Yves Jamait « A 20 ans, je pensais profiter en me bourrant la gueule, aujourd’hui, je bois du bon vin. » 0 578

  • Concerlive : Comment allez-vous ? La journée n’est pas trop longue ?

Yves Jamait : Ça va, c’est tranquille. Quand je bossais à l’usine et que je me levais à 7 heures du matin avec un petit chef sur le cul c’était nettement plus dure.

  • CL : Ça représente une longue période de votre vie ?

YJ : J’ai bossé là-bas jusqu’à mes 40 ans et comme j’ai commencé à 15 ans, ça représente pas mal de temps. En général, je faisais des petits boulots, ceux qui n’ont pas besoin de diplômes donc les petits chefs je connais par cœur.

  • Cl : Et pourquoi avez-vous eu envie vous lancer dans la chanson si tardivement ?

YJ : Je suis allé à l’ANPE et j’ai demandé qu’on me trouve un boulot de chanteur (rires). Non, j’aimais déjà composer et puis on a commencé à faire un groupe alors que j’avais 37 ans. Très vite on a rempli des salles de 400 personnes et on s’est dit « tiens si on essayait d’en faire un outil »

  • CL : Pour en revenir à votre actualité récente, votre nouvel album vient d’être publié. Parle-t-il d’une forme de nostalgie ?

YJ : Il y a forcément une forme de nostalgie mais une nostalgie assez saine. Faut faire gaffe à pas s’y vautrer jusqu’à la pathologie mais c’est toujours bien de s’y retourner un peu. Ne serait-ce que pour savoir qui on est, d’où on vient, sur quel socle on a été bâti. Ce n’est pas un bilan, c’est juste un regard en arrière. « Un je me souviens… » on énumère des choses et puis ça nous rempli.

  • CL : Pourquoi cette obsession pour le temps qui passe ?

YJ : C’est vrai que je ne fais que parler de ça. Les six albums ne font que parler de ça. C’est d’ailleurs une espèce d’arnaque d’appeler le nouveau aujourd’hui « Je me souviens ». Mes albums parlent du temps qui passe, du temps qui reste, du temps perdu… toutes ces formes de temps. Un philosophe disait « c’est pas le temps qui passe c’est nous qui passons dans le temps » et j’ai cette sensation là.

  • CL : Pensez-vous que cet axe principal sur le temps qui passe vient du fait que vous avez commencer votre carrière tardivement ?

YJ : Plus jeune j’étais déjà inquiet. Je trouvais ça pas très drôle. A l’âge de 6 ans on prend conscience de la mort. Dès lors je me suis inquiété. Et puis, je n’ai pas la bouée de la religion pour m’aider. Après j’ai été nourris par la vie et elle me plaît. Si j’avais mieux écrit jeune, j’aurai déjà écrit des choses là-dessus je pense.

  • CL : Ce temps qui passe, il évoque la sagesse des différents âges ou simplement l’approche de la mort, comme vous l’évoquiez plus tôt ?

YJ : Les deux . La mort qui est là quoi qu’on en dise, même si on essaie de ne pas y penser. Et puis, il y a les âges qui nous apportent différentes lectures de la vie. Aujourd’hui j’ai 54 ans et c’est la même vie mais pas la même lecture du monde qui m’entoure. On ne dépense pas la vie de la même manière à 20 ans qu’à 50 ans. Aujourd’hui c’est plus  précieux, c’est une autre façon de voir les choses, on se rend compte du bijoux qu’on a. A 20 ans, je pensais profiter en me bourrant la gueule, aujourd’hui, je bois du bon vin.

  • CL : C’est quoi, profiter de la vie, selon vous ?

YJ : Avec l’ivresse, j’espère avoir le goût. L’ivresse est toujours intéressante mais elle se fait moins n’importe comment. Bien sûre, ça reste dans la métaphore. Je ne fais pas une ode à l’alcool mais à l’ivresse de la vie. L’ivresse est elle aussi différente en fonction de l’âge. Je le dis d’ailleurs dans une chanson dans laquelle je parle de mon frère, on avait une jeunesse à gâcher et je pense que je m’y suis bien attelé.

  • CL : Comment cet album a-t-il été composé ?

YJ : Je n’ai pas de méthode de travail absolu mais là j’avais des mélodies. C’est sur la base de ces mélodies qu j’ai cherché ce que je pouvais mettre. Ce qui fait que j’ai commencé les chansons sans savoir où j’allais. Je ne savais pas de quoi j’allais parler et cette notion du temps qui passe est venue très vite. J’ai papillonné pendant l’écriture. Je n’ai jamais conceptualisé un album, le concept m’emmerde même en philosophie. Certains font ça très bien mais moi je ne suis pas capable de faire ça.

Mise à jour 25 févier 2019 :Yves Jamait en concert en France. Concert au Zénith de Dijon en novembre et à l’Olympia à Paris. 

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