Thomas Enhco « Le jazz est la musique la plus universelle » Commentaires fermés sur Thomas Enhco « Le jazz est la musique la plus universelle » 160

Concertlive a rencontré Thomas Enhco à l’occasion de la sortie de son album solo « Feathers » petit bijoux traitant de la rupture et de la reconstruction. Il défendra cet opus à l’occasion d’une tournée et d’un concert au Théâtre du Châtelet de Paris le 7 mai 2015. Avec Concertlive il revient sur son parcours, cet opus, parle de sa vision du jazz et de  la musique au cinéma.

 

  • Concertlive : Parle nous de ton nouvel album ?

T.E : C’est un album en piano solo, ce qui est une première. Il n’y a que des compositions, je n’ai pas fait de reprises. Je l’ai écrit pendant un an et demi avant de l’enregistrer. Il correspond à une histoire personnelle puisqu’il dépeint une histoire d’amour vue à plusieurs étapes. Il traite surtout de la rupture et de la reconstruction. J’essaie d’y accorder autant d’importance aux ouragans d’émotions que cela provoque mais aussi aux résolutions et à la lumière au bout du tunnel.

  • CL : Pourquoi ce choix de l’avoir fait en solo ?

T.E : Parce que c’est un sujet tellement intime. Je voulais que cette thématique ne souffre pas d’artifices et aller au plus près d’une espèce d’essence. J’ai donc voulu réduire le nombre d’instruments au minimum, à un, le piano. Le but était d’essayer de voir le piano comme un orchestre. Comme un instrument magique qui peut jouer plein de textures, plein d’instruments à la fois. Le solo c’est une mise à nu et une espèce de saut dans le vide.

  • CL : Tu utilises habituellement un mélange entre classique et jazz pour tes compositions. Est-ce le cas sur cet opus ?

T.E : C’est effectivement un mélange des deux. Je suis né dans une grande famille de la musique classique et j’ai été baigné dans cette musique depuis ma naissance mais dans le jazz aussi. Je m’exprime avec plus de liberté dans le jazz parce que je peux improviser, jouer ma musique. Mais je suis toujours très attaché au classique. Tous les jours depuis toujours je travaille le classique. C’est quelque chose d’essentiel pour moi. Dans le classique le compositeur peut prendre tout le temps qu’il veut pour créer son œuvre, ce n’est pas en temps réel. Et l’interprète qui jouera ce morceau peut lui aussi passer des semaines et des mois à travailler cette interprétation. Le jazz c’est l’inverse quand on improvise c’est maintenant et tout de suite et il n’y a pas de gommage possible. Donc j’adore ces deux univers là.

  • CL : Comment ta famille a-t-elle impactée ta musique ?

T.E : Ma maman est chanteuse classique. Quand j’avais du mal à m’endormir petit elle ne me chantait pas une chanson une comptine mais de l’opéra. J’ai été bercé avec ça et elle avait vraiment envie de nous pousser, nous ses enfants, à faire de la musique. Elle voulait nous inculquer les valeurs de la musique et du travaille.  On travaillait tous les jours et c’était érigé à la maison en hygiène de vie. Elle nous disait ‘travailler ton instrument c’est comme prendre une douche’. A tel point que les devoirs de l’école passaient au second plan.

  • CL : Penses-tu que le jazz s’adresse à tout le monde ou est-il réservé à une élite ?

T.E : Je pense que le jazz s’adresse absolument à tout le monde. Je crois même que c’est la musique qui est la plus universelle. Je crois vraiment que c’est la musique d’aujourd’hui. C’est une musique qui est une sorte d’éponge. Elle capte à tous les autres styles de musique et elle redonne à tous les autres styles de musique. Il n’y qu’à voir les liens entre jazz et rock, jazz et le blues ou le hip hop… Après c’est un terme si vaste le jazz, ça peut vouloir tout et rien dire. Je considère que dès lors qu’il y a une liberté d’interprétation on peut parler de jazz. Je me sens profondément jazzman parce que je me sens nourri d’influences diverses. Tout style de musique peut-être populaire ou élitiste, ça dépend de l’angle qui est pris. Je crois qu’à partir du moment où le musicien est sincère, tout le monde peut écouter et apprécier n’importe quel genre.

  • CL : Tu t’inspires d’autres courants musicaux pour composer ?

T.E : Bien sûr moi j’écoute vraiment de tout. J’ai eu liste sur mon téléphone longue comme le bras de choses à écouter. D’ailleurs ça s’appelle « écouter » (rires). Dès qu’on me parle d’une musique que je ne connais pas je l’ajoute à cette liste et je finis toujours par écouter. Ça peut être du chant traditionnel du Mali, de la musique antique du Japon, de la dubstep, de l’électro. Mais je reste attaché à la musique classique, au piano, à la chanson, aux beaux textes, à la poésie et évidement au jazz. La musique conceptuel, qui s’attache plus au concept qu’aux émotions est plus difficile d’accès pour moi. C’est également le cas du cinéma et de l’art conceptuel. Je m’y intéresse quand même parce que je ne veux pas mourir idiot, mais c’est plus difficile. J’ai besoin que ce soit rattaché aux sentiments.

  • CL : En parlant de cinéma, tu as composé deux bandes originales de films. Pour toi qu’apporte la musique à une œuvre cinématographique ?

T.E : Elle lui donne du relief. Et si c’est une belle musique de film, c’est comme un personnage en plus. J’ai l’impression que la musique est l’art qui touche le plus directement les émotions et les sensations de quelqu’un qui y est confronté. Une image il faut peut-être d’avantage la comprendre. Un film il faut aussi être dans l’histoire… L’émotion est peut-être moins immédiate qu’avec la musique. C’est à dire que dans une séquence de film avec de la musique on peut avoir une émotion en la regardant. On pourrait quasiment avoir la même émotion en fermant les yeux. La musique d’un film doit apporter une dimension différente, souligner mais sans imposer et sans écraser son sentiment. Elle est tellement forte qu’elle peut être plus forte que l’image et elle peut changer le sens d’une image.

 

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