurs. Avant j’étais juste un guitariste…
Jean-Jacques Burnel : Juste un guitariste… Je ne dirais pas ça.
Baz Warne : En fait, à l’époque, on commençait souvent à répéter à quatre parce que le chanteur arrivait fréquemment du retard. JJ et moi-même chantions à sa place. Et, même à cette époque embryonnaire, on sentait qu’à quatre ça pouvait être bien. C’était un peu effrayant au début et on a choisi de le dévoiler devant dix mille personnes lors d’un petit festival en Angleterre, sans prévenir personne. On y est allé, on l’a fait, et on n’a plus jamais regardé en arrière.

CL : Le fait de chanter tous les deux est quelque chose qui est venu naturellement, ou vous avez dû y réfléchir ?
Jean-Jacques Burnel :
Il n’y a jamais de décision difficile. Au début il faut qu’on soit d’accord sur l’esprit de la chanson, sinon on ne la joue pas. C’est souvent celui qui se sent le mieux avec la chanson qui s’y colle. Si c’est le plus adapté à la chanson ça sonnera forcément mieux. Ce n’est pas toujours l’auteur des paroles, mais assez souvent tout de même. Parfois la chanson n’est pas dans le bon registre pour son auteur, c’est aussi simple que ça.

CL : Quand vous regardez l’histoire du groupe, ça fait trente-sept ans, désolé de soulever ce fait…
Jean-Jacques Burnel :
T’es un bâtard! Espèce d’excrément humain insensible… (rires)

CL : Quand vous regardez en arrière, ces quatre types, vous les voyez comme des étrangers ou est-ce qu’ils sont encore là quelque part ?
Jean-Jacques Burnel :
Je me regarde dans le miroir le matin et je vois ce jeune garçon. Quand je regarde une vieille photo de moi je vois un enculé de vieux bâtard que j’éviterais avec plaisir en traversant la rue pour être tout à fait franc.

CL : Pensez-vous que votre musique, elle, a changé ? Pas dans sa forme, dans la nécessité que vous avez à la faire ?
Jean-Jacques Burnel :
 Oui parce qu’on s’est tellement habitué à le faire qu’on a toujours besoin de notre dose. On a besoin de le faire. C’est un exercice cathartique. J’ai besoin de faire prendre sens au monde dans lequel je vis. Tout va si vite. Dans cet aspect rien n’a changé. L’addiction n’a fait qu’augmenter. Ça n’a pas non plus changé dans le fait que ça nous reflète en tant qu’individus.  Si tu veux être honnête, ça doit être le reflet de ce que tu es et du monde dans lequel tu vis, ton interprétation de ça en tout cas.

CL : Vous continuez à être vaches avec les journalistes ?
Jean-Jacques Burnel :
Non, je suis vache avec toi, enculé ?

CL : Vous aviez essayé d’en kidnapper un quand même ?
Jean-Jacques Burnel :
 J’ai pas essayé, j’ai réussi ! Il s’est échappé oui, mais je l’ai laissé s’enfuir. Il a filé au poste de police, j’ai dû me cacher dans l’armoire d’une dame…
Baz Warne : Comme c’est rock n’roll !
Jean-Jacques Burnel : Je me suis planqué là… Ces jours sont loin derrière. On essaie de garder des relations civilisées avec les gens en général.

CL : Quand vous avez commencé, pensiez-vous que ça marcherait à ce point ?
Jean-Jacques Burnel :
Non. On ne se posait pas la question. On voulait former un groupe et se marrer et les choses ont commencé à arriver. Vingt-quatre maisons de disques nous ont refusé. Puis les gens ont commencé à nous jeter des bouteilles. C’est là que je me suis dit qu’on avait quelque chose de spécial : lorsqu’un patron de pub débranchait le courant pendant un concert, on le remettait, il débranchait de nouveau, on le remettait. Puis il appelait la police, les flics venaient et les gens applaudissaient. Quand j’étais gosse, les groupes ne duraient pas longtemps. Ils duraient quelques années et c’est tout. Il n’y avait pas de guide pour durer. On pensait tous mourir avant d’avoir trente ans. On a complètement merdé apparemment.

CL : Et pourquoi ça a marché pour vous et pas pour les autres ?
Jean-Jacques Burnel :
La chance.
Baz Warne : C’est les chansons. Les journalistes adorent enjoliver et compartimenter les choses. Tu peux parler de la belligérance des Stranglers, à quel point ils étaient jeunes, violents et contre les institutions, mais au final si la musique n’était pas bonne, tout le monde s’en taperait. C’est des chansons qu’il s’agit et rien d’autre. C’est en tout cas mon opinion n’étant pas un membre originel, venant de l’extérieur. Et maintenant que je suis dans le groupe et que j’y suis depuis douze ans… J’avais mentionné que je suis dans le groupe depuis douze ans ? Oui je suis dans le groupe depuis douze ans. Depuis combien de temps je suis dans le groupe ?
Jean-Jacques Burnel : Douze ans.
Baz Warne : Quelque chose comme ça. Et je sais de source sûre que les membres du groupe ont vraiment travaillé pour ça. Et ça m’a pris douze ans pour le réaliser mais on a écrit de très bonnes chansons ensemble. Toute l’attention est toujours sur les chansons. Et pour qu’un groupe écrive dix-sept albums, il faut qu’il ait un certain talent. Je veux dire qu’il y a eu beaucoup de hits, aussi bien en single qu’en album au long de cette trentaine d’années et que tout est dû aux chansons. Ce n’est que mon opinion.

CL : Pensez-vous que si vous jouez un concert sans jouer « Always the sun » il y aura une émeute ?
Jean-Jacques Burnel :
Ohhh c’est comme ça qu’on obtient une émeute de nos jours ?
Baz Warne : Il risque d’y avoir un paquet d’émeutes. Peut-être en France.
Jean-Jacques Burnel : Les Français ne sont pas si violents pas vrai? Si tu me dis que en ne jouant pas « Always the sun » j’obtiens une émeute, devine ce qu’on va faire… Ou ne pas faire.
Baz Warne : Là est la question.

CL : Donc s’il y a une émeute à l’Olympia ce sera ma faute ?
Jean-Jacques Burnel :
Exactement !
Baz Warne (à notre journaliste) : Tu n’y avais pas pensé, n’est-ce pas ?
Jean-Jacques Burnel : Tu vas en payer des dégâts. Tu peux te le permettre ? Payer pour tous les sièges ici ? Je ne crois pas… Tu joues avec le feu jeune homme.

Propos recueillis par Jean-Lionel Parot

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